# CAMPAGNE DE BOYCOTT CONTRE LES MARQUES IMPLIQUÉES DANS LE TRAVAIL FORCÉ DES OUÏGHOURS
# Qui sommes-nous ?
*Le jean que vous portez a-t-il bénéficié du travail forcé des Ouïghours ?* Parce que la répression subie par ce peuple nous concernes toutes et tous, **la campagne Defend Uyghurs** entend lutter pour que les citoyens boycottent les marques impliquées et que l’Union européenne banisse à terme leurs produits de son marché commun. Les consommateurs ont le pouvoir de changer les choses : à eux de l'exercer.
> 
>
# 1. Notre manifeste
Membres d’un peuple turcophone d’Asie centrale à majorité musulmane, plus de douze millions de Ouïghours habitent la région autonome du Xinjiang, située à l’extrême-ouest de la Chine actuelle. Point d’orgue d’une stratégie de sinisation dont les effets s’observent dans le temps long, les [China Cables](https://www.lemonde.fr/international/article/2019/11/24/china-cables-revelations-sur-le-fonctionnement-des-camps-d-internement-des-ouigours_6020358_3210.html), une fuite de documents paraphés par les autorités chinoises, révèlent en 2019 que **plus de deux cent camps de concentration parsèment la province**, enfermant arbitrairement entre un et trois millions de Ouïghours. Il s’agirait, comme le répète le scientifique Adrian Zenz, du *“plus grand enfermement de masse depuis l’Holocauste”*.
### La répression des Ouïghours
La RPC entreprend depuis la seconde moitié des années 2010 *« la pire vague de sinisation depuis la Révolution culturelle »*, en annihilant la culture, la religion ou la langue qui fondent l’identité propre de ce peuple et constituent, à n’en douter, la condition sine qua non de sa pérennité dans le temps long. A l’image de Tashpolat Tiyip, président de l’Université du Xinjiang, et d’Abdukerim Rahman, plusieurs centaines d’intellectuels ouïghours ont fait l’objet d’une condamnation arbitraire depuis 2016, selon les chiffres du World Uyghur Congress, Les membres du peuple ouïghour, y compris ceux qui composent sa diaspora en exil, font l’objet d’une surveillance numérique soutenue à partir des données qu’ils émettent, vérifiées par les policiers installés à chaque coin de rue. La Chine de Xi Jinping, qui demande aux autorités qu’elles soient sans pitié, s’engage alors dans une démarche analogue au **génocide culturel** que décrit Raphaël Lemkin au sortir de la Seconde Guerre Mondiale.
> 
>
Il serait vain d’établir une liste exhaustive des exactions dont sont victimes les Ouïghours, tant les crimes dénoncés par l’Organisation des Nations Unies, le Uyghur Tribunal ou la pluralité de chercheurs engagés sont nombreux – mais il reste néanmoins possible d’en appréhender plusieurs axes. Les prisonniers de ces camps d’internement, d’abord présentés par la Chine comme des centres de “formation professionnelle”, sont victimes de violences psychologiques graves, d’actes de torture, de viols, et plusieurs études sérieuses mettent en évidence l’existence d’un vaste système de trafic d’organes prélevés du corps des détenus. Enfin, les données recueillies par l’anthropologue allemand [Adrian Zenz](https://jamestown.org/product/sterilizations-iuds-and-mandatory-birth-control-the-ccps-campaign-to-suppress-uyghur-birthrates-in-xinjiang/) attestent de la mise en œuvre d’une politique massive de stérilisation des femmes ouïghoures du Xinjiang, dont le taux de natalité, autrefois l’un des plus élevés du pays, a depuis diminué drastiquement. Il y a lieu de décrire ici la mise en oeuvre d’un véritable **processus de génocide démographique**, au sens où l’entend l’article II de la *Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide* de 1948.
### Le travail forcé au service de marques occidentales
L’exploitation des Ouïghours s’articule également autour de politiques de travail forcé qui profitent aux sous-traitants de plusieurs dizaines de marques que nous portons, dans une province qui compte pour près d’un cinquième de la production mondiale de coton.
> 
Selon l’étude *[Uyghurs for sale](https://www.aspi.org.au/report/uyghurs-sale)* du centre de réflexion Australian Strategic Policy Institute, **au moins 80 000 Ouighours auraient été déportés entre 2017 et 2019 pour travailler dans les usines chinoises des sous-traitants de 83 grandes marques**, dont Apple, Nike ou Adidas. Une seconde enquête, publiée par le *[New York Times](https://www.nytimes.com/2020/07/19/world/asia/china-mask-forced-labor.html)* le 19 juillet 2020, démontre que 17 des usines du Xinjiang impliquées dans la fabrication de masques destinés à l’exportation vers les quatre coins du globe faisaient partie intégrante de ce programme plus large de rééducation par le travail. L’importation de ces produits en Europe rend alors le consommateur complice, sans qu’il ne le sache, de l’un des plus grands crimes contre l’humanité du XXIe siècle.
### Pourquoi l'Europe doit agir
A l’image de la résolution n°4760 adoptée par la France et des positions du Royaume-Uni, des Etats-Unis et du Canada, **de nombreux pays ont dénoncé le caractère génocidaire de la répression orchestrée par Xi Jinping** contre la minorité ethnique des Ouïghours. Depuis, qu’ont-ils fait ?
> 
En dépit de ces déclarations et démonstrations de force, **ces grandes marques continuent d’écouleur leurs stocks sur le sol occidental**, tachant nos vêtements du sang des Ouïghours. Première puissance commerciale et plus grand espace économique du monde, l'accès au marché commun de l'Union européenne leur est pourtant indispensable. Aussi, parce que le sort d’un peuple opprimé à quelques heures d’avion de nos villes nous concerne, **nous en appelons à la mise en oeuvre généralisée d’un *import ban***, pour que l’Europe fasse voeu de puissance devant les marques qui ne respectent ses chartes et que soient enfin saisis aux frontières les produits qui auraient bénéficié de la réduction en esclavage du peuple ouïghour.
# 2. Les objectifs et les cibles de Defend Uyghurs
### a. Nos objectifs
L’objectif premier de Defend Uyghur est d’obtenir l’adoption par l’Union européenne d’un **import ban**, une mesure qui permettrait d’interdire l’importation des produits qui auraient bénéficié du travail forcé des Ouïghours. Dans un entretien obtenu en 2022, la journaliste Sylvie Lasserre, qui a réalisé la plus grande enquête de terrain au Xinjiang, nous confiait justement : *“Pourquoi les gouvernements prennent-ils des mesures ? Parce que l’opinion est derrière et gronde, ce qui les pousse à agir.”*
> 
Nous pensons comme elle que le meilleur moyen de parvenir à un import ban est de nous appuyer sur les dynamiques de **spreading** des réseaux sociaux numériques, de sorte que le partage de contenu le rende viral et que les utilisateurs fassent pression sur leurs élus. Notre objectif est donc de faire en sorte **que le boycott des marques s’inscrive dans les pratiques quotidiennes des individus**, comme le sont devenus les gestes respectueux de l’environnement, et qu’ils le médiatisent. En un sens, et en raison de la présence de ces marques nos marchés, nous pourrions associer cette démarche à la "désobéissance civile" de Thoreau : un refus catégorique de consommer des biens matériels dont les mécanismes de production sont injustes.
Cette médiatisation nous permettra ensuite d’appuyer à un niveau citoyen la démarche initiée par l’eurodéputé Raphaël Glucksmann et la Commission européenne, en agissant comme les relais citoyens d’une action politique parlementaire.
### b. La mission de Defend Uyghurs
Le 27 septembre 2021, l’eurodéputé Raphaël Glucksmann publie une “liste de la honte” et s’engage dans une **pratique numérique de name and shame contre les marques épinglées par l’Australian Strategic Policy Institute** en raison de leurs liens avec le travail forcé des Ouïghours. Les images des camps, dont la symbolique rappelle l’Holocauste, puis les témoignages de femmes ouïghoures qui en ont réchappé après avoir été victimes de viols et d’actes de torture en série, sont diffusés massivement et participent de l’essor de la mobilisation. Leur partage diminue en retour l’audience des acteurs qui nient les exactions subies par ce peuple, et dont les thèses ont depuis été démenties par les chiffres. L’approche retenue est intéressante : en les vulgarisant via des posts Instagram, l’équipe de Raphaël Glucksmann rend les informations accessibles et facilite ainsi leur partage par l’audience.
Defend Uyghurs doit suivre une stratégie analogue et **adopter la posture d’une *social movement organization*** (SMO), telle que la décrivent les auteurs en sciences sociales. Concrètement, la présence d’une SMO favorise la pérennité du mouvement, de même que l’alignement des cadres conditionne son émergence. Nous devons interpréter une donnée “neutre” ou factuelle (les Ouïghours sont victimes d’un génocide), de sorte qu’elle soit en adéquation avec les cadres cognitifs des acteurs (tout génocide est injuste) et que ces derniers entrent en action.
> En ce sens, notre SMO a tout intérêt à mettre en oeuvre des **dispositifs de sensibilisation**, que Christophe Traïni définit comme “l'ensemble des supports matériels, des agencements d'objets, des mises en scène, que les militants déploient afin de susciter des réactions affectives qui prédisposent ceux qui les éprouvent à s'engager ou à soutenir la cause défendue”.
Autrement dit, **médiatiser plus largement la cause des Ouïghours suppose de réduire les coûts d’engagement**, en facilitant l’accès à l’information par la mise à disposition de livrables librement partageables sur les réseaux sociaux numériques.
### c. Les cibles de la campagne
Les réponses que nous avons collectées à l’occasion d’une enquête par questionnaire en 2022 ont révélé que **plus de 90% des individus mobilisés pour la cause des Ouïghurs avaient entre 18 et 25 ans**. Or, une analyse plus fine des données des réseaux sociaux numériques, comme YouTube et ses *analytics*, montre que ces derniers maîtrisent les codes des RSN et les fréquentent régulièrement.
C’est la raison pour laquelle Defend Uyghurs entend **cibler sur les réseaux sociaux les lycéens et les étudiants du supérieur**, pour qu’ils s’imprègnent de la cause des Ouïghours et influencent à leur tour leur proches et abonnés, tels les relais ou leaders d’opinion qu’identifiait Paul Lazarsfeld.
# 3. Nos stratégies de campagne
### a. Des actions à destination du milieu universitaire
La communauté universitaires (étudiants, professeurs..), *a fortiori* celle dont l’objet d’étude se rapproche des enjeux politiques, doit faire l’objet d’une attention particulière, en ce que ses membres pourraient revêtir le rôle de leaders d’opinion et, de surcoût, offrir au mouvement une légitimité importante. **Nous proposons donc d’organiser des colloques avec l’Institut Ouïghour de France** et d’y inviter des acteurs aux profils variés, comme des sociologues (Dilnur Reyhan) ou des journalistes (Rozenn Morgat, Sylvie Lasserre). Ces événements seront systématiquement retransmis en ligne et se dérouleront **au second semestre** de l'année universitaire, de janvier à juin.
En parallèle, **nous publierons des articles de vulgarisation sur le site Medium**, pour approfondir les sujets abordés. [Ce lien](https://medium.com/@cedric.canton.etu/xinjiang-police-files-le-visage-du-g%C3%A9nocide-des-ou%C3%AFgours-2fece337601a) vous mènera à l’un de ces papiers, dont voici un aperçu :
> 
### b. L'organisation d'une campagne d'influence numérique
L’enquête par questionnaire que nous avons menée en 2022 a révélé que **80% des individus engagés pour la cause des Ouïghours s’étaient mobilisés sur les réseaux sociaux**, essentiellement sur Instagram et Twitter — nous considérerons ici qu’une personne est mobilisée dès l’instant où elle partage ou publie un post de promouvant la cause des Ouïghours. Le mouvement est donc essentiellement numérique et repose sur l’idée de viralité : le fait qu’un nombre important de créateurs aient abordé cette thématique favorise en outre son référencement, y compris — et de manière paradoxale — sur TikTok, une application choinoise.
La campagne de Defend Uyghur ne peut donc faire l’économie d’une présence sur les réseaux sociaux, et doit s’intégrer à la dynamique plus large qu’entreprennent les militants moraux, les Ouïghours de la diaspora et les collectifs sur leurs comptes (@uyghur inform, @uyghurtribunal, @uyghurtimesfrench..). Nous avons donc créé le **compte Instagram** **@defenduyghurs, sur lequel nous proposons de publier des** **posts d’information en “carroussel”** pour vulgariser les enjeux qui touchent le peuple ouïghour.

Ces posts seront **aisément partageables** par les utilisateurs, y compris en stories. Le QR code ci-dessous vous mènera à l’une de ces publications :

En outre, nous pouvons **faciliter l’accès à l’information en produisant des vidéos courtes**, de 90 secondes maximum, pour qu’elles bénéficient du puissant algorithme des reels Instagram, dont l’audience est généralement plus grande qu’avec des vidéos longues classiques. Le QR code de [la vidéo ci-dessous](https://www.instagram.com/reel/CnQKfhZqNnm/?igshid=YmMyMTA2M2Y%3D&fbclid=IwAR1Rwo79_aqt1zX1njKBfb-s97q_4p8nvRMWD7grAl8k6eg0UEQjMA9v2bI), publiée pour la première fois en septembre sur le format du plaidoyer — et sur mon compte personnel pour des raisons pratiques — vous donnera un aperçu de ces posts :

Enfin, notre analyse du marché médiatique nous a permis d’observer la **publication par des créateurs de contenu de vidéos à haut rendement d’audience**, comme celles du youtubeur [“Le Roi des rats”](https://www.youtube.com/watch?v=3cEC0-kzZvw) ou du journaliste “Charles Villa”. Nous pourrions alors leur **proposer des partenariats** pour jouir de leur médiatisation importante, tout en évitant les coûts des publicités sur d’autres médias. Ici, le budget prévisionnel serait de 5 000 à 10 000 euros par collaboration, suivant l’audience du créateur.

# 4. Planning et budget prévisionnels
**L'ensemble de ces actions débutera de manière plus active dès le mois de janvier 2023**, et se poursuivra jusqu'à l'adoption de l'import ban par le Parlement européen. Si les propos de Glucksmann, l'action sera donc ciblée sur les mois de janvier à août 2023. Néanmoins, les différents comptes pourront publier au-delà de cette date pour continuer de vulgarisation les enjeux qui touchent le peuple ouïghour.
Le budget total prévisionnel est quant à lui estimé à **40 000 ou 50 000 euros**, intégrant l'organisation de colloques, la production de contenus qui nécessitent de recruter des graphistes, et les partenariats conclus avec les créateurs de contenu.