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# Introduction
Depuis la nuit des temps, l’Homme appartenant à une civilisation ou organisation a la nécessité de sauvegarder l’Histoire de celle-ci et ses témoignages. Des tablettes de terres cuites en Mésopotamie, au papyrus, aux registres, au microfilm et CD rom, chaque document transcrit des informations à minutieusement préserver, indispensable dans la reconstruction ou interprétation d’un instant t.
Les archives sont décrites par le *[Code du patrimoine](https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000032860025&cidTexte=LEGITEXT000006074236&dateTexte=20160709)* depuis 2016, comme
> “l'ensemble des documents, y compris les données, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, produits ou reçus par toute personne physique ou morale et par tout service ou organisme public ou privé dans l'exercice de leur activité.”
Afin de transmettre et communiquer les documents tout en s’adaptant à l’ère du numérique, les archivistes cherchent à augmenter leur salle de lecture numérique sans nuire à leur salle de lecture physique. La demande de documents dématérialisés ne fait qu’accroitre. Ce phénomène naît des grands projets de numérisation de l'État civil dans les années 2000-2010. La numérisation, dans l’univers archivistique, est “la conversion en masse des documents en fichiers informatiques”[^1].
Ce changement d’observation et d’utilisation de l’archive amène les services concernés à connaître davantage les usages et les usagers, à s'adapter aux nouveaux concurrents, lieux et pratiques. L’archiviste doit donc garder un maximum de contact avec son public. Cependant, il est à noter comme Yvon Lemay et Anne Klein dans *[La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère numérique](https://www-cairn-info.ezproxy.u-bordeaux-montaigne.fr/revue-les-cahiers-du-numerique-2012-3-page-15.htm)* que
> “L’expérience virtuelle des archives ne fait pourtant pas disparaître le besoin d’un contact direct des archivistes avec les utilisateurs d’une part, et des utilisateurs avec les documents d’autre part.”.
L’augmentation des fonds numérisés facilite et amène donc à la valorisation des documents numérisés (expositions physiques sur site ou itinérante, expositions virtuelles…). La numérisation des archives est donc un enjeu pour ces services. Normand Charbonneau disait en 2008[^2] :
> “le personnel des centres d’archives se doit de stimuler l’intérêt des usagers, tant actuels que potentiels, pour ces ressources et pour les services offerts par l’institution ”.
Une des règles fondamentales du fonctionnement des archives doit aujourd’hui s’adapter à de nouvelles natures de documents. En effet, l’avènement du numérique a fait émerger un type d’archives appelé archives natives numérique. Les Archives Nationales[^3] soulignent sur leur site que
> “les archives nativement produites sous un format électronique ne font que croître et se diversifier. L'utilisation généralisée des outils informatiques au sein des services de l'État, le développement de l'e-administration, la multiplication des projets de dématérialisation, le passage au numérique dans le domaine de la photographie et de l'audiovisuel, le succès des moyens d'échanges électroniques et des médias sociaux sont les marqueurs principaux de cette évolution”.
Elles sont créées par des systèmes numériques et ne peuvent être utilisables sans les outils adaptés. Ces archives natives numériques, telles que des données demandent un travail identique à la règle des 5c[^4], soit “ Conseiller, collecter, classer, conserver, communiquer” afin de permettre aux lecteurs une opérabilité et utilité satisfaisante. Des outils de gestion et système d’information sont nécessaires.
Ces modifications de l’étendue des supports, outils de lecture et de recherche ont impacté les services. L’adaptation et la mise en place des pratiques numériques sont plus lentes que prévues dans les services, selon Stéphanie Roussel[^5]. Les manières de lire et de rechercher les informations ont été modifiées. Pour exemple, Sébastien Poublanc indique dans *[Les jeunes historiens rêvent-ils d’archives numériques?](http://www.gout-numerique.net/table-of-contents/enseignement/les-historiens-numeriques-revent-ils-darchives-electroniques)* que
> “les inventaires numériques ne sont plus tangibles, ils ne laissent plus guère place à la découverte fortuite entre deux cotes d’archives”.
La numérisation des archives et l’avènement des archives natives numériques, soit de manière plus simplifiée l’avènement du numérique dans la sphère archivistique, ces répercussions et ces utilisations, ont-elles créées du changement pour le métier d'archiviste? Quels enjeux et missions pour l’archiviste dorénavant?
Afin de répondre à cette problématique, nous allons chercher à comprendre en quoi l’archiviste doit faire évoluer son rôle de gardien de l’information et de passeur de flambeau de documents pérennes. Dans un second temps, nous verrons en quoi l’arrivée du numérique dans les services d’archives amène à nouveau à affirmer et assurer sa place d’expert, de conservateur, de gestionnaire et de protecteur des documents, pouvant être remis en cause dans l’ère du numérique. Enfin, nous observerons un mouvement important qui agrandit le spectre de travail de l’archiviste : le collaboratif. Nous chercherons à comprendre les impacts de celui-ci et le rôle important des archivistes afin de le concilier avec la préservation de la vie privée d’autrui.
[^1]: Wikipedia, *Numérisation*.
[^2]: Yvon Lemay, Anne Klein, *La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère numérique*, 2012.
[^3]:Archives Nationales, *L'archivage numérique aux Archives nationales*.
[^4]:Archives Départementales de Saône-et-Loire, *Mémoire sauvegardée*.
[^5]: Stéphanie Roussel, *Quand l'évolution de l'objet patrimonial transforme le métier : les archivistes et les archives numériques*, 2018.