nellydbs
    • Create new note
    • Create a note from template
      • Sharing URL Link copied
      • /edit
      • View mode
        • Edit mode
        • View mode
        • Book mode
        • Slide mode
        Edit mode View mode Book mode Slide mode
      • Customize slides
      • Note Permission
      • Read
        • Only me
        • Signed-in users
        • Everyone
        Only me Signed-in users Everyone
      • Write
        • Only me
        • Signed-in users
        • Everyone
        Only me Signed-in users Everyone
      • Engagement control Commenting, Suggest edit, Emoji Reply
    • Invite by email
      Invitee

      This note has no invitees

    • Publish Note

      Share your work with the world Congratulations! 🎉 Your note is out in the world Publish Note

      Your note will be visible on your profile and discoverable by anyone.
      Your note is now live.
      This note is visible on your profile and discoverable online.
      Everyone on the web can find and read all notes of this public team.
      See published notes
      Unpublish note
      Please check the box to agree to the Community Guidelines.
      View profile
    • Commenting
      Permission
      Disabled Forbidden Owners Signed-in users Everyone
    • Enable
    • Permission
      • Forbidden
      • Owners
      • Signed-in users
      • Everyone
    • Suggest edit
      Permission
      Disabled Forbidden Owners Signed-in users Everyone
    • Enable
    • Permission
      • Forbidden
      • Owners
      • Signed-in users
    • Emoji Reply
    • Enable
    • Versions and GitHub Sync
    • Note settings
    • Note Insights New
    • Engagement control
    • Make a copy
    • Transfer ownership
    • Delete this note
    • Save as template
    • Insert from template
    • Import from
      • Dropbox
      • Google Drive
      • Gist
      • Clipboard
    • Export to
      • Dropbox
      • Google Drive
      • Gist
    • Download
      • Markdown
      • HTML
      • Raw HTML
Menu Note settings Note Insights Versions and GitHub Sync Sharing URL Create Help
Create Create new note Create a note from template
Menu
Options
Engagement control Make a copy Transfer ownership Delete this note
Import from
Dropbox Google Drive Gist Clipboard
Export to
Dropbox Google Drive Gist
Download
Markdown HTML Raw HTML
Back
Sharing URL Link copied
/edit
View mode
  • Edit mode
  • View mode
  • Book mode
  • Slide mode
Edit mode View mode Book mode Slide mode
Customize slides
Note Permission
Read
Only me
  • Only me
  • Signed-in users
  • Everyone
Only me Signed-in users Everyone
Write
Only me
  • Only me
  • Signed-in users
  • Everyone
Only me Signed-in users Everyone
Engagement control Commenting, Suggest edit, Emoji Reply
  • Invite by email
    Invitee

    This note has no invitees

  • Publish Note

    Share your work with the world Congratulations! 🎉 Your note is out in the world Publish Note

    Your note will be visible on your profile and discoverable by anyone.
    Your note is now live.
    This note is visible on your profile and discoverable online.
    Everyone on the web can find and read all notes of this public team.
    See published notes
    Unpublish note
    Please check the box to agree to the Community Guidelines.
    View profile
    Engagement control
    Commenting
    Permission
    Disabled Forbidden Owners Signed-in users Everyone
    Enable
    Permission
    • Forbidden
    • Owners
    • Signed-in users
    • Everyone
    Suggest edit
    Permission
    Disabled Forbidden Owners Signed-in users Everyone
    Enable
    Permission
    • Forbidden
    • Owners
    • Signed-in users
    Emoji Reply
    Enable
    Import from Dropbox Google Drive Gist Clipboard
       Owned this note    Owned this note      
    Published Linked with GitHub
    • Any changes
      Be notified of any changes
    • Mention me
      Be notified of mention me
    • Unsubscribe
    Livrable anthropo : ## Introduction ## I. L’art de planter le décor : contextualisation et description #### I.I. La science fiction : un genre littéraire pour regarder les mythes circulants dans la société #### I.II.a La science fiction : son origine #### I.III.b Isaac Asimov : une grande figure de la science fiction ### I.II. Les technologies : liberté ou sécurité ? #### I.II.a Focus sur une interview d’Asimov : une proposition d’une science salvatrice #### I.II.b Focus sur un court métrage d’Emy LTR : une proposition d’avenir dystopique ## II. Délovons les mythes : analyse et problématisation ### II.I. Focus sur deux mythes #### II.I.a Le mythe du Big Brother #### II.I.b Le mythe d’Hermes et d’Hestia ### II.II. Un regard anthropologique sur ces imaginaires #### II.II.a Le pouvoir et la justice sociale : deux couples « miracles ou frayeurs » des imaginaires des techniques #### II.II.b La temporalité des technologies : la crise sanitaire comme cristallisation des mythes # #DEBUT : LE DOSSIER LE SEUL LE VRAI # Introduction Au travers de nos nombreuses expériences et dans la sphère médiatique (professionnelles, personnelles), nous constatons que la tension entre la liberté et le contrôle, à partir des objets techniques occupe une place prépondérante. Nous avons souhaité regarder cette tension de façon plus fine entre le contrôle (sécurité) et la liberté (danger) par le prisme d'oeuvres de science-fiction. Cette littérature est porteuse d'une double influence. Elle a nourri de ses textes l'imaginaire social et exercé un attrait certain sur les ingénieurs et artistes. > Ainsi que le rappelle le sociologue Philippe Breton (2004), la littérature de science fiction a largement contribué à la formation de l’imaginaire de notre modernité. Dans les représentations sociales des TIC, Patrice Flichy (2003), lui aussi sociologue définit trois principaux imaginaires des technologies, celui des concepteurs de l'innovation, celui des organisations publiques et celui des littérateurs. Nous avons fait le choix des littérateurs pour introduire notre réflexion. Pour regarder et analyser ces tensions, nous nous sommes intéressés aux travaux de deux auteurs différents : Isaac Asimov (1920-1992), considéré comme un des pères fondateurs de la science fiction, et Emy LTR (?-aujourd'hui), influenceuse française qui publie sur sa chaîne youtube de nombreux courts - métrages de science fiction. Ces choix de support vidéo ne sont pas anodins : ils nous permettent de mettre en perspective la permanence des mythes liés à la technologie à travers le temps. Aussi nous nous sommes inspirés d'une interview datant d'un temps avant cette période de "tout numérique", pour relativiser à travers le temps cette question qui semble urgente du "contrôle" des objects techniques dans notre société (télésurveillance, drone, géolocalisation, etc). L'interview d'Isaac Asimov que nous avons selectionnée date de 1974, époque où internet n'est pas encore démocratisé. Asimov apparait comme visionnaire dans ses prédictions. Le court métrage dystopique "Suderis" d'Emy LTR quant à lui date d'avril 2020 ; à une époque où, nous ne le savons que trop bien, les usages d'internet sont massivement démocratisés. Dans ces deux vidéos, la question de la liberté (et du danger) et du contrôle (et de la sécurité) s'affrontent. Pour analyser cette tension par delà la science, qui n'est pas suffisante pour prendre en compte l'irrationnel de l'esprit humain, nous avons choisi deux mythes dynamiques : celui d'Hermès-Hestia et celui de Big Brother, au sens de Moles (1990). Ils sont à la fois le contenant de nos imaginaires et des outils d'intelligibilité. Ils sont dynamiques, puisqu'"Ils ont le ressort de briser la loi naturelle" et de représenter "une volonté d'opposition". Alors larguons les amarres, plantons (I) le décor et délovons (II) les mythes pour des sensations garanties ! Au travers de ce dossier nous souhaitons donc : d’une part, analyser le court-métrage d’Emy LTR à partir des deux mythes pré-cités, ensuite, regarder la question des temporalités des représentations et des imaginaires en mettant en parralèle les techno-imaginaires présents dans les prédictions futuristes d’Asimov et celles présentes dans le court métrage “Suderis” d’Emy LTR. Pour finir nous souhaitons regarder cette tension entre surveillance/sécurité et liberté/danger au travers de faits d'actualités et au regard de la situation actuelle et si exceptionnelle du Covid19. # I. L’art de planter le décor : contextualisation et description ## I.I. La science fiction : un genre littéraire pour regarder les mythes circulants dans la société ### I.I.a La science fiction : son origine Avant d'analyser les mythes circulants, il nous paraissait important de présenter l'origine de la science fiction. Ainsi, elle est un genre narratif à la fois littéraire, cinématographique et vidéo-ludique Source (note de bas de page): https://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction. Elle raconte des fictions à partir des progrès scientifiques et techniques, emportées dans un futur plus ou moins proche. > « Science fiction stories are those in which some aspect of future science or high technology is so integral to the story that, if you take away the science or technology, the story collapses ». (B.Bova, 1994) > Les thèmes représentés sont ceux du voyage dans le temps et l’espace, de la rencontre d’extra-terrestres, de la confrontation de l’humain avec ses créations, de l’apocalypse planétaire. Alain Morvan, créateur dans la Pléiade de l'édition "Frankenstein et autres romans gothiques", https://www.franceculture.fr/litterature/frankenstein-premier-roman-de-science-fictionprécise que la science-fiction "est une des catégories de la littérature fantastique avec cette capacité de se projeter dans une technologie qui n’est pas encore actuelle". Un des romans reconnu comme précurseur de la science-fiction serait celui de la jeune Marie Shelley, "Frankenstein ou le Prométhée moderne", paru en 1818. Pour la première fois la littérature interroge le bien fondé du progrès de la science. Avant l'écriture de ce texte, l'auteure rêve l'histoire de Frankenstein qui est inspirée, en partie, par la découverte récente de l’époque, le galvanisme [1]. Le monstre "Frankeinstein", créé à partir de tissus morts et mis en mouvement par l’électricité, cherche à se venger de son créateur, se revèle être inspiré à la fois du mythe du Golem (la création d'être artificiel) et de celui de Prométhée (recherche d'une source d'énergie) > [1] Galvanisme : discipline qui étudie la contraction des muscles stimulés par un courant électrique et développée par le médecin et physicien Luigi Galvani. Mary Shelley questionne les progrès de la science de son époque, ici dans le domaine des biotechnologies, alors que l’électricité a moins d'un siècle qu’elle est source de progrès et de fantasme à l’aune du mythe de Prométhée. Il est possible de considérer que la science-fiction a eu d’autres précurseurs, dont Lucien Samotase au II siècle et Cyrano de Bergerac au XVIIième siècle. Dans l'"Histoire véritable" de Samotase, le narrateur parcourt l’espace. La nouvelle initiatique "L'Histoire comique des États et Empires de la Lune" de Cyrano de Bergerac écrite vers 1650, relate un voyage imaginaire sur la lune (Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Science-fiction). Cependant, Pierre Ropert (2018) dans l’émission *"Frankenstein", déjà 200 ans de science-fiction ?* précise que ces deux derniers récits, prétextes à la satyre, n’interrogent pas les progrès des sciences. Ce qui fait de la science-fiction un genre littéraire serait donc la remise en cause de l’esprit progressiste qui considère que le progrès scientifique serait toujours bénéfique et qu'il n'y a pas de « limite à la perfectibilité des choses » (Morvan). L'industrialisation de l’imprimerie en Angleterre et l'alphabétisation vont favoriser la diffusion d'une littérature populaire dont la science-fiction. Les *pulps*, > note de bas de page: []ainsi nommés car ils sont édités à partir de résidus de bois (woodpulp) seront les premiers magazines à populariser ses récits aux États-Unis. Ils vont perdurer jusque dans les années 1950. [](https://i.imgur.com/yupywa4.jpg) L’un de ces pulps, connu sous le nom d'*Astounding Stories*, va devenir sous la houlette d’un chercheur en cybernétique, John W. Campbell (1910-1971), le magazine qui donnera ses lettres de noblesse au genre ![](https://i.imgur.com/le5cNJJ.jpg) Campbell exige que les histoires de ses auteurs anticipent les changements scientifiques et technologiques et racontent comment ils modifient la vie humaine. Il a propulsé de nombreux auteurs dont le britannique Athur C.Clarke (1917-2008) et Isaac Asimov, inspiré par les récits colportés par les pulps depuis son enfance. Leurs imaginaires reposent sur des supposés scientifiques, aussi pour Isaac Asimov « négliger la science est une erreur ». A la mort de J.W. Campbell en 1971, l’âge d’or de la science fiction décline et le genre s'élargit à d’autres auteurs, comme Philip K Dick (1928-1982), dont les textes de science-fiction ne reposent pas sur des bases scientifiques. ### I.I.b Isaac Asimov : une grande figure de la science fiction Isaac Asimov, auteur auquel nous faisons référence tout au long de notre dossier est condidéré comme l'une des figures incontournable de la science- fiction (SF). Son oeuvre est extrêmement riche (plus 500 livres), dont certains sont regroupés en cycles, qui questionnent un avenir utopique ou dystopique, en fonction des choix qui sont faits, entre la liberté synonyme de danger et le contrôle représentant une forme de sécurité. Les plus connus sont le cycle de fondation (7 livres, entre 1942 et 1993 - [psychohistoire](https://www.psycho-ressources.com/blog/isaac-asimov/)) et le cycle des robots (4 livres, entre 1950 et 1985). Ci dessous, la chronologie des cycles, dans l'oeuvre d'Asimov : ![](https://i.imgur.com/P9iVRNw.png) (dates après J.C) Dans "la fin de l'éternité", roman à part, de 1955, mais chronologiquement à l'origine du cycle des robots, est un récit dont l’histoire est inspirée du thème de voyage dans le temps. « L’Eternité », une organisation qui existe en dehors du temps chercherait à rendre l’humanité meilleure. il dit avoir fait le choix de la liberté et ainsi du danger. Au contraire, dans *I, Robot*, recueil de 9 nouvelles publié pour la première fois en 1950 et paru dans les années 1940 dans les magazines *Super Science Stories* et *Astounding Science Fiction*, il fait le choix du contrôle et de la sécurité. Il a pour thème principal l’interaction des humains, des robots et de la moralité.~~ Trois lois traversent l'oeuvre d'Isaac Asimov et particulièrement le cycle des robots. Une quatrième loi, implicite, pourrait agir comme pivot entre liberté et contrôle, selon l'interprétation et l'utilisation qu'on pourrait en faire. #### Les 3 lois de la robotique <iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/AWJJnQybZlk" frameborder="0" allow="accelerometer; autoplay; encrypted-media; gyroscope; picture-in-picture" allowfullscreen></iframe> Pour présenter le terme robotique revenons sur l'origine du mot. EN 1920, période où nait Isaac Asimov, un jeune auteur, Karel Capek (1880-1938), étoile montante de la nouvelle république tchécoslovaque, écrit une pièce pour le théâtre de Prague. Il imagine ses héros comme “des ouvriers artificiels” ou “machines de travail vivantes et intelligentes” qu’il nomme *robot*. Il délaisse alors le terme *automaton* utilisé dans une pièce précédente (*Opilec*) de 1917, pour celui de *robot*. Aussi le terme *robot* est introduit pour la première fois, en 1921, dans la pièce intitulée *Rossum’s Universal Robots* (connue sous le nom R.U.R). > [] traduction : les robots universels de Rossum Etymologiquement, Le terme Robot, est issu du vieux slave «robota». Son premier sens est «esclavage» et par extension «activité laborieuse». Dans le langage courant le robot a initialement (en 1939) désigné un androïde artificiel capable d’accomplir les travaux exécutés par l’homme. Le terme évolue et désigne plus simplement de nos jours un objet ménager. Avec Karek Capeck, père naturel du robot, nait le mythe du robot, mythe promu par Asimov, père adoptif est à l'origine du terme de robotique. Les lois de la robotique furent formulées conjointement par lui même et John W. Campbell, en 1942 et occupent une place essentielle dans l'oeuvre d'Asimov. Elles apparaissent ainsi dans le cycle des robots, qui regroupe plusieurs romans et recueils (Les Robots, Un défilé de robots, Les Cavernes d'acier, Face aux feux du soleil, Les Robots de l'aube, Les Robots et l'Empire) ainsi que dans d'autres histoires reliées à ce cycle. >Asimov attribue les lois à John W. Campbell, au cours d'une conversation tenue le 23 décembre 1940. Cependant, Campbell affirme qu'Asimov avait déjà les lois dans son esprit, et qu'elles avaient simplement besoin d'être formulées explicitement. Plusieurs années plus tard, un ami d'Asimov nommé Randall Garrett attribue les lois à une collaboration symbiotique entre les deux hommes, une suggestion qu'Asimov adopte avec enthousiasme >C'est moi qui ai défini le concept à la suite des nouvelles que j'avais déjà écrites, mais (si j'ai bonne mémoire) la terminologie fut forgée par nous deux. » — Isaac Asimov, Asimov 1989, p. 11" Il est intéressant de noter qu'une loi 0 apparaît dans le cycle des robots qui tente de placer la sécurité de l'humanité avant celle de l'homme. Elle a des conséquences importantes, comme celle de donner le droit aux robots de s'attaquer aux hommes dans le cas où ils mettraient l'humanité en danger (thème du film I Robot). [-> ici, ref dans wikipédia aux trois lois](https://fr.wikipedia.org/wiki/Trois_lois_de_la_robotique#Ajout_de_la_Loi_Z%C3%A9ro) Ainsi, voilà au final la formulation adoptée : * loi zéro : un robot ne peut pas porter atteinte à l'humanité, ni, par son inaction, permettre que l'humanité soit exposée au danger ; * première Loi : un robot ne peut porter atteinte à un être humain, ni, restant passif, permettre qu'un être humain soit exposé au danger, sauf contradiction avec la Loi Zéro ; * deuxième Loi : un robot doit obéir aux ordres que lui donne un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la Première Loi ou la Loi Zéro ; * troisième Loi : un robot doit protéger son existence tant que cette protection n'entre pas en conflit avec la Première ou la Deuxième Loi ou la Loi Zéro. Après cette rapide présentation de l'origine de la science-fiction et de l'oeuvre d'I.Asimov, focalisons-nous sur les documents audiovisuels que nous avons choisi pour observer la tension entre liberté et sécurité à travers l'usage des technologies. ATTENTION PEUT ETRE MANQUANT : explication tension liberté/sécurité ## I.II. Description des documents audiovisuels choisis ### I.II.a Focus sur une interview d’Asimov : une proposition d’une science salvatrice -> remettre en bas de page les ressources citées (cf autre hackmd) > []La biblio est en cours, j'envoie le doc par msg > **Contextualisation** La vidéo d'Isaac Asimov que nous avons choisi et que nous étudions dans le cadre de ce dossier s'inscrit dans un ensemble de 4 vidéos. Celles-ci constituent une interview du célèbre auteur de science fiction et sont extraites du documentaire « Les Evadés du Futur ». Ce dernier est réalisé par Elizabeth Antébi, historienne, animatrice télé, écrivaine et journaliste française pour le compte du Service de la recherche de l’ORTF en 1974. Il ne nous a malheureusement pas été possible de visionner ce documentaire état donné qu’il est introuvable en ligne. Cependant, nous avons pu prendre connaissance du script du film dans la mesure où la réalisatrice l’a rendu disponible son site internet (http://www.antebiel.com/medias/script-evade.html) et ainsi de comprendre le contexte général du documentaire. Dans ce dernier, elle interroge 5 célèbres écrivains : Bruner, Spinard, Silverberg, Sturgeon et Asimov sur la thématique générale « Comment envisage-t-on aujourd’hui le futur de la littérature ? ». Plus exactement, les écrivains examinent le rôle existant entre la science fiction et la politique. Tour à tour et pour aborder ce thème, ils répondent à la question centrale de « qui maîtrise l’avenir de l’Humanité et quelle place tient la science et les scientifiques dans la société ? Les interviews sont morcelées en plusieurs parties et alternent avec des séquences filmées illustratives. Ainsi, dans le cadre de notre étude, nous nous focaliserons comme évoqué ci-dessus, sur l’interview d’I.Asimov. Au moment du tournage de ce film, l’écrivain est alors maître assistant en Biochimie à l’Ecole de Médecine de l’Université de Boston. Il y plaide la cause d’une science salvatrice en opposition la plupart des écrivains, dont font partie ceux interviewés dans les « Evadés du Futur », qui eux plaident pour la théorie d’Aldus Huxley qui prophétisait un atroce « meilleur des mondes », c'est à dire une vision assez pessimiste de l'avenir. **Description** « Est-il préférable pour l’humanité d’être libre de prendre des décisions qui aboutiront à sa propre destruction ou doit-elle s’en remettre au contrôle des machines pour son confort et son bonheur au prix de sa liberté ? ». C’est par cette question que commence le premier document audio que nous avons choisi. Plus précisément, il s’agit d'une courte vidéo d’environ cinq minutes d’images d’archives de l’INA datant de 1974. Sur cette vidéo trouvée sur la chaîne de l'INA de plateforme Youtube, I. Asimov livre à un journaliste sa vision du monde futur. Il y prévoit une arrivée des robots, des ordinateurs mais aussi la disparition possible de l’homme du fait des technologies. Il évoque notamment les tensions existantes entre la liberté et le contrôle. En effet, d’une part la liberté entrainerait nécessairement le danger et d’autre part le contrôle (via les robots et machines) amènerait l’humanité à renoncer à sa liberté. Ces tensions sont des sujets qu’il traite dans deux de ses ouvrages de science-fiction et auxquels il se réfère dans cette interview. En effet, comme explicité en *supra*, dans *La fin de l’éternité* il est question de liberté et de danger ; pour *Les Robots* en revanche il présente le choix entre contrôle et sécurité. Il précise dans cette interview que son rôle n’est pas d’apporter les réponses, mais plutôt de poser les questions, laisser libres les auditeurs de leur choix et positions. Ses romans sont pour lui l’occasion d’exposer différents points de vue, de présenter comme il dit « les différentes pièces du dossier » en laissant au lecteur le choix final de ce qu'il préfère et/ou ce qui lui parle le plus. Même s’il avoue avoir une vision utopique sur le sujet, il fait part de son positionnement sur la question, celui de la liberté et du danger. Répondant en effet à la question du choix de l’individu par rapport à la technologie, Isaac Asimov, envisage l’évolution technologique comme une chance pour la démocratie et l’expression directe de chaque citoyen. Ainsi par exemple, les technologies permettront à l'avenir une meilleure efficacité de l’éducation, un meilleur accès à l’information etc. L’interview se poursuit sur la question des potentialités des technologies et de l’intelligence des machines qualifiées aussi par l’auteur « d’espèces » et possiblement supérieures dans les décennies à venir à celle des êtres humains. Enfin, il fait référence à sa série de livres Fondation, épopée politique écrite dans les années 1940. Il est impossible pour les Hommes de remonter le courant de l’histoire humaine, peu importe ses actions, le mouvement les entraine nécessairement vers l’avant. Ainsi, comme évoqué en introduction nous souhaitons mettre en perspective cette vidéo avec le court-métrage d'Emy LTR que nous présentons dans la partie suivante. ### I.II.b Focus sur un court métrage d’Emy LTR : une proposition d’avenir dystopique #### Qui est Emy LTR ? Emy LTR, de son vrai nom Emy Letertre est une vidéaste, influenceuse, actrice, chanteuse, mannequin et auteure française née le 30 janvier 1991 à Issy-les-Moulineaux. Ancienne hôtesse d'accueil, Emy LTR lance sa chaine youtube en janvier 2015. En juin 2020, sa chaine réunit plus d'1.62 millions d'abonnés. Dans ses premières vidéos, elle se filme en réalisant sur elle ou sur des invités des maquillages de personnages de films : Contagion, Alice au pays des merveilles, Zombie Boy, Harley Quinn, Black Swan pour n'en citer que quelques uns. En parralèle et pendant deux ans, elle publie ponctuellement d'autres contenus : F.A.Q (Foire aux questions), vidéos humoristiques,sketchs, etc. En 2016, le contenu de sa chaine migre légèrement, pour s'intéresser à des sujets plus personnels. Elle réalise notamment une série de vidéos #Tatoologie dans laquelle elle explique la signification de ses tatouages. Ses premières parodies et podcasts voient le jour dans la même période, avec des épisodes comme "Princesse Thug" : parodies humouristiques des princesses en 2016, "Les phrases à ne pas dire aux blondes", "la police", "le sport et moi". En somme, un contenu classique pour les youtubers et youtubeuses en 2016, qui varie entre humour, confession, tutoriel beauté et maquillage, avec néanmoins une spécialité assez atypique : le maquillage de personnages de films. Au fur et à mesure, elle délaisse ses vidéos makeup pour privilégier dans un premier temps les podcasts, vidéos humoristiques et, dans un second temps, pour s'essayer aux courts métrages de science-fiction. C'est pour ces productions que nous nous sommes intéressés à cette youtubeuse. Ce passage, de vidéos bricolées et "home-made" à des courts métrages coproduits par "Studio 71" (studio de production de TF1) et financés par le Centre National de Cinéma et de l'image animée, nous a interpelé. Dans une interview du 25/04/2019 diffusée sur sa chaine, Emy LTR raconte les raisons pour lesquelles elle s'est lancée dans la fiction, souhaitant s'éloigner de l'humour "face cam" pour se rapprocher de ce à quoi elle aspire réellement : "la créativité". Avec sa production "Studio 71" (production, management, planning, casting), elle écrit, scénarise, joue dans chacune de ses fictions et considère se livrer indirectement dans ses courts-métrages : "j'ai mis un peu de moi partout". Elle n'a fait aucune école de cinéma, et a stoppé ses études à 16 ans pour enchaîner les boulots : vendeuse en lingerie, hôtesse d'accueil, assistante de direction, barmaid etc. Elle considère que l'hypersensibilité "gouverne sa vie" (de nombreuses vidéos sur sa chaîne traitent de ce sujet), mais selon elle, se mettre en danger volontairement est la seule manière de continuer à apprendre. #### Le court-métrage *Suderis* Sa chaine regroupe au 16 mai 2020 ving-cinq courts-métrages. Celui sur lequel notre attention s'est arrêtée date du 20 avril dernier : "Suderis". Il fait directement le lien avec la thématique de notre dossier, cette tension entre "contrôle et sécurité" et "danger et liberté". ![](https://i.imgur.com/QiIs5Yq.png) Ce court-métrage est diffusé sur la chaine Youtube d'Emy LTR et dure 31min47. Il a été écrit par Emy LTR, produit par Studio71 & Emy LTR avec la participation du CNC. D'autres youtubeurs connus jouent un rôle dans la vidéo, entre autres : Darko CTTG (Felix), Audrey PIRAULT (Mona), Pierre CROCE (Le sélectionneur), Juliette TRESANINI (l'inirmière). :::info **Synopsis** Nous sommes en 2100 à Paris : la ville est séparée en deux par un mur, avec d'un côté les riches (habitants de Sudéris) et de l'autre les pauvres (habitants de Noderis). Elle nous raconte la vie d'Erin, jeune femme et habitante de Suderis, a qui on annonce qu'elle est une des heureuses-élue : dans cette société où toutes les naissances sont contrôlées, elle a été choisie, grace à ses facultées, pour être génitrice. Nous allons donc suivre la vie d'Erin, de ses rendez-vous "d'élue" au choix de son géniteur : Harry Hartmann héritier de la famille ayant contruit le mur protecteur, en passant par la rencontre de son âme soeur, le "match réel", Felix un habitant de Noderis. Leur amour passionnel va-t-il resister et vivre dans cette société contrôlée et asseptisée ? ::: > [time=Fri, Jun 19, 2020 5:28 PM] Il manque une transition ici !! Bon j'écris un truc mais c'est tout nul ça sera a retravailler Au fil de ces écrits, nous nous sommes attelés à planter et décrire le contexte des deux médias que nous avons choisi d'analyser. En commençant par un rapide historique de ce qu'est la SF, nous avons briévement évoqué les travaux phares d'Isaac Asimov, pour ensuite recontextualiser ses propos dans l'extrait d'interview de 1974 et terminer par la présentation d'Emy LTR et le synopsis de son court-métrage *Suderis*. Ces deux médias peuvent paraitre éloignés et, nous l'entendons, difficilement comparables. Le pari est lancé. Il est l'heure maintenant de vous exposer notre proposition de lectures et d'analyse, les liens qui selon nous sont transversaux, les mythes et imaginaires véhiculés dans l'oeuvre d'Emy LTR et dans les prédictions d'Isaac Asimov. # II. Délovons les mythes : analyse et problématisation Dans cette partie, il est question de délover (terme dérivé de *lover*. Dérouler ce qui était enroulé) les mythes et imaginaires présents dans les vidéos sélectionnées. Avant cela, définissons les termes de "liberté" et de "contrôle". Selon le CNRTL, la liberté est définie comme étant « l'état de celui, de ce qui n'est pas soumis à une ou des contrainte(s) externe(s) » mais aussi comme étant « le pouvoir que le citoyen a de faire ce qu'il veut, sous la protection des lois et dans les limites de celles-ci». La définition même du concept liberté est ambigüe et ses deux définitions semblent s’opposer. Pourtant, on ne peut pas faire le choix d’éliminer l’une ou l'autre parce qu’elles sont intrinsèquement liées. Toujours selon le CNRTL, le contrôle est défini comme «une surveillance exercée sur un individu » qui peut amener à un « état de domination morale, matérielle ou politique dans lequel se trouve soumis un pays, une région ». Ainsi nous nous demandons en quoi et comment la tension entre liberté et contrôle est-elle présente dans le court-métrage d'Emy LTR et véhicule-t-elle des imaginaires ? Aussi, en quoi les travaux des littérateurs nous permettent de regarder la permanence des mythes à travers le temps ? ## II.I. Focus sur deux mythes Dans cette partie, nous allons analyser le court métrage d'Emy LTR et regarder précisément les mythes et représentations véhiculées dans le scénario de Suderis. De nombreux mythes sont circulants dans cette vidéo ; mythes définis par P.Musso (2008) et repris par P.Plantard (2014). Voici une liste non-exhaustive des mythes que nous avons repérés dans *Suderis *: "- le mythe de Prométhée : un mythe dynamique, la recherche d'une source d'énergie inépuisable ; - le mythe de Golem : la création d'êtres artificiels comme les robots, les agents intelligents et les avatars virtuels ; - le mythe du Far West : liberté et conquête des grands espaces; - le mythe Androgyne : Fait rêver aux choix de son identité grâce aux choix des biotechnologies ;" > (Moles, 1990, p17-18) - Le mythe de l'ubiquité : "*to be connected anywhere*" Etre partout à la fois, la devise de l'homme pressé hypermoderne. - > (Plantard, 2014, p173) Dans l'analyse que nous vous proposons dans les prochaines lignes, nous nous focalisons sur deux des trois mythes majeurs des mondes numériques proposés par Plantard (2014, p.174) : - "le mythe du Big Brother : son pendant aliénant et dystopique, figure métaphorique des régimes totalitaires et des sociétés de surveillance généralisée par les technologies: «Big brother is watching you»(Orwell, 1949). - Le mythe Hermès-Hestia: le double mythe qui supporte la question, centrale aujourd’hui, de l’extimité. Hestia c’est la divinité du foyer et du feu, divin et sacré. C’est l’intimité et le secret de l’espace privé. Hermès, c’est le messager des dieux. Divinité du voyage, il gèreles normes (poids et mesures), les routes, la communication, c’est l’ordinateur de l’espace public." (Plantard, 2014, p174) ### II.I.a Les mythes et leur fiche mythographique #### Qu'est ce qu'un mythe ? Selon le CNRTL, un mythe est un "récit relatant des faits imaginaires non consignés par l'histoire, transmis par la tradition et mettant en scène des êtres représentant symboliquement des forces physiques, des généralités d'ordre philosophique, métaphysique ou social". https://www.cnrtl.fr/definition/mythe Comme évoqué en introduction, Abraham Moles définit pour sa part les mythes dits "dynamiques" comme "ceux dont le ressort est de briser une loi naturelle classique" (1990, p.17). Ces mythes sont à l'origine de techno-imaginaires qui, selon une boucle itérative des usages (Plantard, 2014), façonnent nos représentations pour modeler ensuite nos pratiques, puis nos usages. Dans ce schéma, chaque flèche représente "une partie des transformations socio-historiques d'appropriation d'une technologie numérique" (Plantard, 2014, p.1) > ![](https://i.imgur.com/YJguPZ3.png) Dans les vidéos que nous étudions dans ce dossier, nous nous sommes focalisés sur deux mythes qui s'interpellent, dans une dialectique annoncée par I.Asimov comme un dilemme entre une liberté synonyme de danger et un contrôle synonyme de sécurité, sur fond de société à haut potentiel technologique. Nous vous les présentons ci-dessous. Afin de rationnaliser notre vision de ces mythes et pour mieux en voir les implications dans les vidéos étudiées, nous proposons la réalisation d'une fiche mythographique, inspirée du modèle proposé par Abraham Moles (1991). Cette fiche nous permet de présenter le mythe, mais aussi d’avoir une analyse plus fine de celui ci. Elle reprend pour partie les rubriques originales du modèle de Moles. Nous ne les avons toutefois pas toutes utilisées, par une difficulté à circonscrire chaque critère représenté. En somme, nous nous sommes cantonnés : - au nom principal du mythe, - aux aires culturelles, qui représentent à notre sens l'origine du mythe ainsi que sa situation contemporaine mondiale, - aux références bibliographiques, soient les ressources à partir desquelles nous avons trouvé de l'information, - à la mythogenèse ou généalogie des mythes, leur(s) origine(s), - aux applications possibles du mythe, correspondant aux espaces de la vie courante concernés, - à l'étape de la vie du mythe, sa vivacité/vitalité aujourd'hui, - au taux de réalisabilité ou distance au réel, ou l'imprégnation dans la réalité contemporaine, - à la force problématique, c'est à dire la mise en question de thèmes/sujets reliés aux mythes concernés. - ![](https://i.imgur.com/q0tn8XC.png) - ![](https://i.imgur.com/slRtaG4.png) ### II.I.b Le mythe du Big Brother **Présentation du mythe** ![Uploading file..._2fz1bno6w]() Le premier mythe sur lequel nous nous focalisons est celui du Big Brother. Il est inspiré du personnage de fiction du roman "1984" de George Orwell. *Big Brother*, chef du parti et objet d’un culte de la personnalité, domine la pyramide sociale de la société imaginée. Au travers de télécrans présents dans les domiciles privés, le personnage surveille les sujets. C'est pourquoi "*Big Brother is watching you*". Orwell fait de *Big Brother* une icône, représentée par une image sur des affiches de propagande. Celle-ci participe au maintien de l’imaginaire social et de l’identité collective. ![](https://i.imgur.com/bVdCw7N.png) Le personnage de *Big Brother* lui est inspiré à la fois des utopies, contre utopies et dystopies du début du siècle mais aussi de la conjoncture socio-historique. En effet la période de 1914-1945 est marquée d'atrocités : Auschwitz, la centralisation démocratique de Staline, le régime totalitaire mis en place par Hitler et Mussolini. Le mythe de *Big brother* se niche dans son pendant aliénant et dystopique, figure métaphorique des régimes totalitaires et des sociétés de surveillances généralisées par les technologies. Aussi le mythe se réfère, via le web, aux données personnelles récoltées, communiquées et exploitées pour établir un profilage à partir de classement. Cependant le mythe résiderait moins dans les technologies que dans ce que les hommes font des données auxquelles ils ont accès; les manipuler pour porter un jugement. Ainsi le mythe s'incarnerait dans le totalitarisme,"système politico-économique cherchant à imposer son mode de pensée considéré comme le seul possible" (CNRTL), à l'opposé de la démocratie et niant la liberté individuelle. Le mythe met en exergue le liberté et le contrôle. **Le mythe du Big Brother dans le court métrage d’Emy LTR** Afin de structurer notre propos, nous nous appuyons sur la fiche descriptive du mythe de Big Brother présentée précédemment et plus précisément sur la rubrique « constellation d’affinités » : Surveillance, Univers totalitaire, Fuite d'information, Biométrie, Contrôle des individus, Vie privée et informatique. Celle-ci permet de recenser les mots-clefs associés au mythe du Big Brother. Le mythe de Big Brother est circulant et central dans le court-métrage. En effet, le court-métrage d’Emy LTR sur lequel nous nous focalisons débute par un fond noir. On entend la voix du personnage principal se questionner sur la différence entre le rêve et l’illusion : « Lequel est figé dans la réalité ? ». La première image est celle d’un journal télévisé, qui annonce que le tirage au sort des 1000 femmes futures génitrices de la cité Sudéris est tombé. Les images sont futuristes, travaillées, aseptisées, neutres. Seul un média semble avoir le droit de parole, l’information est sélectionnée par les détenteurs du pouvoir. « Tous unis pour un monde harmonieux et en paix, Viva Suderis » Au visionnage de ces premières images, l’une des références littéraires à laquelle nous avons immédiatement pensé est celle de 1984 de Georges Orwell dans lequel le mythe de *Big Brother* est central. Dès le début du court métrage (0:55sec), les flashbacks nous permettent de planter le décor et le contexte : Suite à la manifestation du 22 juillet 2075, et à une suite de catastrophes climatiques et sanitaires, un mur est bâti dans la ville de Paris pour séparer les habitants pauvres des habitants riches. La haute société, les habitants de Suderis, est une communauté considérée comme parfaite, dont chaque naissance est contrôlée pour garantir "un monde parfait, contrôlé, asseptisé" (Erin). ***Contrôle de l'information*** Commencer le court métrage par un journal télévisé, c’est montrer l’importance de l’information (voir ici de la propagande) et permettre de nous plonger dès les premières secondes dans un imaginaire futuriste (décors, costumes etc.). Par ailleurs, c’est une société où la surveillance est partout notamment à travers les hologrammes, ou le journal télévisé. On ne voit pas explicitement la surveillance, et on peut se demander si la protagoniste a elle-même conscience de celle-ci. On peut citer en exemple les nombreuses fois où les hologrammes apparaissent à l'écran sans qu'elle n'ai décrochée ou "allumée" l'appareil technologique. ***Contrôle du corps*** À Suderis, le mythe du Big Brother va au delà de la surveillance par les technologies. Le gouvernement ne fait pas que surveiller, il contrôle jusqu'au naissance. En effet, le processus reproductif est bloqué dans le corps depuis de très longues années par la Mère patrie, pour pouvoir contrôler les héritiers de Suderis. Cette surveillance va même jusqu'à s’insérer dans l’intimité des personnes, dans leur corps via l’usage des biotechnologies. Chaque membre de la société de Suderis a un implant dans le poignet. Il peut être scanné et permet de déterminer le « match parfait » avec le géniteur. Cette société est unifiée et aseptisée. Cela se traduit par l’omniprésence de la couleur blanche (associée à la pureté et une certaine forme de naïveté) sur les murs et les vêtements d’Erin, de la transparence (les écrans vides), et une absence de nature (les plantes sont en pots en intérieur, a aucun moment nous voyions les personnages dehors). A contrario, les dominants sont vêtus de noir. On peut supposer que la blancheur est une volonté de traduire la pureté du régime en place. Les plans de scènes où les personnages doivent procréer sont variés. Les plans « plats », où la caméra ne bouge pas sont les plans qui présentent les personnages sous contrôle, où Erin est avec Harry Hartmann, le géniteur choisi. A l’inverse, les plans très en mouvements sont ceux où il y a du véritable amour et des sentiments entre Erin et Félix. Plus généralement donc, les moments sous contrôle se traduisent en images par une neutralité, de la froideur. À contrario la relation entre Erin et Felix est passionnelle, représente la liberté, le lien entre les riches et les pauvres et le désordre. La passion c’est quelque chose qui déborde, qu’on ne contrôle pas et ce que l’état ne peut pas contrôler. C’est de cette passion, ce “non contrôle” que vient la révolte. “Le médiateur entre le cerveau et la main doit être certainement le coeur”, cette citation du film de science-fiction *Metropolis* sorti en 1927 de Fritz Lang exprime cela très justement. Le lien avec le mythe du Big Brother explicité plus haut est direct : à Suderis, un petit groupe d’individus contrôlerait et imposerait la loi à la masse. Pourtant, le propre de l'humain est sans doute son irrationnalité, et le sens pris dans le court métrage d'Emy, celui de choisir que l'amour passionnel et la révolte vainquera (peut être?) nous questionne sur cette question de la liberté et du contrôle dans une dimension plus anthropologique. Après avoir vu le lien avec le mythe du Big Brother, concentrons-nous désormais sur le mythe d'Hermes et Hestia. ### II.I.c Le mythe d’Hermes et d’Hestia **Présentation du mythe** Le mythe Hermès Hestia remonte à la mythologie grecque. Hestia - nom de déesse mais aussi nom propre qui signifie foyer -, “pour les poètes et les philosophes, pourra s’identifier avec la terre, immobile au centre du cosmos. (…)”(Vernant, 1996, p.153-154), elle symbolise le dedans, le clos, le fixe, le repli du groupe humain sur lui-même. Tandis qu’Hermès représente “dans l’espace et dans le monde humain, le mouvement, le passage, le changement d’état, les transitions, les contacts entre éléments étrangers.” (idem, p.156) et représente le dehors, l’ouverture, la mobilité, le contact avec l’autre que soi. Hestia symboliserait donc le rôle de La femme, qui est dans son domaine à la maison, elle est vouée à la virginité. L’homme représente au contraire, l’élément centrifuge : "c’est à lui de quitter l’enclos rassurant du foyer pour affronter les fatigues, les dangers, les imprévus de l’extérieur, à lui d’établir les contacts avec le dehors, d’entrer en commerce avec l’étranger "(Vernant, p.166). Présent au milieu des hommes, Hermès est en même temps insaisissable, ubiquitaire. Jamais là où il est, il apparaît soudainement pour disparaître. P. Plantard (2014, p.174) propose une nouvelle interprétation de ce mythe à l’aire des technologies numériques (réseaux et internet) : une question centrale autour de l’extimité. Les travaux de Serge Tisseron (2011) sur ce concept d'extimité nous renvoient eux à Jacques Lacan. En effet, ce dernier souhaitait exprimer que rien n’est jamais ni public, ni intime. Serge Tisseron s’est réapproprié le terme, comme "un processus par lequel des fragments du soi intime sont proposés au regard d’autrui afin d’être validés". En somme, ce mythe exprimerait un paradoxe, une ambivalence chez les individus à montrer une partie d'eux-mêmes dans la sphère publique, tout en souhaitant le respect de l'autre partie. - Mettre la fiche ici **Le mythe d’Hermes et Hestia dans le court métrage d’Emy LTR :** Dans le court-métrage d’Emy LTR, le mythe d’Hermès et Hestia est observable plus particulièrement dans la vie de trois personnages : Harry, Félix et Mona et non dans celle du personnage principal, Erin. ***Extimité, intimité*** Erin semble en effet n'avoir ni intimité, ni extimité. Elle est constamment surveillée, à grand renfort de technologie et de biométrie : tout d’abord, le processus eugénique qui est en oeuvre (implant permettant depuis une base de données de faire correspondre des scores génétiques) la prive d’une partie de son intimité : sa sexualité et sa potentielle maternité choisie. L’unique manière de le débloquer est d’avaler une pilule qui déclenche le processus d'ovulation (ici la pilule ramène le corps depuis un état contraint et non consenti), **l'état surveille et contrôle le corps des femmes**. À Suderis, le pouvoir maîtrise et gère les naissances, sélectionnant génétiquement les associations des couples et bloquant le processus reproducteur, scénario non sans nous faire penser au roman d'Aldous Huxley "le meilleur des mondes". La science est utilisée à des fins de contrôle (et de sécurité), en contrepoint d'Isaac Asimov qui la voit comme salvatrice. Lorsqu’elle lui donne la pilule pour procréer, l’infirmière évoque qu’ «un seul rapport sexuel suffit », le sexe a seulement pour fonction de permettre de procréer et non pas de prendre du plaisir. Après avoir été sélectionnée comme génitrice, Erin est conduite dans un luxueux appartement. L’intimité se résume au cocon douillet de l’appartement mis à disposition, sa "prison dorée" Tout lui est fourni : vêtements, draps, mobilier : mais quelle place est laissée à l’individu ? En réalité, l'intimité est feinte et la surveillance implicite, le télécran du roman de Georges Orwell n'est pas loin (diffusion de la propagande du régime et vidéo surveillance des individus, à l'instar des assistants vocaux contemporains) Un autre exemple assez probant est sans doute lié à sa grossesse. Dans cette société futuriste, les géniteurs sont notifiés sur leur téléphone à l’instant même où la génitrice tombe enceinte. C’est ce qui fait qu’Harry découvre qu’Erin la trompe « Henri s'approche d'Erin, la giffle en lui donnant le téléphone portable notifié "Vous êtes enceinte » (21min01). À ce moment par ailleurs, c’est l’intimité d’Harry qui est menacée. En effet, en tant qu’héritier de la prestigieuse famille Hartmann, il est connu, se médiatise et est médiatisé. Il s’inquiète donc de sa réputation « cet enfant, c'est le mien, tu ne vas humilier personne ici, ni moi, ni ma famille ». Les personnages d’Harry et de Félix représentent tous les deux une forme d’extimité. Leur vie est mise en scène : Harry Hartmann est un homme fort de *Sudéris*, il paraît être omniscient. En tout cas, il peut surveiller, il est celui qui dispose du pouvoir dans ce monde. (on retrouve l’univers de la servante écarlate et du commandant Fred Waterford ). L'extimité est totale car il détient les moyens de sa médiatisation. Néanmoins, c'est par un chantage associé à des preuves sur sa vie privée rendue publique, que son intimité est menacée suite aux découvertes de Mona et Erin sur son passé et présent caché. Quant à Félix c'est le chef de la résistance de Noderis. Un homme fiché et recherché par le gouvernement. Felix est médiatisé trois fois dans le court-métrage : la première apparition comme étant le « match parfait » d’Erin chez le sélectionneur, puis à travers les journaux télévisés suite à son infiltration dans Suderis (pour retrouver Erin) et pour finir lors de son exécution orchestrée par Harry Hartmann après la découverte de la tromperie. En somme, il est médiatisé, mais on peut toutefois penser qu'il maîtrise seulement partiellement cette exposition. On suppose néanmoins qu'une dimension de ce qu'il laisse voir est maitrisée : l'objectif serait de véhiculer à travers ses expositions un message de révolte et de rallier les troupes à sa cause. Mona est la figure emblématique du mythe Hermes-Hestia. En effet, c’est l’unique personne que l’on voit dans le court métrage instrumenter son exposition. Comme explicité plus haut, elle est la journaliste de Suderis, c’est elle que l’on voit intervenir plusieurs fois sous forme d’hologramme pour présenter le journal télévisé et les informations (liste des futures génitrices, attaque du mur par la résistance, mort de Félix, etc). À 28min10, elle prend de nouveau la parole. Elle commence par énoncer les actualités avec un ton qui sonne enjoué et faux. Puis elle se stoppe, son visage est moins assuré, elle reprend son discours avec une voix plus grave, lente et posée. "Je ne sais pas ce qu'il adviendra de moi après cette annonce, mais pour la première fois je suis libre". Elle invite toutes et tous les citoyens à se rallier à son message et à se rebeller pour détuire ce mur, cette frontière qui sépare deux peuples privés de liberté. "Suderis est une illusion, un mensonge, il n'y a rien de sain et rien d'harmonieux". À cette occasion, elle est donc le porte parole d’un message de rébellion. Elle décide de jouer de son influence, de rompre la clause de confidentialité avec la société Suderis et le respect de la norme pré-établie pour tenter d'exprimer sa liberté. Congruente, elle exprime exactement ce qu'elle ressent. Il y a une réappropriation par Mona des outils numériques et des médias en faveur de la liberté et pour reconstruire un avenir. Comme en témoigne l’une des dernières images du court-métrage qui affiche « nouvelle révolution en marche », on se redirige vers la liberté avec une forme de danger parce que la révolte gronde. Dans cette fin de court-métrage, on retrouve l'optimisme d’Asimov à propos des technologies, où l'humain se les réapproprierait pour s'éloigner du totalitarisme. ***Emy LTR, mise en abîme de sa propre relation au mythe (Hermès Hestia) mobilisé dans la vidéo*** Pour revenir à la réalisatrice, qui dit utiliser ses moyens d'expression (ici la vidéo) pour mettre en scène son histoire, à des fins cathartiques. Elle exerce déjà son extimité de plusieurs manières : via les réseaux-sociaux, les storys Instagram et Snapchat, les vidéos F.A.Q etc. L'analyse du court-métrage d'un point de vue plus méta révèle une critique des normes sociales et de l'idéal féminin, qui représenterait une autre forme d'extimité de la réalisatrice. En effet, comme nous l'évoquions en supra, elle considère livrer "des petits bouts de sa vie" dans ces court-métrages, d'une manière plus pudique et artistique. Dans une de ses vidéos "Être une femme en 2019", elle y évoque notamment sa condition de femme et ses premières expériences professionnelles, notamment celle d'hôtesse d'accueil, où elle se retrouve promue hôtesse prestige, parce qu'elle est répondait aux stantards de beauté : fine, blonde, aux yeux bleus. Nous pouvons poser l'hypothèse que cette société, uniforme et contrôlée raconterait une de ses propres expériences. L'extimité, au sens de Serge Tisseron et la recherche de la validation par autrui, est ici bien identifiable. Cette reconnaissance est d'ailleurs matérialisée par la subvention et donc la validation du CNC. ***Conclusion sur les deux mythes circulants*** Les techno-imaginaires présents dans l'esprit des littérateurs sont véhiculés par la présence de ces deux mythes dans la vidéo. Nous avons pu le voir en détaillant les deux mythes BB et HH et en analysant la manière dont, selon nous, ils sont représentés dans le court-métrage d'Emy LTR. En effet, dans cette société futuriste, les stéréotypes contemporains sont toujours présents voir exacerbés. L'opposition "riche" et "pauvre" est matérialisée par la création de ce mur entre Suderis et Noderis. Toute ressemblance avec des événements actuels et réels serait purement fortuite (ou non? Demandez à DONALD TRUMP). L'un des techno-imaginaire véhiculé est celui du contrôle d'une population par les biotechnologies et par la reconnaissance faciale. N'avez vous jamais entendu l'adage "devenir une meilleure version de soi même" ? Nous pouvons poser l'hypothèse que ce court métrage en illusterait une dérive, réappropriée par le gouvernement pour façonner sa population, la rendre "parfaite", pure et asservir le peuple. Ce point là nous permet de faire le lien avec les projections d'Asimov. La loi zéro d'Asimov s'exprime ainsi "un robot ne peut pas porter atteinte à l'humanité, ni, par son inaction, permettre que l'humanité soit exposée au danger". Elle est très sujette à interprétation contrairement aux trois autres. Nous pouvons évoquer l'hypothèse que dans la société d'Emy LTR, le gouvernement s'est approprié implicitement cette loi à des fins de contrôle de la société au nom d'une prétendue "exposition au danger" (contrôle, sécurité). Le gouvernement voit la liberté comme une maîtrise de l'Homme, où la paix serait l'uniformité (sélection génétique). Mais n'est ce pas tuer le propre de l'humain que de le rendre conforme et uniforme ? Emy LTR ne propose-t-elle pas une société qui fait de l'humain un robot, une société qui tue les individualités, une société où l'irrationnel de l'humain n'a pas sa place ? ## II.II. Un regard anthropologique sur ces imaginaire ### II.II.a Les mythes et technologies à travers le temps Dans cette partie, nous nous attelons à mettre en perspective nos deux documents audiovisuels. **La permanence des mythes** L'interview d'I.Asimov et le court métrage d'Emy LTR ont 50 ans d'écart et pourtant nous constatons une permanence des mythes véhiculés au fil des années. « Est-il préférable pour l’humanité d’être libre de prendre des décisions qui aboutiront à sa propre destruction ou doit-elle s’en remettre au contrôle des machines pour son confort et son bonheur au prix de sa liberté ? ». C'est en effet par cette question que commençait l'interview d'I.Asimov en 1974. Cette question, nous la retrouvons comme fil rouge dans le court-métrage. Selon Pierre Musso (2008), docteur en sciences politiques et spécialistes de la question des imaginaires des TIC, il faut distinguer 3 temporalités des mythes dans la société, celles de l’innovation technique (compte en années) de l’appropriation et des usages qui est beaucoup plus lente (se compte en decennies) et celle des représentations et des imaginaires qui est très lente voir reproductive se compte en siècles). Les deux vidéos que nous avons choisi illustrent donc bien l'expression de la permanence des mythes, représentations et imaginaires à travers le temps (qui se compte ici en décennies voire en siècle). Intrigués par cette permanence des mythes entre ces 2 vidéos, nous avons alors visionné de multiples interviews d'Emy LTR a propos de son court métrage afin d'y déceler ses inspirations. A aucun moment elle ne fait mention d'Isaac Asimov comme auteur auquel elle se réfère ou s'inspire, on ne sait même pas d'ailleurs si Isaac Asimov est un auteur qu'elle a lu. Même si bien évidemment, ce dernier n'est pas le seul à parler de ces tensions, nous les retrouvons néanmoins dans sa vidéo (liberté/danger et contrôle/Sécurité). Cela nous renvoie donc à l'image de l'inconscient collectif que Gustav Carl Jung définit comme les "fonctionnements humains liés à l'imaginaire, communs ou partagés, quels que soient les époque et les lieux, influencant les représentations". Cela illustre ainsi parfaitement le fait que les littérateurs contribuent grandement à la diffusion des techno imaginaires dans l'inconscient collectif. Une sorte de mise en abyme de mythes réactivés par ces derniers pour ensuite se propager dans le temps, au travers des usages des descendants. **La socialisation des technologies** Dans son interview, I.Asimov parle des robots. Nous sommes alors en 1974, la diffusion des technologies dans la société est bien loin de ce que nous connaissons actuellement, en 2020. L’arrivée de ceux-ci pourraient alors potentiellement provoquer la disparition de l’homme par une prise de contrôle de leur part, faisant ainsi perdre aux hommes leur liberté. On voit ici une sorte de personnification des robots qui en est faite par l’auteur de SF. Asimov nous propose cependant sa vision personnelle sur le sujet, vision qui n’est finalement pas si pessimiste que cela. Les robots, machines et leur intelligence seraient en effet potentiellement bénéfiques pour les hommes et démocraties. A travers ce qu’il appelle « l’intelligence des machines », on voit se dessiner ce qui constitue aujourd’hui l’intelligence artificielle (IA). Revenons désormais en 2020 avec le court-métrage d’Emy. Nous avons pu le voir, les technologies y sont omniprésentes. Au delà de leur matérialité, ce qui est très frappant c’est surtout l’idée de l’intelligence des machines qui est très forte. A aucun moment il n’est fait mention de l’idée de robot, la technologie semble s’être s’immiscée dans la vie des personnages et y faire partie de manière intégrante. Il est surtout question dans ce court-métrage d’intelligence artificielle, donc d’une présentation immatérielle des technologies. Si l’on met nos deux documents audiovisuels en perspective, on pourrait dire que Sudéris est une sorte d’illustration des propos d’Asimov et traduit une interprétation de la question que pose l’auteur de SF dans son interview. Nos deux documents, parus à deux époques distinctes traduisent une socialisation des technologies différente. Pour étayer nos propos, nous nous réfèrons en effet au schéma de l’innovation et la boucle de socialisation des technologies proposées par V.Scardigli en 1989. Celle-ci décrit les « trois temps de l’insertion sociale des techniques » (Scardigli, 1989) reprises par Pascal Plantard dans son habilitation à diriger des recherches (2014) et qui sont les suivants : - Innovation : « temps des promesses et des fantasmes, le temps de l’innovation et de l’enchantement » ; - Banalisation : « le temps de la diffusion et donc de la désillusion » ; - Massification : « temps de l’appropriation socio-culturelle des technologies, le temps de la socialisation, le temps des usages » Ainsi, lorsqu’Asimov nous propose sa vision du futur on pourrait dire que l’on se situe dans le premier temps, celui de l’innovation. Les robots, machines et leur intelligence sont porteurs de promesses et fantasmes (plus de démocratie, facilité d’accès à l’information par exemple). En revanche, pour ce qui est du court-métrage d’Emy, on pourrait dire que l’on se situe dans le troisième temps, celui de la banalisation. Les robots dans leur matérialité ne font plus peur. L'IA est partout et les personnages n'y font même plus attention. Le travail de la youtubeuse traduit et exprime finalement la massification des technologies qui a lieu depuis quelques années. D’ailleurs le fait que son travail soit diffusé sur la plateforme Youtube, utilisée par des millions d’internautes et qu’il soit financé par le CNC est d’autant plus significatif. Finalement aujourd’hui ce n’est plus tant la matérialité du robot qui fait peur et/ou qui est une source de nombreuses promesses dans les discours des différents acteurs mais plutôt l’IA et ses potentialités. Aujourd’hui ce n’est plus cette personnification de la machine qui effraie et nourrie l’imaginaire collectif mais plus ce qu’on va mettre dans la « tête » de celle-ci et qui pourrait potentiellement la faire devenir autonome. L’immatériel va cependant retrouver de la matérialité à travers l’imaginaire véhiculé à propos du cloud, des biotechnologies etc. Ces apports théoriques de la sociologie des usages nous permettent de mieux regarder la permanence des mythes et la socialisation des mythes. Ces mythes et imaginaires transforment les représentations et usages des technologies dans notre société. Regardons maintenant des exemples de faits d'actualité qui cristallisent les mythes. ### II.II.b Des faits d'actualité comme cristallisation des mythes Les deux mythes étudiés dans ce dossiers sont très actifs et circulants aujourd'hui dans notre société. La crise du covid 19 a mis en exergue des comportements, des paroles, des décisions, dont on ne peut nier qu'ils/elles sont dicté(e)s par des représentations elles mêmes provoquées par des techno-imaginaires. Nous nous proposons de les relier dans un tableau synthétique, qui va nous permettre de donner du relief à une typologie "les miracles ou plaies/frayeurs" établie par Victor Scardigli (cité par Musso, 2008). Nous nous focaliserons sur deux de ces couples et regarderons la tension exprimée entre la justice et le pouvoir. Le dilemme du pouvoir s'exprime par le fait que les TIC peuvent apporter * soit la liberté, la libération des contraintes domestiques et produisent de l'autonomie individuelle et collective, * soit l'aliénation et l'asservissement de l'homme à la machine. Peut on parler de miracle ou de frayeur aujourd'hui ? Ces propos résonnent particulièrement avec ceux d'Isaac Asimov concernant la tension entre la liberté et le contrôle. Winston Churchill, lui même, exprimait son point de vue dans une vision plaie/frayeur des technologies "le monde moderne est mis devant une alternative, celle de deux enfers, d’un côté les guerres et les destructions, de l’autre l’automatisme, la planification, l’homme robot". Georges Orwell dans son roman 1984 n'était pas plus optimiste. En cela qu'il exprimait les illusions et désillusions d'un XXe siècle traversé par deux guerres mondiales et un essor technologique effrayant à bien des titres (construction de l'arme nucléaire). N'y a-t-il pas d'ailleurs une coïncidence notable entre les prénoms du premier ministre et du protagoniste du roman, quand on sait que le titre du roman avant son appellation définitive était "Last man in Europe" ! Le dilemme de la justice s'exprime par le fait que * soit les TIC égalisent les chances de chacun, * soit elles accroissent le fossé des générations, selon une thématique liée aux inégalités numériques. L'idée d'une cyberdémocratie en est un bon exemple, telle une démocratie directe, valorisée par le discours d'Asimov, où chacun aurait voix au chapitre, dans des relations interpersonnelles favorisées par les nouvelles technologies et la prise en compte immédiate des opinions de chacun par un vote électronique facilitateur. Oui mais, quelle justice pour chacun ? La contre-partie de l'accès voire de la captation des données, du respect de la vie privée, de l'inégalité d'accès et de maîtrise d'une partie de la population est aussi à prendre en compte. Afin d'illustrer ces tensions, voici le tableau, reliant, comme indiqué en début de paragraphe, les mythes étudiés dans le dossier, leur illustration actuelle, la réflexion qu'engage cette mise en relation. | Mythes | Illustrations actuelles | Réflexion engagée | Lien vers un information en ligne sur le sujet | | -------- | -------- | -------- | -------- | |Big brother et Hermès Hestia| Droit des Robots, quand le Parlement Européen s’inspire des lois d’Asimov| On constate ici, un passage du littérateur à la société civile. Cela n'est pas sans nous rappeler les temporalités évoquées par Pierre Musso ; entre 1942 (écriture des 3 lois) et 2017 le vote de la résolution au parlement, s'est écoulé 75 ans, nous sommes bien dans la phase des représentations sociales (siècle). Il est ici question de l'importance donnée à l'intelligence artificielle, l'influence qu'elle pourrait avoir sur la régulation du fonctionnement des sociétés, les conséquences sur la surveillance implicite et explicite des individus| https://www.humanafterhal.com/itw-droit-robots-parlement-europeen-sinspire-lois-robotique-asimov/ - https://www-cairn-info.distant.bu.univ-rennes2.fr/revue-pouvoirs-2019-3-page-59.html#no10 | | Big brother | Débat autour de l'application stop covid | Débat autour d’un fantasme de contrôle de la société par la technique. Les modalités de l'application ont été transformées suite à ce qui s'est passé et dit dans la sphère publique et médiatique : la géolocalisation finalement n'est pas imposée. Cette application a provoqué un énorme débat alors qu’un grand nombre d’autres applications légiférées ont accès à ces données (facebook, instagram, snapchat, tiktok etc.). Il n'y a pas de hasard qu'apple et google aient proposé leurs services pour la réalisation de cette application | https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2020/06/01/faut-il-ou-non-installer-stopcovid-le-debat-resume-en-discussion-sms_6041417_4355770.html | | Hermès Hestia | Une identité numérique pour tout faire, france connect et la pornographie |Perte de vie privée. Un renforcement du regard de l'état qui pourrait s'apparenter à minima à de l'ingérence. Les deux mythes sont à nouveau mobilisés. Bruno Latour (Cité par Ketelaar, 2007) évoque "des fichiers de fichiers qui peuvent être générés et ce processus peut se poursuivre jusqu'à ce que quelques hommes considérent des millions d'autres comme s'ils étaient entre leurs mains »| https://www.ladn.eu/tech-a-suivre/payer-ses-impots-regarder-un-porno-une-identite-numerique-pour-tout-faire-est-ce-bien-raisonnable/ | | Big Brother & Hermès Hestia | Animals crossing et la résistance hongkongaise |C'est la possibilité d'une extimité sans danger pour la révolte hongkongaise, une expression de cette dernière et une médiatisation de revendications en s'affranchissant de la surveillance, afin de s'opposer au pouvoir en place. D'une certaine façon on retouve le Winston Smith de 1984, lisant hors du champ de vision du télécran La chine n'a pu qu'interdire le jeu à la vente. Nous sommes clairement dans le concept de braconnage cher à Michel de Certeau| https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/a-hong-kong-les-opposants-detournent-le-jeu-video-animal-crossing-contre-le-regime-pro-chinois_3901327.html | | Big brother & Hermès et Hestia | Une bibliothèque virtuelle contre la censure | Reporters sans frontières à créé cette bibliothèque dans le jeu minecraft, afin de permettre l'accès à des articles censurés dans des pays où la presse n'est pas libre. Tout comme l'utilisation du jeu animals crossing, on retrouve le thème de l'extimité, mais aussi de la lutte contre une censure qui surveille, en ce sens les deux mythes sont ici aussi bien mobilisés. On pense aussi à nouveau au braconnage.|https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/03/12/contre-la-censure-en-ligne-rsf-batit-une-immense-bibliotheque-libre-dans-minecraft_6032832_4408996.html | # Conclusion Comme nous l'avons étudié tout au long de notre dossier en adoptant une approche anthropologique et sociologique des usages, et comme le rappelle Brigitte Albero "loin d’être isolés dans une sphère de spécialistes, les choix technologiques s’inscrivent de fait dans un ensemble socioculturel et socio-organisationnel issu des dynamiques historiques des sociétés, justifiant ainsi une approche culturelle de leur étude en contexte, plutôt que sa limitation à une analyse strictement technique (Albero, 2010c).” En effet, la question des choix technologiques et des objets techniques porteurs de valeurs et de significations sociales pour les hommes sont au coeur de nos réflexions tout au long de notre dossier. Ces choix induisent des tensions multiples. Nous avons pu le voir à travers ces deux vidéos, la liberté et le contrôle sont intrinsèquement liés et perpétuellement en tension. La vidéo d'Asimov est une proposition d'une science salvatrice alors que celle d'Emy LTR raconte un avenir dystopique. Elles illustrent les phénomènes de spéculation qui existent dans nos sociétés autour du pouvoir des robots, des machines, des technologies, de l'IA qui aliéneraient et controleraient les hommes. Comme l'évoque Bontem, "l’éthique des techniques vise traditionnellement à répondre à la question : « Comment faire le bien avec la technique ? ». [...] Elle entretient en cela l’espoir de rapporter tous les problèmes éthiques au paradigme de l’outil alors que les machines ne sont plus depuis longtemps de simples prothèses prolongeant l’action humaine ; leur fonctionnement est relativement autonome et répond à des valeurs d’efficience propre à la technique. L’éthique peut-elle alors se contenter d’opposer ces valeurs techniques à celles de l’humanisme ?" (Bontems, page ?) Pour rappel, selon la seconde définition de la liberté citée en partie II est "le pouvoir que le citoyen a de faire ce qu'il veut, sous la protection des lois et dans les limites de celles-ci". Elle nécessite d'être encadrée et intègre donc des contraintes et des lois qui sont élaborées par les Hommes. En prolongeant le questionnement de Bontem, nous pouvons nous demander : quelle est la place donnée à la question éthique dans les débats/discours techno-centrés et remplis d'imaginaires sociaux ? Quelle est la place donnée à la question éthique dans nos sociétés où les GAFAM collectent nos données, où la surveillance de masse est de plus en plus autorisée par certains Etats ? La citation de Bontems résume finalement assez bien le numérique comme pharmakon (Stiegler) dans nos sociétés. À la fois le poison des uns et l’antidote des autres, à la fois vecteur d’opportunités et d’innovations comme de dangers et de destruction. Pour clore notre dossier nous proposons de coupler à la loi zéro,une loi zéro bis qui s'appliquerait aux hommes et non plus seulement aux robots et qui serait la suivante : *un groupe humain ne peut porter atteinte à l'humanité, ni, par son inaction, permettre que l'humanité soit exposée au danger*

    Import from clipboard

    Paste your markdown or webpage here...

    Advanced permission required

    Your current role can only read. Ask the system administrator to acquire write and comment permission.

    This team is disabled

    Sorry, this team is disabled. You can't edit this note.

    This note is locked

    Sorry, only owner can edit this note.

    Reach the limit

    Sorry, you've reached the max length this note can be.
    Please reduce the content or divide it to more notes, thank you!

    Import from Gist

    Import from Snippet

    or

    Export to Snippet

    Are you sure?

    Do you really want to delete this note?
    All users will lose their connection.

    Create a note from template

    Create a note from template

    Oops...
    This template has been removed or transferred.
    Upgrade
    All
    • All
    • Team
    No template.

    Create a template

    Upgrade

    Delete template

    Do you really want to delete this template?
    Turn this template into a regular note and keep its content, versions, and comments.

    This page need refresh

    You have an incompatible client version.
    Refresh to update.
    New version available!
    See releases notes here
    Refresh to enjoy new features.
    Your user state has changed.
    Refresh to load new user state.

    Sign in

    Forgot password

    or

    By clicking below, you agree to our terms of service.

    Sign in via Facebook Sign in via Twitter Sign in via GitHub Sign in via Dropbox Sign in with Wallet
    Wallet ( )
    Connect another wallet

    New to HackMD? Sign up

    Help

    • English
    • 中文
    • Français
    • Deutsch
    • 日本語
    • Español
    • Català
    • Ελληνικά
    • Português
    • italiano
    • Türkçe
    • Русский
    • Nederlands
    • hrvatski jezik
    • język polski
    • Українська
    • हिन्दी
    • svenska
    • Esperanto
    • dansk

    Documents

    Help & Tutorial

    How to use Book mode

    Slide Example

    API Docs

    Edit in VSCode

    Install browser extension

    Contacts

    Feedback

    Discord

    Send us email

    Resources

    Releases

    Pricing

    Blog

    Policy

    Terms

    Privacy

    Cheatsheet

    Syntax Example Reference
    # Header Header 基本排版
    - Unordered List
    • Unordered List
    1. Ordered List
    1. Ordered List
    - [ ] Todo List
    • Todo List
    > Blockquote
    Blockquote
    **Bold font** Bold font
    *Italics font* Italics font
    ~~Strikethrough~~ Strikethrough
    19^th^ 19th
    H~2~O H2O
    ++Inserted text++ Inserted text
    ==Marked text== Marked text
    [link text](https:// "title") Link
    ![image alt](https:// "title") Image
    `Code` Code 在筆記中貼入程式碼
    ```javascript
    var i = 0;
    ```
    var i = 0;
    :smile: :smile: Emoji list
    {%youtube youtube_id %} Externals
    $L^aT_eX$ LaTeX
    :::info
    This is a alert area.
    :::

    This is a alert area.

    Versions and GitHub Sync
    Get Full History Access

    • Edit version name
    • Delete

    revision author avatar     named on  

    More Less

    Note content is identical to the latest version.
    Compare
      Choose a version
      No search result
      Version not found
    Sign in to link this note to GitHub
    Learn more
    This note is not linked with GitHub
     

    Feedback

    Submission failed, please try again

    Thanks for your support.

    On a scale of 0-10, how likely is it that you would recommend HackMD to your friends, family or business associates?

    Please give us some advice and help us improve HackMD.

     

    Thanks for your feedback

    Remove version name

    Do you want to remove this version name and description?

    Transfer ownership

    Transfer to
      Warning: is a public team. If you transfer note to this team, everyone on the web can find and read this note.

        Link with GitHub

        Please authorize HackMD on GitHub
        • Please sign in to GitHub and install the HackMD app on your GitHub repo.
        • HackMD links with GitHub through a GitHub App. You can choose which repo to install our App.
        Learn more  Sign in to GitHub

        Push the note to GitHub Push to GitHub Pull a file from GitHub

          Authorize again
         

        Choose which file to push to

        Select repo
        Refresh Authorize more repos
        Select branch
        Select file
        Select branch
        Choose version(s) to push
        • Save a new version and push
        • Choose from existing versions
        Include title and tags
        Available push count

        Pull from GitHub

         
        File from GitHub
        File from HackMD

        GitHub Link Settings

        File linked

        Linked by
        File path
        Last synced branch
        Available push count

        Danger Zone

        Unlink
        You will no longer receive notification when GitHub file changes after unlink.

        Syncing

        Push failed

        Push successfully