# La presse papier aujourd'hui : état des lieux
En France, la déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 affirme que "tout citoyen peut parler, écrire et imprimer librement". Mais cette date ne marque pas les débuts de la presse écrite, elle existe déjà depuis plusieurs années.
Au cours de l'histoire, elle est marquée par de nombreux événements qui imposent des changements. La presse écrite est d'abord réservée à l'élite sociale, celle qui sait lire, mais le reste de la population n'est pas exempté d'informations, puisque certains journalistes étaient chargés de diffuser les nouvelles du jour à l'oral.
Ensuite, quelques années avant la Révolution Française, les écrits des intellectuels (notamment ceux des Lumières) et les recherches scientifiques font naître de nouveaux journaux. <ins>Le Journal De Paris</ins> est le premier quotidien français paru en 1777, il sera suivi par des journaux comme <ins>Le Spectateur Littéraire</ins> ou encore <ins>Nouvelliste Du Parnasse</ins>.
Cependant, la presse écrite n'est pas libre. Elle subit un défilé de censure : au XVIIe siècle, il n'existe aucun journal d'opinion et il est impossible de critiquer dans la presse. Elle se durcit ensuite sous le règne de Louis XVI, puis sous Napoléon Bonaparte, mais aussi pendant le deux guerres mondiales et l'occupation allemande en France.
Aujourd'hui, selon l'organisation internationale "<ins>Reporters Sans Frontières</ins>" (RSF), la France se classe à la 34e position sur 180 pays, en ce qui concerne la liberté de la presse. La première place est attribuée à la Finlande et l'Erythrée ferme le classement.
Cette position peut paraître étrange pour un pays qui se démarque comme étant la 5e puissance mondiale. On remarque donc que la puissance économique ne permet pas directement une presse plus libre (44e place pour les EU, 177e place pour la Chine et 13e place pour l'Allemagne).
Pour analyser plus en profondeur la presse écrite en France et comprendre ses failles, commençons par parler de sa diversité et de son lectorat. Aujourd'hui, en France, qui lit quoi ?
#### A - Diversité et lectorat
Tout d'abord, depuis plusieurs années, la diversité des médias est très controversée. En effet, il existe des centaines de médias qui sont détenus par une dizaine d'hommes d'affaires dont le coeur d'activité n'est pas l'information. Selon RSF, 51% des médias sont contrôlés par des actionnaires issus du domaine de la finance contre 18% issu du domaine de l'information et de la communication. Pour ne pas les citer, ils sont une dizaine de milliardaires à posséder quasiment 90% des quotidiens nationaux.
Cela pose problème pour plusieurs raisons : premièrement, les journaux sont-ils vraiment libres ? Le média indépendant "Basta!" donne des exemples concrets pour remettre en question la monopolisation des médias par ces milliardaires français :
> Comment ces propriétaires peuvent-ils concilier liberté de l’information et intérêts privés ? Comment TF1, BFM-TV, Le Monde, Libération peuvent-il produire en toute indépendance des enquêtes sur le secteur de la téléphonie, quand leurs propriétaires sont les patrons de Free, Bouygues Telecom et SFR ? Comment les journalistes du Figaro peuvent-ils porter un regard critique sur la politique de défense de la France, quand le propriétaire de leur journal vend des avions de chasse à l’État français ?
Notons qu'il existe des médias privés et des médias publiques détenu et financés par l'état, c'est le cas de Radio France ou encore France Télévision.
Ensuite, aucun de ces actionnaires n'est issu du domaine de l'information et du journalisme, ce qui peut poser problème dans la gestion de ces journaux.
Enfin, certains insistent sur le fait que les citoyens ne recevraient donc pas une information neutre mais biaisée, ce qui pose problème et remet en question le principe de démocratie. Les décisions prises par le peuple sont biaisées si les informations diffusées le sont aussi.
Parlons maintenant de la diversité des journaux en France. En 2017, les quotidiens les plus lus en France sont : 20 minutes, Le Monde, Ouest France, L'Equipe, Direct Matin et Le Parisien.
Les hebdomadaires les plus lus sont : TV Magazine, Version Femina, Paris Match, Voici, Closer et Télérama.
Malgré le fait que ces médias-la soient détenus par une petite partie de milliardaires français, on remarque une certaine pluralité des journaux dont l'opinion varie de gauche à droite et certains diffuseraient du contenu dit "neutre".
On retrouve également une pluralité des supports : il existe des quotidiens régionaux, nationaux, urbains, des magazines (d'actualité, de mode, de sport, etc.) mais aussi la presse professionnelle et la presse gratuite.
En ce qui concerne le lectorat de la presse papier, selon une étude réalisée en septembre 2020, la presse papier représente 32% des lecteurs. Pour apporter plus de précision, les hommes (44 %), les CSP+ (42 %), les Franciliens (45 %) et les 50 ans et plus (51%), sont ceux qui consomment le plus la presse papier.
Si nous nous référons aux tableaux de [l'annexe 1](https://hackmd.io/94huocg8QF2P2uIKpZri2A), nous voyons que la plupart des lectorats ont augmenté entre 2011 et 2016. L'augmentation des lectorats est d'autant plus flagrante pour les médias gratuits (20 minutes, Metro, etc.) Cette augmentation peut s'expliquer par la mise en ligne des journaux. Cela permet de toucher une cible numérique et donc augmente logiquement le nombre de lecteurs.
Terminons en parlant de l'entreprise dans laquelle j'ai effectué mon stage de fin d'année. Le média "<ins>Clubs et comptines</ins>" est une revue papier à destination des parents et qui recense des activités pour les enfants.
Son lectorat est en grande partie un public de jeune parent (environ 30 ans). La lecture de la revue peut se faire sur un support papier mais aussi sur le site web. Nous verrons cette conversion dans une autre partie.
#### B - Situation économique
La situation économique de la presse papier s'est considérablement dégradée à cause de la crise sanitaire du COVID-19. L'analyse du marché économique de la presse se fera donc avant 2020.
Pour commencer, nous pouvons constater que les revenus de la presse baissent depuis 2000. Ce tableau montre le chiffre d'affaires des groupes de presse en France [(annexe 2](https://hackmd.io/94huocg8QF2P2uIKpZri2A)). Nous pourrions dire qu'à partir de cette date-là, l'avènement des nouvelles technologies et le développement de la gratuité de l'information ont appuyé ce déclin.
En effet, la génération qui née pendant cette crise identitaire de la presse écrite, a grandi dans un monde où l'accès à l'information est devenu si simple qu'il est aujourd'hui inconcevable de payer pour s'informer. L'information est partout (dans les gares, dans la rue, dès que l'on allume son téléphone, sa télé, etc.) et elle est de plus en plus gratuite, pour ne pas dire tout le temps.
> La gratuité est devenue la norme et l'acte de payer, une exception. - MC.Lipani-Vaissade, Maître de conférences à Bordeaux 3
Pour cette génération, la gratuité de l'information permet un accès à la culture beaucoup plus large. Elle devient de plus en plus accessible notamment grâce au développement des médias sociaux (Twitter, Facebook, etc.) Certains estiment que les informations qui circulent sur ces réseaux sont irréfutables et ne cherchent pas à remonter jusqu'à une source fiable. Quoi qu'il en soit, selon le sociologue Rémy Rieffel, tout cela est "révélateur des changements sociaux".
Les journaux gratuits 20 minutes et Metro ont été créé par des sociétés suédoises et finlandaises. Dans ces pays-là, le principe de gratuité de l'information est un processus d'entraide au sein de la société où les prélèvements sociaux y sont plus élevés qu'en France (ce qui permet le financement de ces periodiques gratuits)
Seulement, en France, cette gratuité de l'information n'est pas perçue de la même manière. En effet, les plus jeunes l'apprécient, mais pour d'autres, gratuité ne rime pas avec qualité. Derrière la construction d'un journal, il y a une équipe de journalistes, de reporters, de communiquants, qui travaillent et qui ne sont financés que par la publicité.
Cette gratuité serait à l'origine de nouvelles fractures sociales entre ceux qui attendent un travail journalistique élaboré, approfondi et donc payant, et ceux qui se contentent des informations rapides, brutes mais gratuites. En ça, demeure une des raisons pour lesquelles la presse papier est en crise.
La presse papier fait également face à une pénurie de papier depuis 2017. Le prix du papier est de plus en plus cher et cela rajoute un coup de frein. Une augmentation de 11% a été enregistrée entre la fin de l'année 2017 et le début de l'année 2018, en ce qui concerne le prix de papier.
#### C - Adaptations déjà en oeuvres
Les médias papier ont donc tout intérêt à s'adapter au développement des nouvelles technologies numériques pour ne pas sombrer dans l'oubli. En effet, les journaux papiers sont substitués à la version en ligne, beaucoup plus simple d'accès avec un téléphone ou une tablette.
Quasiment tous les journaux papiers propose aujourd'hui une plateforme digitale, que ce soit une application ou un site web. Ces plateformes permettent de naviguer entre différents articles, différentes enquêtes.
Le média qui recense la meilleure adaptation sur les versions numérique, c'est "Le Monde". Ils ont su tirer profit de cette digitalisation, ils ont développé des lives, des vidéos, des podcasts tout en continuant leurs activités papier. Leurs articles sont lus par plus de 30 millions de personnes par mois. Leur cible est très variée, ils touchent les plus jeunes générations comme les plus agées (notamment grâce au journal papier).
Ils comptabilisaient en 2017, 13,1 millions de personnes qui les suivaient sur les réseaux sociaux.
Un de leurs projets sur ces médias-là était de diffuser des informations sur la partie Discover de l'application Snapchat. En effet, ce dispositif permet aux lecteurs de s'informer très rapidement de manière ludique, avec quelques animations, l'actualité est résumée brièvement en quelques points. Le graphisme attire l'oeil par sa modernité et la clarté des informations permet de rester captivé pendant un peu moins de 3 minutes.([annexe 3](https://hackmd.io/94huocg8QF2P2uIKpZri2A))
En même temps, le journal "Le Monde" s'est engagé à réduire considérablement leur nombre d'articles publiés pour éviter l'infobésité, c'est-à-dire un nombre trop important d'informations dans les médias en général.
Le directeur de rédaction du journal, Luc Bronner, a d'ailleurs twitter à ce sujet :
> Entre 2018 et 2019, le Monde a réduit de 14% le nombre total d'articles publiés (-25% en 2 ans). Plus de journalistes (près de 500 désormais), plus de temps pour enquêter. Résultat ? L'audience web a fortement progressé (+11%) comme la diffusion (print et web) du journal (+11%)
En ce qui concerne le média "<ins>Clubs et comptines</ins>", ils ont décidé de se développer sur le digital en créant, par exemple, un numéro hors-série exclusivement en ligne, en produisant et publiant des vidéos (recette, interviews avec des professionnels de l'enfance et de la petite-enfance, des DIY, etc), nous analyserons tout cela en détail dans une prochaine partie.
#### D - Les failles de la presse écrite
Les failles de la presse écrite sont les détails qui font son authenticité, certes, mais ce sont également ces détails qui ont permis à Internet et aux médias sociaux numériques de devenir de nouveaux mass médias.
Les journaux papiers ont une durée de vie d'un jour alors que les articles que l'on lit en ligne pourront être lus à nouveau dans 10 ans. Aujourd'hui, les préoccupations autour de changement climatique appuient également sur le fait qu'il est préférable de lire l'actualité sur son téléphone plutôt que sur un support qui sera jetté par la suite.
La qualité du support et du graphisme sont également contestées. Contrairement à un site web qui peut être responsive, dynamique, attrayant visuellement, le journal papier n'est pas aussi ludique.
En partie, les revenus des journaux et magazines papier (surtout ceux qui sont gratuits) viennent directement de la publicité. Il peut être parfois gênant de lire un article avec plusieurs annonces publicitaires qui ne nous intéressent pas (bien que ce point-là soit également un problème pour le format numérique notamment sur les sites web)
Notons qu'un journal papier ne peut pas rivaliser avec l'immédiateté d'un journal en ligne, qui en plus de cela, n'entraîne aucun coût d'impression. Cependant, les médias en ligne font également face à des problèmes (fake news abondantes, commentaires haineux, etc.), la transition vers le digital ne doit pas être radicale, il faut savoir tiré les avantages d'Internet, sans mettre de côté le support papier.
Pour conclure cette partie, parlons des pure players. Ces médias qui ne sont accessibles qu'en ligne. C'est le cas de Mediapart qui est un "journal d'information numérique, indépendant et participatif."
Nous pouvons également citer des médias qui sont présents uniquement sur les réseaux sociaux, comme Brut par exemple.
Cependant, est-ce la bonne stratégie que de diffuser de l'information uniquement en ligne ? Si l'objectif est d'informer un maximum de personne, pourquoi ne pas créer un journal papier afin d'élargir son lectorat ?
[Partie 2 : Enjeux des médias sociaux](https://hackmd.io/stXK0-cWRgO8YCz1MlKfug?both)