Collectif Hors Jeu

### 1) CAUSES
Écologie et droits humains.
#### Motifs :
Effets néfastes sur l’environnement et les droits humains engendrés par l’organisation des compétitions sportives internationales.
#### Manifeste :
Le 2 décembre 2010, l’élection du Qatar comme pays hébergeant la coupe du monde de football 2022 engendra une série de promesses non tenues. Ces dernières, mises en lumière par la presse ces dernières années, constituent l'élément déclencheur de notre combat, et de la création de notre collectif.
Un bilan carbone neutre, une “coupe du monde compacte”, permettant l’usage de transports non polluants grâce à la proximité des stades, et des stades démontables pour être migrés vers des pays en voie de développement suite au mondial. Voici un extrait des promesses alléchantes faites par le Qatar. Les résultats obtenus furent en réalité la morts de plusieurs milliers de travailleurs dans la construction des stades, des émissions de CO2 égales au moins au double que celles annoncées par le Qatar, le nombre de vols d’avions multiplié par 10 entre DubaÏ et le Qatar pour pallier au problème du logement sur place, trop onéreux et risible par rapport au nombre de supporters attendus. La liste des résultats catastrophiques pour l’environnement et l’Humain est longue.
* **Une dimension sociale exclue**
Historiquement, les Jeux internationaux ont toujours été synonymes de grand développement dans les villes hôtes. Par exemple, on peut parler des transports en communs urbains. Qu’il s’agisse de leur implantation ou de leur démocratisation, les jeux ont permis la mise en place et le développement du métro parisien, montréalais ou plus récemment Qatari… En plus de cela, les infrastructures sportives augmentent significativement dans les pays d’accueil ce qui peut pousser à un développement des politiques sportives mises en place.
Cependant, le développement des villes est souvent réalisé au mépris des plus pauvres en excluant toute question sociale. Nous pouvons notamment prendre l’exemple des Jeux Olympiques de Rio 2016. En effet, durant sa préparation, la ville de Rio a fait expulser près de 450 familles de la favela Autodromo dans le but de la raser.
Si la préparation de ‘Grands Jeux” engendre d’importantes problématiques sociales concernant les citoyens à considérer, les conditions des travailleurs investis sur les chantiers sont tout autant problématiques.
* **Des conditions de travail déplorables**
L’exemple qui vous parlera le plus sera sans doute l’actualité la plus récente et la plus marquante concernant la coupe du monde de Football au Qatar. Plusieurs ONG ont dénombré plusieurs milliers de morts. Malgré la difficulté de quantifier le nombre exact, nul doute que les conditions de travail à étaient propices trouver la mort entre la chaleur caniculaire, le manque de normes de sécurité, parfois le manque de qualification, etc. Les employés de chantier étaient en grande majorité des travailleurs venant de pays à la main d'œuvre peu coûteuse mais cela ne semblait que peu importer étant donné qu’ils n’étaient pas payés. Le peu de considération n’était qu’une partie de la privation de liberté. Privation de liberté opérée en saisissant les papiers des travailleurs afin de s’assurer qu’ils ne puissent fuir et ainsi forcer le travail.
* **Des aberrations écologiques**
D’un point de vue écologique, les bilans sont tout aussi catastrophiques. Il n’y a qu'à regarder les derniers jeux olympiques d’hiver qui ont eu lieu à Pékin pour mesurer jusqu’où va la bêtise des organisateurs de ces jeux. Pour mener à bien le déroulement de sports d'hiver dans des lieux non propices à ce type d’activités, la Chine a décidé de raser des forêts pour pouvoir installer les infrastructures et le réseau de transports nécessaires. La neige que nous avons pu observé durant la compétition était artificielle dans 100% des cas. Fait qui n’était pas compliqué à deviner étant donné les tracés de neige présents au milieu de la verdure avec parfois en fond des usines en pleine action. L’ONG “China Water Risk” a estimé le coût écologique à 185 millions de litres d'eau utilisé pour mettre en place 9,2 kilomètres de pistes, 100 générateurs de neige ainsi que 300 canons pour la distribuer. L’équivalent de la consommation annuelle d’une ville de 3400 français. Dans un contexte d’inégalités géographiques lié à l’accessibilité à l’eau pour la population chinoise évoluant dans air réputé pour sa pureté, cela est difficilement concevable éthiquement. L’éthique, cette notion inexorablement mise de côté dans l’idée de faire valoir une belle image des pays au service du soft-power. C’est ce que nous souhaitons changer dans l’organisation de ces jeux puisqu’ils continueront à avoir lieu qu’on le veuille ou non. Replacer l’éthique et tout ce que cela englobe sur la table des débats.
Après l’organisation de cette Coupe du Monde en novembre 2022, nous pensions que les organisations sportives internationales retiendraient la leçon, apprendraient des erreurs commises. C’étaient des espoirs utopiques. L’annonce a été faite quant à l’organisation des Jeux Olympiques d’hiver en Arabie Saoudite en 2029, et entre temps les Jeux Olympiques d’été se dérouleront à Paris du 26 juillet au 11 août 2024.
Ces évènements sont de gigantesques pieds de nez à la lutte contre le réchauffement climatique et la destruction de l’environnement. En parallèle, ils bafouent sans vergogne de nombreux droits humains, en exploitant des travailleurs pour rendre leur organisation possible.
Des dépenses faramineuses seront investies dans l’organisation des JO de Paris 2024 : minimum 250 millions d’euros seront requis, alors même que les dettes financières de la ville de Paris s’élèvent à 8,9 milliards d’euros. La construction d’une piscine olympique en Seine-Saint-Denis, d’un village pour accueillir les sportifs, de lignes de taxis volants, le développement des nombreux services et infrastructures liés à l’organisation de ces Jeux Olympiques aura un lourd impact écologique. De plus, les pratiques opaques liées à la construction de ces infrastructures ont récemment été mises en lumière par le député Bastien Lachaud. Il nous apprend l’emploi courant de travailleurs sans papiers - qui n’est pas sans nous rappeler la catastrophe humaine de la construction des stades au Qatar - et la “violation répétée des droits du travail”.
Du côté des Jeux Olympiques d’hiver organisés en Arabie Saoudite en 2029, ce sont 47 sports d’hiver (28 sur neige et 19 sur glace) qui se dérouleront en plein désert saoudien. Une nouvelle aberration écologique est de ce fait assez prévisible….
C’est pour contrer ces évènements, et instruire sur leurs portées négatives que nous avons créé le collectif Hors Jeux.
#### Pourquoi “Hors Jeux” ?
Le collectif Hors Jeux dénonce les industries sportives qui piétinent les droits humains et les combats écologiques. Nous souhaitons à travers nos actions rendre coupables tous.tes celles et ceux qui participent et se rendent complices de ces évènements, tout en visibilisant les causes que nous défendons : la protection de l’environnement et des droits humains. Hors Jeux induit la notion d’exclusion, et du monde du sport : c’est une loi codifiée dans la Loi 11 des lois du Jeu au Football. “Jeux” est au pluriel, car le collectif est actif lors des diverses compétitions sportives internationales
### 2) Dramaturgie/Répertoire d’actions
**La notion de boycott**
Pour penser et mener à bien le répertoire d’actions que nous avons mis en place, nous nous sommes basés sur le concept du boycott. En effet, ce fut un sujet occupant une place importante dans l’espace public avant et durant la coupe du monde du Qatar et qui a scindé l’opinion publique. D’un côté ceux qui disaient boycottés et ceux qui souhaitaient regarder. Cependant une nuance existait et cet entre-deux qui n’était pas nécessairement convaincu d’un avis où de l’autre était plus à même d’être convaincu par un mouvement comme le nôtre cherchant à convaincre.
Ces 3 positions ont alors constitué nos cibles de communication.
Les personnes qui revendiquent leur boycott sont alors ceux que nous ciblerons dans un premier temps dans le cadre de notre campagne de recrutement. Ce sont généralement des personnes qui ne présentent pas d’intérêt particulier envers les compétitions sportives. Dans notre société, le boycott est avant tout une question d’envie. Le tout est de faire passer l’envie du boycott avant l’envie de consommer cette coupe du monde mais cela s’avère compliqué dès lors que des facteurs économiques ou sociaux entrent en jeu.
La notion de boycott est avant tout une question culturelle. C’est à travers les travaux de Flore Trautmann que nous avons pu comprendre cela. En effet, elle introduit que la question de culture dans le boycott est grandement liée à la religion. Une culture plutôt protestante met davantage en avant la responsabilité individuelle plutôt qu’une culture catholique par exemple. A titre d’illustration, le taux d’adhérents à un mouvement de boycott se situe autour de 55% en Suède (culture protestante) contre seulement 3% au Portugal (culture catholique).
Dans un pays commes les Etats-Unis majoritairement protestant, le boycott a historiquement été plus efficace comme lors de l’abolition de l’esclavage ou bien même lors de la fin de la ségrégation dans les transports de Montgomery de la parts des noir-américains.
Le Boycott se compose en plusieurs étapes. Celles de nommer un problème, d’attribuer des responsabilités, de désigner une cible et enfin de mobiliser des affects. Comme nous l’avons vu récemment, en France ce processus se complexifie dès lors de la deuxième étape au moment d’attribuer des responsabilités. Ce qui peut être lié à un héritage culturel d’une culture plutôt catholique par exemple.
C’est pourquoi nous avons compris que l’appel au boycott auprès de bars, restaurants, cafés, etc. trouverait rapidement ses limites. D’une approche moins philosophique, l'intérêt économique qu’un commerçant a est certainement plus important que l’envie de boycotter. Dans le cas de refus de leur part, l’idée serait alors de proposer un accompagnement à ses structures pour parler des problèmes liés aux compétitions internationales.
**Notion de contre-événement**
Coeurs de cible :
* Les personnes dans un “entre-deux”, qui ne sont pas de fervent.es supporters.trices, et qui peuvent adhérer à nos combats, du fait de leur intérêt partiel pour la compétition sportive.
* Les fervents supporters.trices, qui eux, sont très difficiles à convaincre.
**Idée générale :**
Se fondre dans la masse pour mieux atteindre nos cibles, et ainsi contourner le désintéressement automatique des personnes opposées à notre cause, les confronter directement “par surprise”. Le collectif Hors Jeux souhaite ainsi reprendre la dramaturgie d’un événement sportif (célébrations, rassemblements, partages sur les réseaux sociaux, campagnes de communication pour promouvoir l’événement, etc) et la détourner pour défendre ses causes.
#### Répertoire d’actions :
* Le répertoire d’action est adaptable selon l'événement sportif.
Organisation de soirées alternatives pour contrer celles durant lesquelles les matchs ont lieu. Cela permettrait de rassembler du monde pour parler des problématiques défendues, et de s’organiser pour les actions futures. Nous mobiliserons ainsi les personnes ciblées en premier lieu par le boycott, mais la communication réalisée pour ces contre-évènements permettrait de les visibiliser auprès de notre cœur de cible.
* Mise au point d’une campagne visuelle : collages de rue avec une identité visuelle forte et marquante. L’idée serait de prendre des figures sportives connues du sport français (qui représente la France et ses valeurs à l’Internationale), selon la compétition qui se déroule et de les détourner pour les rendre “acteurs” en image du bafouement de l’écologie et des droits humains.
* Mise au point d’une campagne de communication sur les réseaux sociaux : reprendre les visuels des collages, faire une série de réels sur instagram et tiktok, qui au début promet au visionneur.euse de lui apprendre des astuces pour faire des pronostics gagnants sur les matchs disputés lors de la compétition sportive. En réalité, après cette introduction, c’est une dénonciation de l'aberration qu’est l’organisation de cet évènement qui suit.
* Écriture d’un “contre-hymne de l’événement”. La chanson Freed from desire de Gala est utilisée pour soutenir l’équipe des Bleus durant les coupes du Monde de football. Pour cet exemple, nous reprendrions l’air de la musique, tout en changeant les paroles pour faire passer des messages et dénoncer les effets néfastes de la coupe du Monde de football.
* Distribution de faux flyers et tickets à gratter distribués aux participants des rassemblements pour les matchs. Au lieu de gagner une boisson, ou un gain, ou une participation gratuite à des pronostics, ils découvrent un QR code à scanner pour voir ce qu’ils ont gagné. Une fois flashés, ils sont redirigés vers une vidéo qui montre une roue de loterie tournant puis s’arrêtant, pour laisser place à des images chocs dénonçant les actes engendrés par la compétition sportive.
* Mise au point de stands de faux goodies. Seraient ainsi proposés aux supporters des confettis à faire exploser, sobres en apparence, mais qui une fois lancés révèleraient une inscription “Complices *nom de la compétition*. Par exemple “Complice JO Paris 2024”. Ces stands commercialiseraient aussi des sticks de maquillage aux couleurs de la France, qui une fois appliqués sur la peau des supporters.trices, révèleraient la même inscription que sur les confettis. Ce stand permettra en outre de récolter des fonds financiers pour les besoins du collectif.
* Die In en investissant l’espace public pour symboliser la mort d’individus et de l’environnement causées par l’organisation de la compétition sportive; Nous nous inspirons ici des Die In d’Act’up en 1989, et de XR en 2018.
### 3) LES SCÈNES
Les actions du collectif Hors Jeux occupent différentes scènes, réelles et virtuelles.
* Les réseaux sociaux : Instagram, Facebook, Twitter, Tiktok.
* L’espace public : bars, fan zones, rues.
### Sources
Trautmann, F. (2004). Pourquoi boycotter : Logique collective et expressions individuelles : analyse de systèmes de représentations à partir du cas Danone. Le Mouvement Social, no<(sup> 207), 39-55. https://doi.org/10.3917/lms.207.0039
*Le Monde :*
https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2022/11/14/qatar-2022-pourquoi-il-est-tres-difficile-d-estimer-le-nombre-de-morts-lies-aux-chantiers-de-la-coupe-du-monde_6149784_4355770.html
*BBC :*
https://www.bbc.com/afrique/monde-63648752
*Sud-Ouest :*
https://www.ouest-france.fr/jeux-olympiques/paris-2024-les-ecologistes-deplorent-le-cout-des-jo-pour-la-ville-3c4836e8-8a7a-11ec-878d-eac97e3f97e3
https://www.ouest-france.fr/jeux-olympiques/jo-2024-vers-un-deni-ecologique-des-jo-de-paris-en-seine-saint-denis-6802249
https://www.sudouest.fr/economie/aeronautique/deux-lignes-et-cinq-bases-pour-les-taxis-volants-en-region-parisienne-en-2024-12936242.php
*Bastien Lachaud :*
https://bastienlachaud.fr/2022/12/06/scandale-des-conditions-de-travail-sur-les-chantiers-des-jeux-olympiques/
*Écolosport :*
https://ecolosport.fr/blog/2022/10/10/carton-rouge-jeux-asiatiques-dhiver-2029-arabie-saoudite-aberration-de-trop/