**TD_DESIGN DE CAMPAGNE DE COMMUNICATION**
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**Projet « Bien rentrée »**
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**I**. **CAUSE**
**Manifeste :**
Le harcèlement de rue. On en a beaucoup entendu parler ces dernières années, on en entend toujours parler et on en entendra encore parler très certainement dans un futur proche. Trop de femmes sont victimes de harcèlement dans l’espace public. Sifflements, bruits de bouche, commentaires déplacés jusqu’aux insultes, à l’agression, au viol … Selon le Haut conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes, 100% des utilisatrices des transports en commun ont au moins une fois été victimes de harcèlement de rue. Une étude de l’INSEE a également révélé que 25% des femmes de 18 à 29 ans ont peur dans la rue et que 40% des femmes ont renoncé à fréquenter des lieux publics à la suite de « manifestations du sexisme ». De nombreuses campagnes de communication ont permis d’alerter sur ce sujet, de mobiliser (ex : le projet « Angela », lancé par Marlène Schiappa en mai 2020 ou encore la campagne de sensibilisation « Stop harcèlement de rue : Tous concernés » lancée par le collectif Héroïnes 95 dans le Val d’Oise en juin 2021).
Mais alors, pourquoi avoir choisi cette problématique ?
Premièrement, le harcèlement de rue est un sujet vaste qui touche de nombreux milieux, personnes, catégories socio-professionnelles et qui survient dans de nombreux contextes. Alors, bien que les actions et campagnes sur cette thématique soient multiples, elles n’ont pas encore permis d’éradiquer le problème et il convient aujourd’hui pour les victimes d’élaborer elles-mêmes des plans d’actions pour prévenir et agir face à ce fléau récurrent.
Nous sommes deux étudiantes d’une vingtaine d’années. De par notre âge mais également du fait que nous sommes deux femmes (bien que le harcèlement de rue puisse arriver aux hommes, selon le service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI), 91 % des personnes touchées sont des femmes), nous sommes très souvent confrontées au harcèlement de rue, ou même au harcèlement sexuel. Les situations les plus marquantes, à travers lesquelles nous pouvons en faire l’expérience, sont les sorties de bar, boîtes, ou plus simplement lors de soirées et évènements étudiants lorsque l’on se retrouve à devoir rentrer chez nous. Il fait nuit, la majorité du temps. On a déjà subi au sein de la soirée, à l’intérieur du bar, des remarques sexistes ou de la drague lourde. Quand il est l’heure de rentrer, nous ne sommes pas forcément très rassurées. Sur le chemin du retour, sifflements, remarques sexistes, arrêts de voiture ou carrément se faire suivre sont des évènements malheureux mais très courants. La fréquence et l’habitude de subir ce genre de comportements est telle que nous avons pu remarquer, à travers une enquête réalisée parmi nos proches et d’autres femmes, que certains mécanismes dits de défense ou de sécurité sont devenus naturels et automatiques chez la plupart d’entre nous. Par exemple, être munies de bombes au poivre ou d'armes factices, ne mettre qu’un seul écouteur ou couper la musique pour entendre ce qu’il se passe autour de nous, prendre en mains nos clés ou un objet contondant en prévention d’un potentiel besoin de se défendre. La consigne « Préviens-moi quand tu es bien rentrée » est devenue un rituel pour les jeunes femmes autour de nous. C’est ce qui nous a inspiré le nom de cette campagne de communication « Bien rentrée ». Etre obligé d’envoyer un message à ses amis, proches, en rentrant de soirée ou tout simplement en rentrant tard chez soi, pour les rassurer ou s’assurer que la personne est rentrée saine et sauve chez elle. Comme si l’épreuve de faire du chemin en étant une femme la nuit revenait à se jeter dans la fosse aux lions, se retrouver dans la peau du mouton face aux loups dans la bergerie. Cela peut sembler être une exagération mais il s’agit malheureusement bien de métaphores de nos expériences du quotidien.
Alors comment régler le problème ? Déraciner à la source reviendrait à éduquer les potentiels agresseurs, travail long et difficile mais toujours en cours. Mais quelles solutions avons nous pour palier au problème en parallèle de ces actions ? C’est pourquoi nous est venue l’idée de « Bien rentrée ». Le but : permettre aux femmes de se sentir en sécurité lorsqu’elles doivent réaliser un trajet le soir. Par le biais d’ un réseau sécurisé qui leur permettrait d’être en contact avec des accompagnateurs et de rentrer accompagnées jusqu'à chez elles.
Oui, il existe déjà des dispositifs qui semblent similaires. Alors quelle différence avec « Bien rentrée » ?
* Autocollants QR Code comme message codé (avoir accès à l’application et donc à la messagerie)
* Vérification identité (carte ID, passeport, permis, etc.)
* Partenariats avec lieux festifs (bars, boîtes, salles de concert, etc.)
* Performance: travestissement d'un homme (complice) de manière réaliste, déambulation dans les rues (de Lille pour notre cas), caméra embarquée. Afin de démontrer l'insécurité et le harcèlement vécu par les femmes dans l'espace public, faire réagir le public, et un public visé, les hommes. La vidéo sera ensuite postée sur la page Instagram dédiée au projet.
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**II**. **Dramaturgie**
*Comment se mobiliser ?*
**Micro-trottoir :**
Nous aimerions questionner des femmes sur la thématique du harcèlement au travers de l’espace public. Pour ce faire, nous voudrions réaliser en plusieurs prises, un micro-trottoir dans les rues de Lille. Nous nous présenterons comme étudiantes de troisième année de la licence Etudes Culturelles de l’Université de Lille et indiquerons que nous réalisons ce micro-trottoir dans le cadre d’un projet pour notre enseignement Design de campagnes de communication. Les questions posées seraient l’âge des participantes, si elles ont l’habitude de réaliser des trajets seules le soir, si elles ont déjà été sujettes au harcèlement verbal ou sexuel lors d’un de ces trajets et si la réponse est positive à quelle fréquence elles en font l’expérience.
**Questionnaire en ligne :**
Nous aimerions également diffuser un questionnaire Google Form, dans lequel nous reprendrons les questions posées lors du micro-trottoir. Cela nous permettra de compléter les résultats que nous aurons obtenus précédemment. Nous le diffuserons sur nos groupes de classe et les réseaux sociaux (Instagram, Facebook, Messenger).
**Stickers interactifs :**

Après avoir réalisé des recherches sur l’utilisation de l’art dans les luttes pour les droits des femmes, et contre les agressions et violences sexistes et sexuelles, nous avons découvert plusieurs artistes et médias d’expressions.
Premièrement une street artiste lilloise, Julia, que l’on retrouve sous le pseudonyme de La Dame Qui Colle (à découvrir sur Instagram @ladamequicolle), qui réalise des portraits de femmes qu’elle interview, dessine et colle ensuite dans la rue. Ce projet nommé « gardiennes de rue » avait pour but de représenter les femmes durant une semaine de sensibilisation aux violences faites aux femmes. Ces femmes, présentes sur les murs de la rue permettaient aux autres femmes de se reconnaître, mais jouaient également le rôle de gardiennes, afin que les femmes se sentent protégées, sorte de symbole face à l’insécurité.
À la manière de La Dame Qui Colle, nous voulions utiliser les collages pour notre projet. En y réfléchissant, nous sommes venu au choix des stickers, proche des collages mais qui permettent d’obtenir des objets de plus petite tailles, donc plus discrets, produits à plus grande échelle et collés sur n’importe quel support. Ces stickers serviraient de symbole de reconnaissance du dispositif « Bien rentrée » par les utilisatrices mais également de diffusion pour le faire connaître à de nouvelles personnes. Les stickers seraient apposés dans les lieux de festivités (bars, boîtes, salles de spectacles) avec le partenariat de gérants, mais également dans les écoles supérieurs et facultés.
Le projet sera également relayé sur les réseaux sociaux, notamment sur les pages d’associations étudiantes et de BDE (Bureau des élèves), pour permettre au public le plus touché d’être mis au courant de ce dispositif.
Une autre inspiration de démonstartion artistique fut le collectif La Brigade du Respect (@laBrigadeduRespect sur Instagram). Ce groupe de femmes éduquent et luttent contre les agressions, qu'elles soient verbales ou sexuelles, dans l'espace public. Pour cela, elles utilisent des pochoirs qu'elles apposent principalement sur les trottoirs des rues de Lille et bombent à la peinture violette. Ce dispositif permet de faire réflechir les personnes qui pourraient ne pas se sentir concernés par ce fléau mais également de montrer une sorte d'unité entre femmes, victimes, face au problème. On peut retrouver des citations comme « Girl la rue t'appartient » (une des plus connues).
Nos autocollants seraient un moyen de diffusion de l'application mais, sous un autre angle, ils représenteraient aussi un symbole, un moyen de rappeler aux personnes concernées qu'elles sont comprises et soutenues. Tout comme les gardiennes de La Dame qui Colle, ils pourraient être un symbole de protection et peut-être un moyen de donner du courage à toutes celles qui en auraient besoin.


**Le logo :**
Nous voulions, à la base, utiliser le répertoire d'action du détournement afin de ne rendre visible cette application qu'à des personnes de confiance, des personnes connaissant le principe de l'application via les réseaux sociaux que nous mettrons en place (via Instagram par exemple). Nous avions imaginé d'aller coller des QR code « déguisés » avec des dessins n'ayant aucun rapport avec le sujet (cafards, épinards, tampons...), des choses dégoutantes pour que les personnes n'aient pas envie de squaner le QR code.
Néanmoins, nous nous sommes dit que cela pouvait exclure des personnes ne connaissant pas l'application et ne souhaitant pas rentrer seules. Nous avons donc décidé de garder un logo, mais qui ait un rapport avec notre projet. Il représente un écran de smartphone où l'on peut lire dans une bulle de chat, l'expression "Bien rentrée". Des affiches reprenant le logo pourraient alors être affichées dans les toilettes féminins des bars et espaces concernées pour que les femmmes puissent tout de même prendre connaissance du fonctionnement de l'application et de pouvoir reconnaitre le logo par la suite.

**Logo réalisé par L'Artchimiste (@l.artchimiste sur Instagram).**
Ce logo sera donc associé au QR code menant à l'application. Pour renforcer la sécurité, étant donné que tout un chacun pourra alors découvrir le fonctionnement de l'application, un contrôle d'identité sera effectué lorsqu'une personne essayera de se connecter pour la première fois. Elle pourra alors utiliser l'application une fois le contrôle d'une pièce d'identité valide approuvé, la personne ne pouvant alors pas mentir sur sa véritable identité. Le tri rendra l'application accessible aux femmes uniquement.
**La page Instagram :**
Nous avons ouvert une page Instagram du nom de notre projet (@bien_rentree sur IG - https://www.instagram.com/bien_rentree/), pour pouvoir y expliquer le concept, relayer les actualités, les actions à venir mais également alerter et prévenir en y mettant à disposition des liens vers des sites d'informations, des articles, sur le harcèlement verbal et sexuel dans l'espace public. Nous y partagerons également les comptes d'autres projets similaires qui nous inspirent, comme par exemple, celui de la Brigade du Respect, qui a déjà repartagé notre intitiative.

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**Performance :**
Afin de renforcer notre campagne, nous avons pour projet de travestir (de manière réaliste) des hommes et de les laisser entrer dans un bar, déambuler dans la rue, ressentir l'insécurité et expérimenter le harcèlement subie par les femmes dans l'espace public. Cela se ferait de manièr impromptue pour choquer, surprendre le public. Ils porteraient une caméra embarquée, dissimulée. Nous savons que cela a déjà été réalisé mais réitérer l'expérience pourrait être une bonne chose. Cette performance pourrait être executée deux fois par mois, par des volontaires (étudiants, membres de BDE par exemple). Cela nous permettrait de faire réagir sur le problème, faire connaitre le projet, mais surtotu attirer un public qui ne sent pas forcément concerné pour le rallier à notre cause. De plus, cela permettrait également de faire participer des hommes au projet. La vidéo que nous tirerons de la caméra embarquée sera également postée sur le compte Instagram dédié au projet pour toucher un public plus large.
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**III**. **Scène d'action**
*Où se mobiliser ?*
**Lieux de vie étudiante (bars, boites, universités) :**
Afin de nous mobiliser, nous souhaitons coller dans la rue (à proximité des lieux de fête, bars, boites, point de rendez-vous étudiant) ou dans les toilettes des bars/boîtes de nuit, des QR codes à flasher à l'aide de son téléphone afin d'avoir accès à notre application permettant aux femmes de se rejoindre à des points définis (à proximité des stations de métro pour aider à se repérer) afin de ne pas rentrer seules le soir.
En ligne :
Notre action aura également lieu en ligne via notre application. Notre projet est donc basé sur un partenariat espace public/espace numérique.
L'application fonctionne comme suit :
Une première page s’ouvre, les personnes peuvent alors s’inscrire sur l’application (nom, prénom, etc… vérification de l'identité). Nous insistons sur la vérification d'identité. Ce point a été discuté, il nous semble important d'effectuer cette vérification puisque que l'application est fondée sur la sécurité de ses utilisatrices. En s'inscrivant, il faut donc fournir une photo d'une pièce d'identité valide (Carte ID, passeport, permis de conduire...). Une deuxième page sur le consentement s’ouvrira alors, avec des messages tels que : « Ceci n’est pas une application de rencontre… », « L'application a été lancée dans le seul but de raccompagner des personnes ne voulant pas rentrer seules ».
Le consentement sera également demandé pour activer la localisation et le bluetooth du téléphone. Puis, la personne crée son profil. Elle rentre son numéro de téléphone et recevra un code par SMS pour le confirmer. Elle pourra également choisir un pseudo et un avatar pour rester anonyme tant qu'elle n'aura pas décidé de dévoiler son identité en se faisant raccompagner par une personne choisie sur l'application.
Sur la page d'accueil de l'application, on pourra découvrir une carte de Lille (dans un premier temps) indiquant des points de rencontre précis avec un signe (ex. une chaussure). Les personnes souhaitant se rendre à cet endroit pourront alors envoyer un pied pour indiquer leur choix aux autres et trouver des personnes ayant la même requête (ce n'est qu'un exemple). Nous souhaitons expérimenter cette idée à travers un prototype. Si il ne s'avère pas fructuant, nous créerons des points de rencontre au niveau des stations de métro. Cela permettrait de ne pas donner accès à une adresse précise (par sécurité).
Une personne ne souhaitant pas rentrer seule en sortie de bar par exemple, pourra ouvrir l'application et :
- créer une alerte pour prévenir les autres utilisatrices qu'elle recherche une accompagnatrice à un certain point (ex: Théâtre Sébastopol = Le symbole de la chaussure)
- consulter les demandes des autres utilisatrices à proximité (cela lui permettra de voir si certaines doivent parcourir le même trajet et alors leur envoyer une demande qu'elles pourront accepter ou refuser)
Si une personne ayant créé une alerte reçoit une demande pour effectuer le trajet par une autre utilisatrice et qu'elle accepte, alors elles auront accès à un système de chat/messagerie privée. Elles pouront alors se prévenir, s'assurer qu'elles sont bien au point de rendez-vous, etc. sans pour autant transmettre leurs coordonnées. Tant qu'elles ne se sont pas rencontrées, les utilisatrices peuvent rester anonymes. Le partage de leurs identités par l'application advient de leur propre volonté.
En cas de soucis avant, pendant ou à l'arrivée du trajet, une alerte est disponible sur l'application, prévenant ainsi les utilisatrices à proximité. Les numéros d'urgence seront également liés.
Après avoir réalisé un trajet avec une autre utilisatrice, il est possible de noter le sérieux de la personne sur 5 étoiles maximum. Les utilisatrices ayant partagé au minimum un trajet ensemble peuvent ensuite s'ajouter comme amies sur l'application pour pouvoir se recontacter pour d'autres trajets si l'occasion se présente (c'est une option qui reste facultative).
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**Bibliographie :**
* Mymy Haegel, « Culture du viol : pourquoi les femmes s’envoient “bien rentrée” », *Mademoizelle*, 07/03/2019, URL : https://www.madmoizelle.com/culture-du-viol-rentrer-soiree-989692
* Cécile Denisot, « “Bien rentrée” : un court-métrage sur le harcèlement de rue », *Le Type*, 25/06/2021, URL :
https://letype.fr/2021/02/25/bien-rentree-manon-montrouge-nikon-film-festival/
* Pauline Weiss, « Qu’est-ce que le harcèlement de rue, et comment le combattre ? », *Marie-Claire*, 23/06/2022, URL : https://www.marieclaire.fr/,harcelement-de-rue-comment-en-venir-a-bout,765146.asp
* Thomas André, « Harcèlement de rue : hausse du nombre d’interpellations pour en 2021 », *ELLE*, 29/07/2022, URL : https://www.elle.fr/Societe/News/Harcelement-de-rue-hausse-du-nombre-d-interpellations-pour-en-2021-4042063
* Aurore Garot, « Qui sont les “gardiennes de rue” de la street artist lilloise La Dame Quicolle ? », *Vozer*, 25/11/2021, URL :
https://vozer.fr/2021/11/25/qui-sont-les-gardiennes-de-rue-de-la-street-artist-lilloise-la-dame-quicolle/