**Atelier de captation et d’exploration sensorielle : expérimenter la perception collective.**
Cet atelier constitue une exploration des principes fondateurs d’Ü à travers l’image et le son. Il vise à faire découvrir notre approche singulière de la captation à un public curieux.
Nous y proposons une exploration des méthodes utremistes à travers une expérimentation structurée. Un protocole strict encadre chaque étape : la collecte de sons et d’images se fait sous contrainte, imposant une discipline méthodique. Le résultat de cette démarche et la collecte des traces produites n’a pas d’utilité immédiate ni de finalité prédéfinie.
C’est dans cette tension axée sur la dimension sensorielle de la captation, entre cadre rigide et ouverture à l’inattendu que réside l’expérience. En duo, les participants devront négocier, écouter, et accepter la dérive comme moteur de création. Le processus devient alors un espace d’exploration où le dialogue et l’expérimentation priment sur l’efficacité, invitant à reconsidérer les contraintes matérielles, la valeur du temps, du hasard et de l’inutile.
**Contexte et inspiration de la proposition**
Cet atelier s’inspire de l’atelier Photo Imaginale réalisé à Nantes (Chronotopium 2023), qui explorait le potentiel pédagogique et créatif de la photographie argentique comme outil de réflexion et d’expression. Cette expérimentation a démontré :
- L’importance de fragmenter les perceptions (sonore, visuelle) pour approfondir leur compréhension.
- L’effet bénéfique d’un temps long sur l’acuité du regard et la qualité de l’expérience sensorielle.
- L’intérêt de choisir entre des outils analogiques VS numériques, qui, par leur temporalité spécifique engagent différemment la contemplation et l’attente.
**Dans la cadre de l’Anti-Colloque ayant pour théme "Ralentir" organisé du 14 au 16 avril 2025 pendant le festival ZER∅1 nous avons proposé un premier atelier. Cette première occurence est proposée par Frédéric de la Hogue, Marc Jahjah et Laurent Neyssensas.**
:::info
**Proposition du premier Atelier en version Low Tech "Ralentir" - 150425ü**
L’atelier repose sur les principes suivants :
- Fragmentation sensorielle : chaque sens concerné par l’atelier est exploré indépendamment, permettant une immersion profonde dans ses spécificités.
- Fragmentation temporelle : les participants adaptent leur rythme à celui de leur binôme, créant une expérience partagée et harmonisée.
Fragmentation praxique : chaque participant alterne entre les rôles d’acteur et d’observateur.
- Temporalité analogique : l’utilisation d’outils analogiques, par opposition au numérique instantané, impose une attente et une réflexion sur le résultat.
- Recomposition à posteriori : les fragments “sensoriels” (sons, images) seront réunis et mis à disposition pour l’ensemble des participants les invitant à s'emparer à posteriori de ces matériaux de façon collective ou individuelle.
Cette approche met en lumière l’interconnexion entre ralentissement, perception sensorielle et créativité, tout en offrant une réflexion sur nos interactions avec le temps et les médias.
**Déroulement de l’atelier**
Durée : minimum 2 heures
Participants : maximum 12 personnes
Lieu : environnement urbain ou naturel
L’atelier se déroule en trois phases :
**Introduction et préparation**
Présentation technique et symbolique du dispositif.
Consignes : écoute, respect, lenteur, bienveillance.
Préparer une posture d’écoute et de réceptivité Avant la déambulation, les participants sont guidés pour adopter une attitude d’ouverture et de sensibilité, à travers deux axes :
L’attention écologique (niveau individuel)
Inspirée de François Roustang, cette approche invite les participants à se connecter pleinement à leur environnement grâce à des exercices sensoriels (silence, observation lente, écoute active). L’objectif est de vider l’esprit pour accueillir les stimuli externes (visuels, sonores, tactiles). Les participants sont plongés dans une transe légère, permettant une immersion totale et une réceptivité amplifiée.
L’accordance (niveau du groupe)
Le concept d’accordance, réinterprété à partir d’une notion médiévale, met l’accent sur l’harmonie dynamique entre les membres du groupe. Par des exercices collectifs (synchronisation des rythmes, marche en harmonie, attention aux autres), les participants apprennent à ajuster leurs perceptions et actions.
L’objectif est de créer une dynamique fluide où les contributions individuelles s’articulent naturellement dans un tout collectif.
Ce temps initial installe une posture d’écoute active et prépare les participants que nous appellerons désormais “opérateurs” à une expérience de co-création harmonieuse.
**Déambulation sensorielle**
Deux groupes d'opérateurs marchant en parallèle sont constitués (image et son), alternant les rôles et les outils.
Au démarrage chaque participant choisit un groupe et un rôle d’opérateur selon les définitions suivantes :
- Un opérateur cadreur : encadrer ou orienter l’action pour capturer un point de vue spécifique ou une perspective sensorielle.
- Un opérateur déclencheur : décider du moment où une action est effectuée (prise de vue ou enregistrement sonore).
- Un opérateur guide : accompagner et orienter physiquement ou symboliquement l’opérateur déclencheur dans l’espace.
- Deux opérateurs scribes documentent graphiquement les observations, perceptions et interactions pendant le déroulement du dispositif.
- Un opérateur contemplatif : observer attentivement l’expérience sans interaction directe.
Les 2 groupes marchent en parallèle avec un protocole similaire :
*Le groupe Image**
l’opérateur cadreur sélectionne un point de vue avec un appareil photo argentique chargé d’une pellicule 12 vues. l’opérateur déclencheur, les yeux bandés, déclenche la prise de vue en réponse à un stimulus (son, sensation, etc.). L’opérateur guide s’assure du confort et de la sécurité de l'opérateur déclencheur et du respect du protocole.. Les opérateurs scribes ont pour fonctions de documenter l'expérience visuelle de préférence par des dessins, schémas ou annotations au crayon sur un carnet fourni. L’opérateur contemplatif est invité à ressentir librement et sans interaction d’un point de vue visuel l'expérience.
**Le groupe Son**
l’opérateur cadreur muni d’un casque sélectionne un point d’écoute avec un enregistreur. l’opérateur déclencheur, les yeux bandés, déclenche la prise de son en réponse à un stimulus (son, sensation, etc.). L’opérateur guide s’assure du confort et de la sécurité de l'opérateur déclencheur et du respect du protocole. Les opérateurs scribes ont pour fonctions de documenter l'expérience sonore de préférence par des dessins, schémas ou annotations au crayon sur un carnet fourni. L’opérateur contemplatif est invité à ressentir librement et sans interaction d’un point de vue sonore l’expérience.
Des contraintes techniques s’imposent à chaque groupe. Elles sont liées à la spécificité des outils mais également à la temporalité du dispositif axé sur la captation sensorielle. Par exemple, la pellicule argentique est limitée à 12 poses, ce qui vient relativiser la décision de l’opérateur déclencheur “image”. Le temps de l’atelier est une contrainte qui s’impose à l’opérateur déclencheur “son” quant à la durée de chaque prise sonore qui sera donc limitée à 1 minute.
Chaque opérateur sera invité à rester dans son groupe de départ mais pourra expérimenter alternativement chaque poste. Les changements de rôle se feront après le déclenchement d'une prise de vue pour le groupe image et à la fin de chaque enregistrement pour le groupe son.
**Temps de mise en commun et réflexion**
A l’issue de la déambulation les participants partagent leurs ressentis et observations.
Ce moment d’échange structuré est proposé pour favoriser une pause réflexive.
Des espaces de silence, instaurés après la déambulation, laissent émerger des connexions naturelles et des réflexions spontanées.
En favorisant le laisser-faire, des connexions inattendues émergent entre les contributions humaines et non-humaines (sons, paysages, contextes urbains).
Des discussions guidées permettent d’explorer comment les perceptions individuelles dialoguent et se complètent. Le partage des fragments sensoriels (images, sons) va au-delà de leur simple juxtaposition, cherchant à révéler leurs résonances et interconnexions.
**Post Atelier**
L’ensemble des documents collectés (sons, dessins, images, textes) sera déposé sur un serveur ftp (un lien sera fourni à l'issue du colloque aux participants). Afin de renforcer la dimension transdisciplinaire et collective nous souhaitons que les participants continuent de façon commune l'exploration et la mise en formes des données collectés mais chaque participant est libre de le faire individuellement dans le respect de la licence Art Libre (citation et transfert de licence).
Objectifs et apports**
Explorer la temporalité spécifique des médias : Découvrir comment ralentir la prise de son ou d’image amplifie la perception sensorielle et la réflexion.
Favoriser la collaboration et la transversalité : Créer des ponts entre les disciplines artistiques, technologiques et philosophiques.
Réinterroger notre rapport au temps et aux médias : Expérimenter une mise en commun différée des résultats, valorisant l’expérience collective plutôt qu' individuelle.
**Pertinence et lien avec le colloque**
Cet atelier répond à l’appel à propositions par son format interactif et expérimental, combinant :
Une pratique itinérante dans un environnement urbain ou naturel.
Une interaction interdisciplinaire mêlant photographie, son et réflexion philosophique.
Une dimension collaborative : les contributions sont partagées sous licence Art Libre, invitant chaque participant à prolonger et réinterpréter l’expérience.
Réflexions performatives et créatives sur le temps : L’atelier interroge les rythmes frénétiques de la modernité en valorisant une lenteur productive et réflexive.
Archéologie des médias : L’utilisation d’outils analogiques remet en question la rapidité et l’immédiateté des technologies numériques contemporaines.
Slow tech et pratiques durables : En ralentissant les processus de création, nous proposons une démarche en phase avec une philosophie low-tech et durable.
**Conclusion**
Cet atelier est conçu comme un dispositif hybride, intégrant un dispositif technique d’un format original, et un protocole structurant. Il invite des professionnels issus de différents horizons (artistes, scientifiques, architectes, etc.) à piloter des sessions interactives destinées à un public varié.
il permet de développer de nouvelles perspectives épistémologiques : Offrir aux participants une vision alternative en abordant des problématiques sous un angle original et en mobilisant des méthodologies créatives.
Encourager l’émergence de pratiques innovantes : Expérimenter des formats non conventionnels pour questionner les approches traditionnelles de la recherche et enrichir les démarches scientifiques.
Produire des modalités originales de partage des savoirs : Proposer des formes de transmission transversales, performatives ou immersives, favorisant un échange interactif et collaboratif entre disciplines.
Instaurer un dialogue dynamique : Favoriser une interaction réflexive entre chercheurs, artistes, et publics, créant un espace propice à l’échange de pratiques et à l’hybridation des connaissances.
Ce dispositif ambitionne à terme de devenir un lieu d’exploration où les interactions entre disciplines génèrent de nouvelles approches méthodologiques, théoriques et pratiques.
Par sa structure modulable, l’atelier permet d’interroger les frontières traditionnelles de la recherche et d’explorer des formes inédites de création et de partage.
**Références bibliographiques**
Barthes, R. (1980). La chambre claire : Note sur la photographie. Gallimard.
Berger, J. (2003). Voir le voir. Éditions de l’Olivier.
Bihouix, P. (2014). L’âge des low-tech : Vers une civilisation techniquement soutenable. Seuil.
Crary, J. (2014). 24/7 : Le capitalisme à l’assaut du sommeil. La Découverte.
Deleuze, G., & Guattari, F. (1980). Mille Plateaux : Capitalisme et schizophrénie 2. Minuit.
Dewey, J. (1934). Art as Experience. New York: Minton, Balch & Co.
Eisner, E. W. (2002). The Arts and the Creation of Mind. Yale University Press.
Flusser, V. (1983). Pour une philosophie de la photographie. Circé.
Freire, P. (1968) Pedagogy of the Oppressed
Roustang, F. (1994) Qu’est-ce que l’hypnose ?, Minuit, 2003
Han, B.-C. (2014). La société de la fatigue. Actes Sud.
Ingold, T. (2011). Being Alive: Essays on Movement, Knowledge, and Description. Routledge.
Kolb, D.(1984) Experiential Learning
Latour, B. (2015). Face à Gaïa : Huit conférences sur le nouveau régime climatique. La Découverte.
Manovich, L. (2001). The Language of New Media. MIT Press.
McLuhan, M. (1964). Understanding Media: The Extensions of Man. MIT Press.
Montalbetti, C. (2021). Petite philosophie du temps long. Payot.
Petrini, C. (2001). Slow Food : The Case for Taste. Columbia University Press.
Rosa, H. (2010). Accélération : Une critique sociale du temps. La Découverte.
Rose, G. (2016). Visual Methodologies: An Introduction to Researching with Visual Materials (4th ed.). SAGE Publications.
Szendy, P. (2001). Écoute. Une histoire de nos oreilles. Minuit.
Virilio, P. (1977). Vitesse et Politique : Essai de dromologie. Galilée.
Documentation : https://www.are.na/laurent-neyssensas/atelier-d-exploration-sensorielle-et-mediatique-ralentir-pour-experimenter-la-perception-collective
:::
sur la notion low-tech / Know-tech / now-tech
prevoir différentes configuration la notion de Low tech Know tech est à envisager de fifferentes manières
- limitation de stockage par exemple oui sténopé numerique
Ralentir pour résister
macron : « Quand le monde accélère, on ne peut pas décider de ralentir »
Texte support - et question licence