# 22 mars : Conseils pour l'écriture de la note
## a. Préparer l'écriture
### Revenons à la problématique
Une fois que vous avez fait cela, et que vous avez rédigé des petits brouillons sur chacun des thèmes et des variables que vous avez mis en place, il est peut-être temps de revenir à la **question de recherche**que vous aviez établie au début du projet. Peut-être est-elle toujours conforme aux données que vous avez réunies et à vos lectures. Mais il y a de fortes chances qu'elle ne soit plus vraiment pertinente par rapport aux informations que vous avez récupérées, et aux thèmes/indicateurs/hypothèses que vous avez suggérés pour pouvoir les interpréter.
Vous devrez donc peut-être la reformuler, ou en trouver une autre plus adaptée aux nouvelles questions que vous vous posez sur votre sujet d'investigation à partir des données.
>🖋️ EXERCICE
>
> Essayez de retravailler votre question de recherche en fonction des éléments que vous avez trouvés
#### Préparation
L'organisation générale de votre rapport devrait ressembler à ceci :
Une **Page de garde** qui ouvre le rapport (Noms, Prénoms, Année, Cours, Titre de votre rapport).
Vous devez commencer par une **table des matières** qui indique les principales parties du rapport et les numéros de page.
Dans l'**Introduction**, il est important de définir le contexte de votre rapport. Quel est le but de votre recherche ? Comment votre recherche se rapporte-t-elle aux travaux antérieurs? Quelles en sont les limites ? Un compte rendu clair de la question de recherche et des principales idées que vous avez développées doivent être donnés. Les concepts clés de votre travail peuvent également être définis dans cette section. Vous devez annoncer le plan.
Vos **Résultats** constituent le corps de votre rapport, et sont divisés en plusieurs parties ou sous-parties que vous organisez selon les grands thèmes que vous avez décidé d'aborder pour traiter votre sujet, interpréter les réponses des répondants et répondre à votre question de recherche. Si possible, les parties peuvent même suivre une organisation plus logique qui se rapporte à un argument (par exemple, type Thèse-Antithèse-Synthèse).
La **Conclusion** résume les résultats obtenus et les interprétations proposées. Les résultats sont mis en relation avec la question de recherche et les hypothèses. Dans la mesure du possible, vous pouvez comparer les résultats avec ceux d'autres études de recherche pour les éclairer davantage et éventuellement les renforcer. Il est toujours bon de souligner les limites de l'étude et de suggérer des pistes de recherche pour de futures investigations.
Les **Annexes** peuvent contenir vos données, des cartes ou graphiques utilisés, et tout autre document utilisé.
#### Contenu
Il faut ensuite passer à l’écriture.
- Rédaction de vos **résultats au début**
- Reformulation de votre problématique à partir des résultats de l'entretien.
- Analyse générale du résultat de l'interview par rapport à cette nouvelle problématique.
- Puis, sur la base d'extraits de rapports, de données ou de travaux existants, sélectionnés pour leur pertinence analytique, vous élaborez des hypothèses explicatives liées à la littérature scientifique.
- Vos matériaux sont analysés de manière démonstrative pour approfondir ces hypothèses.
- Les titres que vous donnez aux parties et sous-parties doivent être précis et indiquer l'idée que vous souhaitez véhiculer dans cette partie.
- Rédaction de la **conclusion ensuite** :
- Synthèse des résultats
- Constats
- Lien avec la littérature
- Prolongement possible
- Limites et retours critiques
- Rédaction de l'**introduction à la fin**
- Explication du choix du sujet
- Les idées préconçues et les attentes que vous aviez
- Délimitation spatiale et temporelle du sujet
- Données utilisés
- Compte rendu de la façon dont vous avez approché les données
- Objectifs des entretiens : objectifs initiaux, évolution du questionnement
- Problématisation du sujet et question initiale
- Argument et plan
## b. Écriture formelle
### Comment écrire
Commencez par faire des brouillons, sur papier si possible. Ne vous embourbez pas avec le formulaire au début, commencez simplement à écrire et à rassembler vos idées. L'important est de proposer du contenu. Cela prendra probablement plus de pages que prévu, c'est normal. Afin d'affiner cela, vous devrez réécrire et commenter les uns les autres. En effet :
🚫 La plupart du temps, on fera des **phrases trop longues**. Parce que nous cherchons une idée, une proposition qui n'est pas encore claire. L'important est alors de ne garder que le plus important, le plus pertinent, en se demandant si les différents éléments que vous avez rédigés ont besoin d'être là.
🚫 La plupart du temps, on écrira des **phrases passives**. Dans lesquelles il n'est pas clair qui parle, qui fait quoi, qui cause quoi, ou utilise des idées vagues -"les gens", "la société". Ces formes passives doivent être éliminées et transformées en phrases actives, souvent en rendant explicite ce qui restait implicite.
🚫 La plupart du temps, on écrira des **phrases avec peu d'hypothèse**. « Il paraît que », « On pourrait dire ça », « Ça suggère ça », ce qui se traduit par des phrases longues alors qu'on pourrait dire directement ce que le matériel permet de dire, en indiquant une fois pour toutes dans l'introduction que ce sont nos interprétations . Cela facilite l'écriture, mais aussi la lecture.
📢 Rendre votre travail plus clair, c'est prendre en compte **le public**. Pour qui est-ce censé être plus clair ? Qui lira ce que vous écrivez ? Que devez-vous leur dire pour qu'ils ne lisent pas mal ou ne trouvent pas ce que vous dites obscur ou inintelligible ? Plus tard, vous écrirez d'une manière pour des personnes avec qui vous travaillez en étroite collaboration sur un projet commun, d'une autre manière pour des collègues professionnels de votre surspécialité, d'une autre manière encore pour des collègues professionnels d'autres spécialités et disciplines, et d'une autre encore voie pour le « profane intelligent ».
👓 Il faut se **relire** constamment, c'est très important. La plupart des travaux que vous écrivez dans des contextes académiques sont relus et réécrits une, deux, trois fois la plupart du temps. Lorsque vous vous lancez dans la recherche, vous relisez au moins vingt fois vos travaux publiés. C'est la seule façon d'écrire clairement et avec le moins de fautes possible.
Surtout, pour savoir si ce que vous écrivez a du sens et pour éviter tous ces problèmes, vous pouvez **lire à voix haute.** Cela vous oblige à prendre du temps et rend toutes les petites imperfections beaucoup plus évidentes.
>💡 La meilleure chose à faire à propos des erreurs, c'est de ne pas en faire en écrivant. Mais comme c'est plus facile à dire qu'à faire, il existe aussi de nombreux outils de correction qui facilitent la vie et peuvent être intégrés à vos logiciels de traitement de texte et à vos navigateurs. Deux exemples :
>
> - **LanguageTool**, avec une version de base gratuite très utile, qui s'intègre bien avec votre logiciel.
> - **Antidote**, une référence en français, bien plus avancée et efficace, mais payante.
### Comment citer
Dans tout travail académique et scientifique, il est important de se référer à d'autres travaux. Cela nécessite de faire des **citations**, et de respecter un certain nombre de règles afin de donner toutes les informations nécessaires pour que les lecteurs puissent toujours trouver la source des informations que vous donnez. Plus important encore, cela évite tout risque de plagiat. Les informations de base que vous devez donner sont les suivantes :
- Auteur
- Titre du livre /article /chapitre
- Titre de la revue /livre dont le texte est tiré
- Le cas échéant, volume et numéro dans lequel le texte est paru
- Date de publication
- Place de publication
- Maison d'édition
- Pagination
Afin d'utiliser la même norme de référencement, nous utiliserons le modèle "Harvard". Il existe bien d'autres manières de citer, mais c'est celle qui est utile pour les ouvrages courts et que vous trouverez dans les articles que vous lisez. Disons que vous voulez citer un passage du livre de Max Weber sur les communautés, intitulé "Les Communautés". Vous mentionneriez cet extrait **en utilisant des parenthèses ( ) dans la phrase, puis insérez le nom de l'auteur, la date, et potentiellement la page d'où vous tirez l'information.**
Cela donne (Weber, 2019, p.69)
Toutes les autres informations sont données dans la bibliographie à la fin du document, de cette façon:
> Weber M. (2019) *Les Communautés*, Paris: La Découverte.
>
> Nom Prénom. (année), *Titre*, Lieu: Editeur.
>
Si c’est un article que vous voulez citer cette fois, vous allez donner plus d’information et écrire :
> Austin, T. (2012) 'Takers keepers, losers weepers: theft as customary play in southern Philippines', *Journal of Folklore Research*, 49(3), pp. 263–284.
>
> Nom Prénom. (année), Titre article, *Revue*, volume(numéro), pages.
>💡 Sachez qu'il existe aussi des logiciels pour vous aider dans ce travail. Le plus connu et le plus pratique est **Zotero**. Si vous installez Zotero, vous installerez deux éléments sur votre ordinateur :
>- Une extension dans votre navigateur (Chrome, Mozilla, Safari, etc)
>- Une extension dans votre traitement de texte (Google Doc, Word, OpenOffice, etc)
>
>Le premier vous permet, dès que vous tombez sur un article sur internet qui vous intéresse, de cliquer sur un bouton pour l'enregistrer dans la bibliothèque.
>
>La seconde vous permet, lors de la rédaction de votre rapport, de cliquer sur un bouton pour insérer automatiquement une citation formatée comme vous le souhaitez. Il vous demandera comment vous souhaitez citer, puis remplira le texte à citer et le numéro de page, et générera automatiquement une citation pour vous. Il peut également générer automatiquement la bibliographie. Comme pour le reste, il faut un peu de temps pour s'y habituer, mais c'est très pratique sur le long terme.
### Comment styliser
Encore une fois, rédiger un texte académique implique également un certain formatage . Cela implique des règles de style pour la mise en forme générale, mais aussi pour la rédaction des paragraphes. Il y a un peu plus de liberté ici, mais je suggère quelques conseils.
- **:warning: entre 10000 signes et 15 000 signes (espaces comprises):** Pour faciliter la vérification, bien inclure le nombre de caractères dans la copie.
- Formatage du texte : Times New Roman, 12 pt, interligne 2, marges normales.
- Mise en forme des citations : Times New Roman, 10 pt, interligne 1, indentation +1 cm.
- Mettre un espace de 6 points entre deux paragraphes.
- Pensez à justifier les paragraphes.
- Si le passage de texte que vous citez fait plus de deux phrases, vous devez le mettre dans un paragraphe séparé. Sinon, vous pouvez décider de le conserver dans le corps du texte.
- Mettez des titres de parties (Introduction, Partie 1, Partie 2, Partie 3, Ccl, Annexes), et éventuellement des titres de sous-parties que vous hiérarchisez avec votre traitement de texte. Cela permet d'aller beaucoup plus vite dans la mise en place des rubriques, mais aussi de la table des matières finale -générée automatiquement. Numérotez également les titres automatiquement.
### Comment remarquer les erreurs habituelles
(p. 284 et 285 de Beaud et Weber pour plus d'informations)
| Problèmes | Solutions |
| ---| ---|
| 🗒️ **Le syndrome de l'énumération** : nous listons les données que nous avons reçues, sans les relier entre elles, sans les rattacher à un thème central et à une problématique. Il n'y a pas de remise en cause des données. | - Revenez à votre problème et assurez-vous que chaque partie du plan apporte une réponse. Si nécessaire, reformulez-le. <br>-Reprenez vos entretiens, relisez-les et essayez de trouver de nouveaux éléments importants qui correspondent. Regardez ce qui convient, ce qui diffère, ce qui surprend. |
| 🖋️ **La tentation littéraire** : le texte prend une tournure stylistique et fictionnelle, mêlant l'interprétation à des suppositions, des projections, des détails rhétoriques qui ne contribuent pas à la démonstration, des références à d'autres éléments de fiction. | -Lire à voix haute.<br> -Faites des brouillons avec des plans puis des phrases courtes : il faut aller à l'essentiel.<br> -Colorie ou titre chaque paragraphe dans ta tête, pour te dire qu'un paragraphe = une idée. |
| 👨🏫 **Débat théorique** : ne s'appuie pas assez sur ses données et trop sur des extraits d'articles. Qui ne commente pas non plus ses extraits d'entretiens et applique des théories ou des propositions qui ne rendent pas vraiment compte de ce que montrent les extraits. | - Écrivez comme si vous deviez expliquer ces concepts et ces idées à votre grand-mère.<br> - Chassez les néologismes et les concepts vides.<br> - Essayez de répéter dans vos propres mots, oralement, l'idée derrière un concept particulier. |
| 📷 **Exposé factuel** : il s'agit de donner suite aux extraits d'entretiens, souvent en les paraphrasant dans le commentaire, sans proposer d'interprétation ou d'analyse. La plupart du temps, cela va de pair avec la non-citation d'ouvrages ou de sources en sciences sociales autres que les entretiens réalisés. | - Relisez quelques textes de sociologues, d'historiens et vos cours pour trouver des approches qui vous correspondent.<br> -Reprenez les variable et essayez d'insister sur ce qui les relie.<br> -Essayez de ne pas répéter en d'autres termes ce que disent déjà les sondages : demandez-vous toujours ce qu'apporte votre commentaire. |
| 🎯 **À charge**: cela signifie faire une critique politique ou sociale avant même que les entretiens aient été analysés et interprétés, voire porter un jugement de valeur sur les propos des interviewés. La plupart du temps, cela s'accompagne aussi d'une sélection uniforme d'extraits qui ne vont que dans le sens de ce que l'on veut dire. | - Assurez-vous de lire les textes les uns des autres pour éviter les préjugés personnels ou les jugements de valeur.<br> -Séparer les extraits contradictoires pour approfondir l'analyse et aller plus en détail.<br> -Se référer aux auteurs sociologiques qui ont fait cette critique, voire aux acteurs, plutôt que de le faire soi-même.<br> -Gardez la critique pour la conclusion. |
# 29 mars : Conseils pour la reprise de la problématique et du plan
Vous avez maintenant réuni des données, construit votre comparaison, et dégagé des pistes intéressantes quant aux causes et conséquences des variations que vous avez choisi d'observer. Il s'agit désormais de passer à la présentation de vos résultats et à la rédaction de la note de recherche. Nous avons déjà parlé des techniques d'écriture que cela implique.
Mais il ne s'agit pas simplement d'un simple moment de compte rendu, puisque cette étape va être décisive pour la mise en forme de votre réflexion et de votre analyse. Deux étapes vont continuer à modeler votre note de recherche : la mise en place d'une problématique définitive, et l'organisation d'un plan.
### a. Une bonne question ...
Mettre en place une problématique définitive revient à reprendre la question de recherche que vous aviez établie au début de votre enquête. Peut-être est-elle toujours conforme aux données que vous avez réunies et à vos lectures. Mais il y a de fortes chances qu'elle ne soit plus vraiment pertinente par rapport aux informations que vous avez collectées, et aux indicateurs/contextes/concepts que vous avez suggérés pour pouvoir les interpréter. Vous devrez donc peut-être la reformuler, ou en trouver une autre plus adaptée aux nouvelles questions que vous vous posez sur votre sujet d'investigation à partir des données.
À titre d'illustration, voici quelques exemples de questions qui pourraient convenir à un travail de recherche comparatif :
- Les États fédéraux sont-ils mieux à même de faire face aux aspirations sécessionnistes du nationalisme périphérique ?
- Les démocraties sont-elles mieux équipées pour pacifier rapidement le terrorisme local ?
Comme vous pouvez le constater, la plupart de ces questions sont fondamentalement comparative, puisqu'elles :
1. s'interrogent sur la variation d'un phénomène d'une société politique à l'autre - "plus" ou "moins" -, et
2. émettent des hypothèses quant à la variable décisive dans l'explication de ces variations.
Ce sont des questions de recherches efficaces, car elles sont particulièrement claires sur ces deux points.
Il est aussi possible, bien sur, de passer par une question non comparative. Il est crucial que vous formuliez une question de recherche précise à laquelle on puisse répondre empiriquement. Une question non empirique est une question qui est principalement une question de théorie politique et ne nécessite pas l'accumulation et l'interprétation de preuves empiriques. Vous devez éviter cette approche. Posez-vous des questions qui nécessitent une étude concrète dans laquelle vous engagez **des statistiques, des bases de données, des index, des analyses d'images ou de discours**.
Une fois que vous avez établi une question de recherche qui respectent ces différents points, il est possible d'aller plus loin en réussissant à présenter cette question sous la forme d'un véritable problème énigmatique qui suscitent l'intérêt des lecteur·rice·s. Présenter une énigme cohérente permet de convaincre que la question que vous posez est pertinente pour la littérature, et que seule l'enquête empirique que vous avez proposée est à même d'apporter des éléments de réponse.
Ainsi, selon Cyril Lemieux, les sociologues et les chercheur·e·s qui parviennent à présenter le monde social en révélant une énigme à résoudre suivent généralement les mêmes étapes (voir *Problématiser*, p.30) :
1. **Sélectionner une croyance partagée ou un constat reconnu sur l'objet que l'on a l'intention d'étudier**
2. **Établir une série d'inférences logiques et d'énoncés prédictifs à partir de ce constat**
3. **Présenter quelques éléments empiriques qui semblent contredire ces inférences et énoncés prédictifs**
4. **Se demander comment, si ces croyances ou constats sont vrais, ces éléments empiriques peuvent exister**
Suivre ces quatre étapes permet de transformer une bonne question de recherche en une énigme convaincante. Elle permet également de s'assurer que vous savez précisément sur quoi vous allez enquêter, car être non-exhaustif est le meilleur moyen d'assurer la scientificité et la faisabilité de votre recherche.
Par exemple, voici la façon dont Durkheim et Weber semblent correspondre à ce protocole, dans leurs travaux sur le Suicide et le Capitalisme :
>>Durkheim et *Le Suicide*
1. On nous dit que le suicide est un acte personnel, "un acte de l'individu qui n'affecte que l'individu", que les raisons de se suicider sont toujours éminemment personnelles, étant liées au "tempérament du suicidé, à son caractère, à ses antécédents, aux événements de son histoire privée", et qu'elles ressortissent donc "à la seule psychologie"; que le suicide a par conséquent toujours quelque chose d'imprévisible et d'inexplicable.
2. Il faudra donc s'attendre à ce que le taux de suicide national varie aléatoirement d'une année sur l'autre.
3. On constate au contraire une très grande stabilité du taux de suicide national. Par exemple, en France, en 1856, 11,6 habitants sur 100 000 se sont suicidés; en 1857, ils étaient 10,9; en 1858, 10,7 ; en 1859, 11,1; en 1860, 11,9; et ainsi de suite.
4. Une telle régularité n'est-elle pas étrange ? Si le suicide, au plan personnel, est un acte imprévisible, comment se peut-il que le taux de suicide s'avère à ce point prévisible ?
>>Weber et *Le Capitalisme*
1. Dans quasiment toutes les sociétés humaines observables depuis l'aube de l'humanité, lorsque les individus obtiennent un surplus de nourriture ou de bien, soit ils le consomment (par exemple, à travers l'organisation de fêtes), soit ils l'épargnent en prévision des jours mauvais.
2. On peut en déduire que ce comportement économique est le comportement "normal" chez les êtres humains.
3. Cependant, en Occident, depuis le XVIIe siècle, il se trouve des individus, les entrepreneurs capitalistes bourgeois, qui se comporte différèmenet. Ils tentent d'organiser rationnellement le travail au sein des entreprises qu'ils dirigent, en vue d'obtenir le maximum de surplus. Lorsque, par ce moyen, ils obtiennent le surplus escompté, ils se refusent cependant à le consommer, faisant preuve plutôt d'ascétisme, mais ils ne l'épargnent pas non plus : ils le réinvestissent dans la machine économique, en même temps qu'ils organisent toujours plus rationnellement le travail au sein de leurs entreprises, afin d'obtenir encore davantage de surplus. Lorsque, par ce moyen, ils obtiennent de nouveaux surplus, ils ne le consomment pas, ni ne les épargnent : ils les réinvestissent une nouvelle fois dans la machine économique, tout en réorganisant plus rationnellement encore le travail, dans l'espoir d'obtenir plus de surplus encore. Et ainsi de suite, de façon infinie.
4. Un tel comportement n'est-il pas surprenant ? N'a-t-il pas quelque chose d'aberrant ou d'irrationnel au regard des comportements économiques observables dans les autres sociétés ? Ne relève-t-il pas d'une "disposition d'esprit" qui aurait pu être jugée scandaleuse et être "proscrite tant dans l'Antiquité qu'au Moyen Âge"? Si consommer et épargner les surplus, et ne pas travailler davantage que nécessaire sont les attitudes économiques "normales" au sein de l'humanité, comment se fait-il que le capitalisme moderne, fondé sur la "mise en valeur rationnelle du capital dans le cadre de l'*entreprise* et l'organisation rationnelle capitaliste du *travail*", soit devenu la norme dans nos sociétés?
### b. ... pour un bon plan
Avoir mis en place cette question de recherche ou cette énigme vous permet ensuite de mettre en place un plan efficace.
**Une introduction à votre note**
**La conclusion de votre note**
**Le contenu de votre note**
Le plan de votre argumentation doit être explicité. Veillez à bien utiliser des titres pour spécifier les parties de votre argumentation. Mieux encore, les titres doivent contenir et résumer l'argument avancé dans chaque sous-partie.
En fonction de la façon dont vous avez présenté votre introduction, vous avez deux possibilités dans l'ensemble :
1. Présenter la note à l'anglo-saxonne, avec une grande partie "Results" et une partie "Analysis". Cela repose sur l'idée que la partie *Results* est un compte-rendu descriptif des éléments que vous avez réunis, qu'ils soient qualitatifs et quantitatifs, et que la partie *Analysis* propose une interprétation des données que vous venez de présenter aux lecteur·rice·s.
2. Présenter les résultats et l'analyse d'un même trait, en présentant cela sous la forme de trois ou quatre parties logiques liées par la progression de votre argument, ou l'étude des différentes variables que vous avez sélectionnées.
Quelle que soit la structure que vous choisissez, le contenu de votre note doit être proprement comparatif. Cela veut dire que vous ne pouvez pas construire le plan autour d'une grande partie dédiée à un pays, puis une grande partie dédiée à un autre pays. De la même manière, si votre plan est construit autour de l'analyse de trois variables, vous ne pouvez pas avoir une sous-partie dédiée à un pays puis une autre sous-partie dédiée à un autre pays. Cela ne soutient pas une comparaison, mais plutôt une analyse parallèle. Vous devez *a minima* disposer d'une troisième sous-partie qui offre une analyse comparative des éléments que vous avez réunis. Le mieux est d'intégrer de façon cohérente la présentation des deux pays dans l'écriture d'une seule et même sous-partie.
L'organisation de vos parties peut donc suivre, pour exemple, une des structures suivantes. Tout dépend de votre question de recherche :
- *Une approche hypothético-déductive* : vous commencez par exposer les théories que vous souhaitez testez, puis vous justifier les cas que vous choisis à partir de là. Vous présentez ensuite les hypothèses que vous proposez pour réaliser ces tests. Vous testez enfin chacune de ces hypothèses en comparant les différents cas. Chacune de ces étapes donne lieu à une sous-partie.
- *Une approche inductive* : vous commencez par présenter les cas que vous avez choisis en détail, en explicitant leurs particularités. Vous proposez ensuite des hypothèses qui proviennent de cette présentation - similitudes ? différences ? corrélations?. Vous réunissez ensuite ces corrélations afin de voir si vous pouvez faire émerger un lien causal solide. Enfin, vous essayez de tester ces corrélations afin de voir si d'autres facteurs et si d'autres variables ne pourraient pas être à l'origine des variations que vous avez observé. Chacune de ces étapes donne lieu à une sous-partie.
- *Une approche historique* : vous établissez l'un des plans précédents en construisant la note autour de différentes périodes historiques afin de décrire et d'analyser une dynamique sociopolitique dans le temps long.
- *Une approche par variables* : après avoir présenté les cas et vos hypothèses, vous dédiez chaque sous-partie à une variable précise afin de la tester pleinement. Par exemple " Plus ou moins de guerres civiles ? = Instabilité étatique > Régime politique > Facteur géographique > Religion"
- *Une approche analytique*: après avoir proposé des cas et une hypothèse, vous construisez des sous-parties suivant une approche plus classique en termes de "Thèse > Anti-Thèse > Synthèse". Cela est particulièrement adapté aux cas ou vous souhaitez tester une relation causale en particulier.
# 05 avril : lire et mettre en place L'État de l'art, lire des statistiques
## Lecture et état de l'art
Vient ensuite la recherche documentaire. Cela revient à rechercher une production scientifique qui aborde votre sujet de recherche et devrait vous aider à mieux appréhender la littérature sur le sujet.
Etant donné que nous vivons dans un monde où l'information est devenue abondante, la recherche documentaire demande une certaine organisation afin de trouver des sources et des documents qui se rapportent précisément à votre sujet, mais qui soient aussi de sources pertinentes et vérifiées. Il existe quatre grands axes de recherche documentaire :
- Revues Scientifiques
- Bibliothèques en ligne /hors ligne
- Moteurs de recherche
- Archives publiques et rapports
### Informations de base sur la recherche
- Exprimez le sujet que vous recherchez en quelques mots courts
- Gardez les mots clés les plus pertinents
- Essayez de trouver des synonymes et toutes les formulations différentes si la formulation centrale ne réussit pas
- Essayez vos recherches en anglais et en français -et en espagnol, etc.
- Suivez la liste des Tags disponibles sur un article qui vous intéresse
- Sachez quand *restreindre*ou *élargir*votre recherche
- Soyez précis en utilisant «» ou «» pour rechercher la phrase exacte
- Soyez précis en utilisant
- OU /OU /|
- ET /ET /+
- SAUF /SAUF /-
### Revues Scientifiques
- Cairn
- Persée
- JSTOR
- Érudit
- Taylor et François
- Macmillan
- Proquest
### Bibliothèques en ligne /hors ligne
En plus de votre bibliothèque, vous trouverez un certain nombre de librairies, ou infos relatives aux librairies, en ligne :
- Sudoc
- Worldcat
- Édition ouverte
- Gallica
### Moteurs de recherche
- Google Scholar
- Livres Google
- HAL
- Portail de recherche
- Milieu universitaire
- Isidor
- Libgen SciHub
### Archives publiques et rapports
- INSEE
- OSE
- OCDE
- Données ouvertes de la Banque mondiale
- Eurostat
- Citypopulation.de
- Tout le site [gouv.fr](http://gouv.fr), comme Legifrance
- Archives Internet
### Lire et prendre des notes
Le type de lecture que vous devez faire à ce stade est différent de votre recherche initiale. Vous devez être précis en fonction de votre question de recherche, mais également en fonction des codes que vous avez trouvés et des éléments les plus importants que vous souhaitez utiliser dans vos rapports. Par conséquent, vous serez plus sélectif et stratégique.
- Téléchargez les articles, renommez-les clairement et stockez-les de manière organisée -même dossier général et sous-dossiers basés sur des thèmes.
- Fiez-vous à la bibliographie des articles pour trouver d'autres articles et textes sur le même sujet.
- SÉLECTIONNEZ VOS DOCUMENTS : vous n'avez pas le temps de tous les lire.
- Si c'est intéressant, alors lisez le résumé.
- Si c'est intéressant et correspond à votre recherche, lisez l'intro et la conclusion.
- S'il contient plusieurs de vos mots clés, si le texte a été cité ailleurs plusieurs fois, ou si l'argument du résumé est lié à ce que vous voulez dire, alors lisez le texte en entier.
- PARCOUREZ VOS DOCUMENTS : vous n'avez pas le temps de tous les lire.
- Vérifiez le planning.
- Ne lisez pas chaque mot.
- Lisez les résumés, les titres et les sous-titres.
- Regardez des tableaux, des diagrammes, des illustrations, etc.
- Lire les premières phrases des paragraphes pour voir de quoi il s'agit.
- Si le matériel est utile ou intéressant, décidez si seulement certaines sections sont pertinentes ou si vous devez tout lire.
- Recherchez des "panneaux indicateurs" -des phrases ou des expressions pour indiquer la structure, par ex. "Il y a trois raisons principales, premièrement.. deuxièmement.. troisièmement.." ou pour souligner les idées principales, par ex. "Le plus important..." "Pour résumer...
- Si vous coloriez des éléments du texte -sur papier ou sur ordinateur -ne le faites que pour les éléments les plus importants + utilisez la même couleur que pour vos codes/thèmes.
- Ajouter des commentaires sur le côté.
- Mieux, reformulez l'argument de l'auteur dans vos propres mots sur votre liste de code ou dans un document stocké avec vos transcriptions.
- Sélectionnez les citations les plus importantes et stockez-les également, avec tous les détails prêts -auteurs, page, etc.
- Lorsque vous le faites, notez déjà à quels extraits d'interviews vous pensez en citant ce passage.
- A la fin de la lecture, notez quelque part -première page de l'article -l'élément le plus important que vous y avez trouvé, ou s'il n'y a rien d'intéressant, notez-le.
## Conseil pour la lecture des statistiques
Plutôt que de refaire certaines des explications à propos de l'utilisation des statistiques en politiques comparées, et de la lecture des tableaux de régressions, je vous renvoie vers de bonnes ressources à ce sujet :
Un bilan clair avec des exemples simples se trouve [ici](https://www.damienbol.eu/ewExternalFiles/ripc1.pdf). Un article qui reprend les grandes lignes de la régression, afin de vous expliquer le sens des graphiques et des tableaux qui apparaissent régulièrement dans les articles de sciences politiques. Il explique l'idée simple de la régression. Je vais tout de même en dire un mot
rapide.
Par exemple, si vous voulez établir s'il y a ou non une corrélation entre le nombre de sièges d'un parti au parlement, et le nombre de questions écrites qu'il pose par an, vous allez chercher tous les cas dans différents pays et récolter ces informations. Un parti a 30 sièges et pose 130 questions, un parti a 12 sièges et pose 59 questions, etc. Vous pouvez ensuite standardiser et faire un graphique que l'on nomme un "scatterplot" en statistique.
Vous pouvez avoir soit des résultats qui se présentent sous cette forme :

Soit des résultats qui se présentent sous cette forme :

Les deux séries sont très différentes. Dans la première, la ligne de tendance montre clairement qu'il n'y a pas de relation nette entre les deux variables. Dans la seconde, la ligne de tendance semble plutôt montrer qu'il y a une relation nette entre les deux variables.
De la même façon, les deux graphiques ne montrent pas le même indicateur de confiance dans les résultats - la zone en bleu ciel. Le premier indique un indicateur assez large, qui semble indiquer que l'on ne peut pas vraiment se baser sur ces données pour supposer ou dénier une relation causale. Dans le second cas, l'indicateur de confiance semble plutôt montrer qu'il y a assez peu d'erreur ou d'incertitude entre la ligne de tendance et les données réelles, ce qui rend le résultat plus solide.
Voici une série similaire à la seconde, mais avec une différence notable :

En regardant la répartition des résultats et en comparant la deuxième et la troisième série, on observe une ligne de tendance similaire. Cependant, la répartition des données diffère. Il semble y avoir beaucoup plus de variation dans le lien entre le nombre de sièges et le nombre de questions, ce qui semble vouloir dire que la relation n'est pas si prévisible que cela - comme en témoigne l'indicateur de confiance dans la prévision. Alors que l'on a une même ligne de tendance, les résultats n'ont donc pas la même solidité.
Il faut donc à chaque fois s'assurer de la solidité des liens avancés. Pour cela, on va devoir souligner à quel point la corrélation entre les deux variables est statistiquement significative.
À ce moment, on va calculer l'écart à la moyenne de chacun des points de
données, ou l'incertitude, et voir alors à quoi ressemble la distribution de la variance.

Vous comptabilisez ensuite tous les écarts et comptabilisez combien sont exactement sur la prédiction, combien sont à +1 ou -1, combien sont à +2 et -2, etc. Vous obtenez alors des graphiques de ce genre (Fig. 15). La répartition de la courbe rouge indique que la relation entre les variables est statistiquement significative - et collerait donc plutôt avec le graphique Fig 14 - , la courbe verte indique qu'elle ne l'est pas car la dispersion autour de la ligne de tendance est beaucoup plus grande - et irait donc plutôt avec le graphique Fig. 12.

C'est à partir de ce graphique là que les chercheurs calculent la **valeur p,** celle que vous voyez indiqué dans les tableaux de résultats pour vous dire si les variables sont très significativement corrélées (\*\*\*), significativement corrélées (\*\*), corrélées (\*), où insuffisamment liées pour montrer une corrélation significative. Cette valeur p correspond en fait à la surface de ce petit espace :

Plus la valeur p est basse, plus la
distribution de la variance est resserrée - courbe rouge dans la Fig. 4 -, plus cela permet d'infirmer **l'hypothèse nulle,** c'est-à-dire l'hypothèse selon laquelle il n'y a pas de lien particulier entre les variables testées, puisque les variables dépendantes mesurées ne varient pas différemment de tous les cas normaux observés. Plus la valeur p est grande, plus cela veut dire que l'espace dans la distribution sous la courbe est grand - courbe verte dans la Fig. 16 - et donc plus la distribution de la variance est éparse, ce qui veut dire qu'il y a peu de lien entre les deux variables.
Sur la lecture des tableaux de régressions, les résultats des graphiques que nous avons mentionnés plus haut sont régulièrement présentés de la
sorte :

On voit alors différentes choses ici :
- Le chiffre qui n'est pas entre parenthèses est le **coefficient de régression** : il nous dit de combien changera la variable dépendante pour un changement de variable indépendante. Par exemple, pour une unité d'âge - un an - la variable du vote est positivement corrélée à 0.016. Si le coefficient est négatif, alors quand la variable indépendante augmente, la variable dépendante diminue.
- Le chiffre entre parenthèses est l'**erreur type,** à savoir à quel point les chercherur·se·s estiment que cette estimation risque parfois d'être fausse, à quel point ils·elles sont confiants dans ce résultat.
- L'astérisque indique la **signification statistique** du coefficient, et donc le degré de corrélation entre les deux variables testées
>Sur ce point et sur cet exemple :
>
>[Reading a Regression Table: A Guide for Students](http://svmiller.com/blog/2014/08/reading-a-regression-table-a-guide-for-students/)
>
>[10 Things to Know About Reading a Regression Table](https://egap.org/resource/10-things-to-know-about-reading-a-regression-table/)
>Pour encore plus d'information, voir :
>
>[An introduction to regression analysis](<https://chicagounbound.uchicago.edu/cgi/viewcontent.cgi?article=1050&context=law_and_economics>)
>
>[StatPrimer Regression](<https://www.sjsu.edu/faculty/gerstman/StatPrimer/regression.pdf>)
>
>L'introduction à un guide plus complet et fourni, mais dans lequel vous trouverez un rappel des définitions des différents types de variables (p.11)
>
>[Guide Regression](<http://www.guide-regression.pol.ulaval.ca/sites/guide-regression.pol.ulaval.ca/themes/guideregression/Guide_Pratique.pdf>)