---
tags: Première, Liens, Sociaux, Sociologie, Société, 4
GA: UA-178530654-1
---
# Chapitre 4 : Comment se construisent et évoluent les liens sociaux ?
[ToC]
<style>
p {
text-align: justify;
}</style>
Consulter ce document en ligne : 
## :newspaper: 1. Introduction : Les PCS
Pour comprendre le lien social, il faut avant tout comprendre un outil qui nous sera très utile tout au long de l’année et que nous avons déjà rencontré dans le chapitre précédent : la nomenclature des Professions et Catégories Socioprofessionnelles.
Anciennement CSP (catégories socioprofessionnelles), la PCS est une nomenclature définie par l’INSEE permettant de classer les métiers selon des critères standards. Elle rend compte du statut du métier (salarié ou indépendant), du niveau hiérarchique et de la nature de l’employeur (public ou privé). Il y a 486 professions qui sont regroupées en 31 catégories socioprofessionnelles, elles-mêmes regroupées en 6 groupes socioprofessionnels.
---
#### Document 1 : Structure des PCS
| PCS | Statut | Secteur d’activité | Qualification |
| --- |:-----------:|:---------------------------------:|:------------------:|
| 1 | Indépendant | Primaire | Non pris en compte |
| 2 | | Secondaire | |
| 3 | Salarié | Tertiaire et secondaire | Elevé |
| 4 | | | Intermédiaire |
| 5 | | | Faible |
| 6 | | Primaire, secondaire et tertiaire | |
---
Les 6 groupes socioprofessionnels sont les suivants :
1. Agriculteurs exploitants
2. Artisans, commerçants et chefs d’entreprise
3. Cadres et professions intellectuelles supérieures
4. Professions Intermédiaires
5. Employés
6. Ouvriers
Ce faisant, la PCS permet d’aboutir à des groupes sociaux relativement homogènes car regroupant en moyenne des individus aux revenus proches. Cette nomenclature permet en quelque sorte de créer des classes sociales avec un critère objectif. Attention, les PCS n’ont pas pour objectif de créer des classes sociales, ce n’est ici juste une illustration pédagogique.
---
#### Document 2 : Répartition des personnes en emploi au sein des PCS
| PCS | Ensemble des personnes en emploi (%) | Ensemble des femmes en emploi (%) | Ensemble des hommes en emploi (%) |
| --- | :---: | :---: | :---: |
| 1. Agriculteurs exploitants | 1,6 | 0,9 | 2,3 |
| 2. Artisans, commerçants, chefs d’entreprise | 6,5 | 4,1 | 8,7 |
| 3. Cadres et professions intellectuelles supérieurs | 18,0 | 15,2 | 20,6 |
| 4. Professions intermédiaires | 25,7 | 28,0 | 23,5 |
| 5. Employés | 27,2 | 42,8 | 12,6 |
| 6. Ouvriers | 20,7 | 8,7 | 32 |
| 7. Non déterminé | 0,3 | 0,3 | 0,3 |
| **Ensemble** | **100,0** | **100,0** | **100,0** |
Insee, Enquete emploi, 2017
---
## :link: 2. Les liens sociaux
### A. Les formes du lien social
:::info
:blue_book: **Lien social :** Ce qui lie et rattache les individus entre-eux.
:::
:::info
:blue_book: **Groupe social :** Ensemble d''individus partageant des caractéristiques et/ou des buts communs, tissant des liens et ayant conscience d’appartenir à ce groupe.
:::
Les liens sociaux relient les individus au sein d’une multitude de groupes sociaux : la famille, les amis, le travail, associations, etc. Le groupe social étant l’ensemble des individus partageant des caractéristiques et/ou des buts communs, tissant des liens et ayant conscience d’appartenir à ce groupe. La famille est un groupe social puisqu’elle est un ensemble d’individus partageant un but commun et des caractéristiques communes (génétique et filiation) avec conscience d’appartenir à ce groupe, cette famille. Ces liens sociaux assurent la cohésion ou non de la société, plus ils sont forts plus il y aura de cohésion et inversement, moins ils sont fort moins la cohésion sera forte.
Pourtant il n’est pas aisé de mesurer cette cohésion sociale, plus précisément il est seulement possible de l’approximer. Par exemple, pour mesurer la force de la famille on peut étudier le nombre de mariages et de divorces, la taille des familles, etc.
Le lien social s’exprime à travers la solidarité, c’est à dire faire “cause commune” et s’entraider dans un but ou pour un sentiment d’appartenance. La famille est solidaire puisque ses membres reçoivent du soutien moral, financier et matériel. Par exemple, un enfant qui part faire ses études à l’université va recevoir de l’aide financière de ses parents mais aussi un soutien moral important dans les premiers temps de cette nouvelle vie éloignée du foyer familial.
L’identité sociale de l’individu est déterminée par ces liens sociaux, puisqu’il agit dans cet environnement qui le forment et le socialisent. Le lien social permet aussi l’intégration sociale. Cette dernière peut reposer sur quatre grands types de lien :
* Le lien familial est un lien de parenté et d’alliance : les individus sont liés à leurs parents, leur conjoint, leurs enfants, leurs cousins, etc. ;
* Les relations choisies avec les amis, les groupes de pairs, les voisins, les membres d’institutions religieuses, sportives, culturelles, etc. Ces relations sont choisies et on parle parfois de lien de « participation élective » ;
* Ce qui relie l’individu à la société, c’est aussi sa participation à la production, qui forme le lien de « participation organique » ;
* Le lien de citoyenneté correspond au fait que l’individu appartient à une communauté politique.
---
#### Document 3 : Tableau des liens sociaux
| Types de lien | Formes de protection | Formes de reconnaissance |
| :--- | :---: | :---: |
| Lien de filiation | Compter sur la solidarité intergénérationnelle<br><br>Protection rapprochée | Compter pour ses parents et pour ses enfants<br><br>Reconnaissance affective |
| Lien de participation élective (être choisi par des tiers) | Compter sur la solidarité de l’entre-soi électif<br><br>Protection rapprochée | Compter pour l’entre-soi électif<br><br>Reconnaissance affective ou par similitude |
| Lien de participation organique | Emploi stable<br><br>Protection contractualisée | Reconnaissance par le travail et l’estime sociale qui en découle |
| Lien de citoyenneté | Protection juridique (droits civils, politiques et sociaux) au titre du principe d’égalité | Reconnaissance de l’individu souverain |
Source : Le lien social, S. Paugam
---
##### Exercice : Expliquer pourquoi le travail est un groupe social qui crée du lien social.
---
### B. Individualisme et solidarité
#### i. L’individualisme
:::info
:blue_book: **Individualisme :** Idéologie selon laquelle les valeurs et les trajectoires individuelles priment sur celle de la société. On centre le droit sur l''individu et non sur la société.
:::
Aujourd’hui se pose la question du lien social et des formes de solidarité. L’individualisme (qui donne une autonomie à l’individu par rapport au groupe, à ne pas confondre avec l''égoïsme) est un fondement de nos sociétés modernes. La consommation est individualisée, les pratiques sociales et modes de vie sont très variés. Avec l’entrée des femmes sur le marché du travail, les rapports de dépendance financière se réduisent. Par ailleurs, l’âge du premier mariage recul de plus en plus. Tous ces éléments marquent une vraie autonomie de l’individu par rapport à la société, quand bien même des liens sociaux existent. Comment la solidarité peut-elle alors exister ?
On distingue deux grands types de solidarités, théorisées par le sociologue [E. Durkheim](https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Durkheim) (1858-1917) :
* La solidarité *mécanique*
* La solidarité *organique*
Ces deux formes de solidarité permettent d’expliquer ce qui lie les individus dans la société, à deux niveau différent. Cette distinction vient de l’étude du droit des société qui tend à faire sortir deux types de lien.
Le point essentiel de cette analyse repose sur le concept de division du travail social, c’est-à-dire sur la division des tâches dans la société.
#### ii. Solidarité mécanique : la similarité
Dans les sociétés traditionnelles, selon E. Durkheim, la division du travail sociale est très peu poussée. Autrement dit, la grande majorité des individus ont les mêmes activitées, principalement agricoles. La solidarité dans les sociétés traditionnelles vient alors de la similarité des individus : ils se ressemblent. Ils partagent les mêmes normes et valeurs, ont des pratiques culturelles identiques, un mode de vie presque unique. Cela provient d’une socialisation très forte et peu différenciée.
Les individus ont donc une conscience collective, ils font partie d’un ensemble, d’un corps social dont ils se revendiquent membre. Cela inclut des croyances dont ils ne peuvent se soustraire sans risquer de fortes sanctions. Cette solidarité est dûe à la similarité des individus entre-eux.
A cela s''ajoute une répression forte des comportements déviants, c''est à dire, ceux qui ne sont pas communement admis comme *normaux*.
#### iii. Solidarité organique : l’interdépendance
La solidarité organique repose sur l’observation des sociétés modernes, c’est-à-dire industrialisées et capitalistes. Le division du travail sociale est forte, les individus sont très différenciés et pratiques des activités différentes mais aussi complémentaires. La conscience collective est allégée au profit d’une conscience individuelle : les normes et valeurs sont de plus en plus propres à l’individu, la culture n’est plus identique, les modes de vie sont variés, etc.
La division du travail produit deux effets, premièrement un gain d’autonomie par rapport à la société, qu’il n’y avait pas dans les sociétés traditionnelles. Dans un second temps, les individus se rendent compte de la nécessité de s’allier avec autrui pour survivre et faire société. En se spécialisant, ils ont besoin d’autrui puisqu’ils ne peuvent plus subvenir à tous leurs besoins. La division du travail devient facteur de lien social.
On parle de solidarité organique puisqu’elle places les individus comme organe d’un corps social, chacun apportant son individualité au bon fonctionnement de l’ensemble tout en étant interdépendants les uns des autres.
#### iv. La coexistence des deux formes de solidarité
Aujourd’hui, la société française est une société capitaliste avec une forte division du travail social. Une grande partie de la solidarité est dûe au travail qui unit les individus par la complémentarité et l’interdépendance. L’ingénieur a besoin d’ouvriers qui ont besoin d’autres ouvriers qui fabriquent les machines sur lesquelles ils travaillent mais aussi de mineurs qui prélèvent les minerais de fer, etc. Pourtant, la solidarité mécanique est encore présente. Même si le fait religieux est relativement minoritaire, il continu d’unir les individus autour de croyances communes qui organisent la vie, même au niveau sociétal (ex : les jours fériés). Les partis politiques relèvent eux aussi de la solidarité organique, regroupant des individus aux mêmes croyances et objectifs. Enfin, le travail est aussi source de solidarité mécanique, un corps de métier partage une conscience collective forte. C’est le cas de la classe ouvrière pendant une grande partie du XIXème et XXème siècle.
:::success
:bulb:En somme, aussi paradoxal que cela peut l’être au premier abord, la différence est un vecteur de solidarité.
:::
## :computer: 3. Les sociabilités numériques
Depuis une quinzaine d’années, la révolution des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) a considérablement augmenté le volume de flux électronique. Ces outils permettent des discussions instantanées à moindre coût, là om quelques années plus tôt il n’y avait pas d’autre solution que de payer cher ou d’être face à un temps d’attente élevé. L’augmentation des communications pose des questions sur le lien social qui se crée ou s’accentue. Quel est l’impact de ces sociabilités numériques sur le lien social ?
### A. Maintien et création de lien social
---
#### Document 4 : Canaux de communication suivant la génération, en %
| | 15-20 ans | 21-35 ans | 36-55 ans | 56-70 ans | 71 et plus |
| --- | :---: | :---: | :---: | :---: | :---: |
| SMS | 84 | 87 | 86 | 80 | 76 |
| Réseaux sociaux | 81 | 69 | 50 | 38 | 23 |
| Téléphone | 81 | 86 | 89 | 89 | 92 |
| Applications de messagerie | 80 | 77 | 49 | 42 | 34 |
| Courriel | 72 | 81 | 86 | 90 | 90 |
| Courrier postal | 52 | 52 | 63 | 63 | 72 |
Harris Interactive. « Social Life 2017 - Baromètre des usages des réseaux sociaux ». [https://harris-interactive.fr/newsfeeds/social-life-2017-barometre-annuel-des-usages-des-reseaux-sociaux-en-france/](https://harris-interactive.fr/newsfeeds/social-life-2017-barometre-annuel-des-usages-des-reseaux-sociaux-en-france/).
---
#### i. Le maintien du lien social
Les NTIC sont dans un premier temps un facteur de maintien des relations sociales déjà existantes. En utilisant des applications de messagerie instantanée, les individus communiquent entre-eux à une fréquence plus forte qu’auparavant. Les communications amicales et familiales sont accrues grâce au potentiel des NTIC.
#### ii. La création du lien social
Les réseaux sociaux permettent aussi de créer du lien social. Avec l''avènement des réseaux sociaux professionnels tels que LinkedIn ou Viadeo, les individus sont capables de trouver un emploi et donc de s’intégrer (solidarité organique).
Des amitiés peuvent aussi naître en rencontrant sur les réseaux sociaux de nouvelles personnes avec qui nous avons des affinités (comme par exemple sur des forums spécialisés ou des groupes facebook). Cette sociabilité peut aller jusqu’à la rencontre de partenaire amoureux via les applications de rencontre.
### B. L’ambivalence des sociabilités numériques
---
#### Document 5 : Sociabilité numériques et lien social fragile
>[color=red]De nombreuses plates-formes internet organisent désormais des rendez‑vous en face‑à‑face entre inconnus : sites de rencontres amoureuses comme Meetic, de réseautage amical et professionnel comme Meetup, de partage de repas chez l’habitant comme Cookening, etc. \[…\] BlaBlaCar (BBC), est un célèbre site de covoiturage qui organise le partage de trajets en voiture entre particuliers. \[…\] \[Sur\] la rubrique « Témoignage » du site BlablaCar, la première expérience affichée est emblématique de cette promesse de construction de liens forts. Alain, cinquante-quatre ans, écrit : « Jean‑Christophe est devenu en quelque sorte le fils que je n’ai pas eu et avec qui, aujourd’hui, je partage énormément de belles choses. » \[…\] Il est rare que les rencontres entre « covoitureurs » se prolongent au‑delà d’un échange par mail ou sur Facebook \[…\] Faire la conversation « avec des gens qu’on n’aurait jamais rencontrés autrement » initie des rencontres improbables. \[…\] Sur BBC, Rodrigues, banquier de cinquante-et-un ans habitant les beaux quartiers parisiens, s’étonne de discuter avec « la France profonde » qu’il n’a pas l’habitude de fréquenter et même d’en admirer certains membres ; Tristan (vingt-sept ans, développeur Web) « a réellement échangé » avec des Musulmans et « appris des choses avec ces gens‑là » ; Laurent, étudiant de vingt-et-un ans est « agréablement surpris » par sa discussion avec les « plus âgés ».
Anne-Sylvie Pharabod, « Fréquenter des inconnus grâce à Internet. Une sociabilité personnelle sans les liens ? », Sociologie, 2017.
---
Les sociabilités créées par le numérique ne sont pourtant pas des sociabilités au lien fort. Les liens existent mais ne sont pas obligatoirement répétés dans le temps, ils peuvent être le fait d’un seul échange.
Contre la prénotion que les sociabilités numériques ne créent pas de lien social, ces documents nous apprennent qu’elles en créent bien ou l’entretienne mais la nature des liens qui en résulte (fort ou faible) n’est pas homogène.
## :broken_heart: 4. La fragilisation du lien social
Malgré tout ce que nous avons pu voir, le lien social peut se fragiliser voire se rompre. Nous allons chercher à comprendre par quels mécanismes les liens se fragilisent.
### A. La précarité
Avant d''entrer dans le sujet, il convient de définir une notion importante, celle de précarité.
##### :question:Qu’est-ce que la précarité ?
:::info
:blue_book: **Précarité :** Situation de fragilité par rapport à l’emploi, la situation familiale ou bien encore au logement.
:::
Pourtant, cette définition ne rend pas compte de l’idée complète que sous entend la précarité. Est précaire ou en situation de précarité, toute personne face à l’incertitude d’un risque social, dans le temps. Plus l’individu est incertain, fragile, par rapport à un risque social, plus on considère qu’il est précaire.
Il n’existe pas de mesure de la précarité, on ne peut qu’en faire une approximation à travers d’autres indicateurs : avoir un emploi, avoir une famille qui peut nous soutenir, avoir un logement stable, etc.
Par exemple, être dans un emploi de type CDD (Contrat à durée déterminée) ou intérim s’apparente à de la précarité, l’emploi n’est pas garanti dans le temps, contrairement à l’emploi en CDI (Contrat à durée indéterminée). Le risque social associé ici est le chômage. Pour ce cas, le sociologue [R. Castel](https://fr.wikipedia.org/wiki/Robert_Castel_(sociologue)) dénomme les travailleurs précaires “le précariat”.
:::success
:bulb: *La précarité est une notion cumulative, l’une entraîne l’autre.*
:::
### B. Une défaillance des institutions
:::info
:blue_book: **Contrat à durée indeterminée (CDI) :** Le contrat à durée indéterminée (ou CDI) est la forme normale du contrat de travail, passé entre l''employeur et le salarié, sans limitation de durée. L''employeur doit donc recourir à ce type de contrat, sauf s''il peut justifier d''une situation autorisant le recours à un autre type de contrat (CDD, contrat de mise à disposition dans le cadre de l''intérim). [...] l''employeur doit informer par écrit le salarié des éléments essentiels à la relation de travail : l''identité des deux parties, le lieu de travail, l''emploi occupé, la rémunération.
([INSEE](https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1416))
:::
:::info
:blue_book: **Contrat à durée determinée (CDD) :** Un contrat à durée déterminée (ou CDD) est un contrat de travail par lequel un employeur (société, entreprise...) recrute un salarié pour une durée limitée. Un tel contrat n''est possible que pour l''exécution d''une tâche précise et temporaire et seulement dans les cas énumérés par la loi. [...]
Il est établi obligatoirement par écrit et peut être « à terme précis » (le contrat fixe une date de fin et donc une durée) ou à terme imprécis dans certaines circonstances (par exemple, en cas de remplacement pour congé maladie ou maternité d''un employé), et doit prévoir dans ce cas une durée minimale. Il prend fin à la date fixée au départ ou, en l''absence de terme précis, lorsque se réalise l''objet pour lequel il a été conclu (retour du salarié remplacé...). La durée totale maximale du CDD à terme précis (renouvelé éventuellement une fois) est en règle générale de 18 mois (voire 24 mois dans certains cas) et elle varie selon la nature du recours. ([INSEE](https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c1067))
:::
L’origine des fragilisations du lien social proviennent d’une défaillance des institutions. Nous verrons deux principales institutions à l’oeuvre dans la rupture du lien social : Le travail et la famille.
#### :male-construction-worker: i. Le travail : une institution en crise et créatrice de rupture sociale
---
#### Document 6 : Précarisation de l’emploi
>[color=red]En 2017, en France métropolitaine, le taux de chômage au sens du BIT^1^ atteint 9,2 % des actifs de 15 à 64 ans (moyenne annuelle). \[…\] En 2016/2017, près d’un participant au marché du travail sur trois (31,6 % ) est contraint au moins une fois sur une fenêtre d’un an : parmi eux, 11,0 % ne sont jamais en emploi, 13,2 % alternent emploi et non‑emploi contraint et 7,4 % sont toujours en emploi et au moins une fois en sous‑emploi^2^.
Source : Insee, Emploi, chômage, revenus du travail, 2018.
*1.Le BIT (Bureau international du travail) définit un chômeur comme une personne sans emploi, cherchant un emploi et disponible pour l’occuper.
2.Le sous-emploi est la situation d’une personne à temps partiel souhaitant travailler plus d’heures et étant disponible pour le faire.*
**Question :**
1. Pourquoi peut-on parler de précarisation de l’emploi ?
---
#### Document 7 : La précarisation des emplois
>[color=red]En France, 88 % des salariés (hors intérim) sont en contrat à durée indéterminée [(CDI)](https://travail-emploi.gouv.fr/droit-du-travail/contrats-et-carriere/contrats-de-travail/article/le-contrat-de-travail-a-duree-indeterminee-cdi) et 12 % en contrat à durée déterminée [(CDD)](https://travail-emploi.gouv.fr/droit-du-travail/contrats-et-carriere/contrats-de-travail/article/le-contrat-a-duree-determinee-cdd) en 2017. Cette part de CDD dans l’emploi salarié a augmenté fortement entre 1982 et 2002, puis plus modérément.
Au sein des flux d’embauches en CDD et CDI, la part des CDD a nettement progressé en vingt-cinq ans, notamment à partir des années 2000, passant de 76 % en 1993 à 87 % en 2017. Cette évolution structurelle dans les mouvements de main-d’œuvre s’accompagne d’une forte hausse des contrats de très courte durée ; en 2017, 30 % des CDD ne durent qu’une seule journée.
Le phénomène est particulièrement marqué dans certains secteurs d’activité, comme l’hébergement médicosocial, l’audiovisuel ou la restauration. Il est moins marqué dans l’industrie et la construction, où l’emploi temporaire passe avant tout par l’intérim.
En 2017, 40 % des salariés ont un contrat de moins d’un mois au cours d’un trimestre donné, sans avoir ce trimestre-là ni CDI ni CDD plus long et signent en moyenne 3,5 CDD de moins d’un mois dans le trimestre.
En matière de rupture de contrats, les pratiques ont évolué suite, notamment, à l’instauration des ruptures conventionnelles en 2008. Ces dernières se seraient substituées principalement aux démissions et également en partie aux licenciements économiques. Ceux-ci voient donc leur baisse tendancielle accentuée par cette nouvelle forme de rupture.
Source : [DARES](https://dares.travail-emploi.gouv.fr/dares-etudes-et-statistiques/etudes-et-syntheses/dares-analyses-dares-indicateurs-dares-resultats/article/cdd-cdi-comment-evoluent-les-embauches-et-les-ruptures-depuis-25-ans)
---
Avec la montée croissant et conjuguée du taux de chômage et de la précarité de l’emploi en France, l’institution du travail est fragilisée. Or, nous l’avons précédemment vu dans le [chapitre 3](https://sespad.herokuapp.com/s/RO0Zpo8Tm) sur la socialisation, le travail est une instance de socialisation très importante pour les adultes. La socialisation induit aussi des relations sociales, d’où la création du lien social.
Dès lors que l’emploi est menacé, alors les liens sociaux engendrés par celui-ci sont menacés. La population touchée par cette rupture du lien social lié au travail sont les chômeurs, c’est-à-dire les individus qui n’ont pas d’emploi alors qu’ils en recherchent un.
Plus généralement, le phénomène d’individualisation de la société a fortement réduit l’importance des syndicats et des consciences collectives autour d’une profession. C’est une perte de liens sociaux qui pouvaient exister auparavant. et qui tendent à créer des ruptures sociales.
A cela s’ajoute une précarisation des emplois avec une augmentation de la part des CDD dans l’emploi en France, mais aussi avec une durée moyenne des CDD qui est très basse.
#### ii. La famille, autre institution en crise et facteur de rupture sociale
La famille est la seconde grande institution en crise, suivant aussi le mouvement d’individualisme dans la société. Deux phénomènes se croisent : la baisse du taux de nuptialité mêlé à une stagnation des divorces.
:::info
:blue_book: **Nuptialité :** Nombre relatif de mariages dans une population. On parle de *taux de nuptialité*
:::
:::success
:bulb:
$$
\text{Taux de nuptialité} = \frac{\text{Nombre de mariages civils dans l''année}}{\text{Population moyenne dans l''année}}
$$
:::
---
#### Document 8 : Mariage et nuptialité en France
| | Mariages | Taux de nuptialité | Âge moyen au premier mariage en années | |
| --- | :---: | :---: | :---: |:---: |
| |en milliers | pour 1 000 hab. | Hommes | Femmes | | |
| **France métropolitaine** | | | | | | |
| 1970 | 393,7 | 7,8 | 24,7 | 22,6 | | |
| 1980 | 334,4 | 6,2 | 25,1 | 23 | | |
| 1990 | 287,1 | 5,1 | 27,6 | 25,6 | | |
| 2000 | 297,9 | 5 | 30,2 | 28 | | |
| 2010 | 245,3 | 3,9 | 31,8 | 30 | | |
| 2014 ( p) | 235,3 | 3,7 | 32,6 | 30,9 | | |
| 2015 ( p) | 230,4 | 3,6 | 32,7 | 31 | | |
| 2016 ( p) | 230 | 3,6 | nd | nd | | |
| **France** | | | | | | |
| 2000 | 305,2 | 5 | 30,2 | 28,1
| 2010 | 251,7 | 3,9 | 31,8 | 30
| 2014 ( p) | 241,3 | 3,6 | 32,6 | 30,9
| 2015 ( p) | 236,3 | 3,5 | 32,7 | 31
| 2016 ( p) | 235 | 3,5 | nd | nd
*nd : donnée non disponible.*
*(p\) : données provisoires.*
*1\. Âge moyen calculé pour une génération fictive d''hommes et de femmes qui auraient à tout âge les taux de primo-nuptialité calculés l''année considérée.*
Lecture : en 2015, 80,9 % des épouses se mariaient pour la première fois.
Champ : France y c. Mayotte à partir de 2014.
Source : Insee, estimations de population et statistiques de l''état civil.
---
#### Document 9 : Divorces et divortialité
| | Année du jugement | | | | | |
| --- | :---: | :---: | :---: | :---: | :---: | :---: |
|| **2000** | **2005** | **2010** | **2013** | **2014** | **2015** |
| **Nombre de divorces** | 116,7 | 155,3 | 133,9 | 124,9 | 123,5 | 123,7 |
| **Taux brut de divorces pour 1 000 habitants** | 1,92 | 2,47 | 2,07 | 1,9 | ( p) 1,86 | ( p) 1,86 |
*p : donnée provisoire.*
Champ : France hors Mayotte jusqu''en 2013 et y c. Mayotte à partir de 2014.
Sources : Insee ; ministère de la Justice - SDSE.
---
**Question :** Étudier les documents et conclure en réalisant des lectures de chiffres pertinentes et en utilisant les indicateurs adéquats. (20-30 lignes environ).
### C. Le processus de disqualification et de désaffiliation sociale dans la rupture.
#### i. Disqualification sociale, S. Paugam
#### ii. Désaffiliation sociale, R. Castel