# POURQUOI UNE MAUVAISE RÉPUTATION ?
Avant toute chose il est important de savoir de quoi il s’agit lorsqu’on use du terme « sensible ». Cette notion est si vaste qu’il faut obligatoirement investir un angle afin de ne pas se perdre. Parle-t-on de sensible au niveau de l’accessibilité ? De l’attractivité ? De l’éducation ? De la population ? De l’aménagement ? De la sécurité ? De la santé ?
D’après le dictionnaire, plusieurs définitions sont données au terme « sensible », celle qui est le plus adaptée à notre sujet actuel est la suivante :
> [*« Que l'on doit traiter avec une attention, une vigilance particulière »*.](https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/sensible/72108)
En effet, ces notions de vigilance et d’attention sont primordiales dans notre question et doivent absolument être mises au centre des préoccupations, notamment au niveau de la communication.
Dans le cadre de ce mémoire nous prendrons comme ligne directrice la sensibilité sur le plan sécuritaire en y incluant également la question de la population.
De plus, il paraît essentiel de préciser que dans le domaine de la communication en général, les enjeux de réputation sont étroitement liés à des enjeux sociologiques mais ce point est d’autant plus marqué lorsqu’il s’agit de collectivités territoriales. Dans ce cas, ces deux secteurs sont totalement indissociables. C’est pour cette raison que tout au long de mon cheminement, bon nombre de points sociologiques seront abordés.
Une mauvaise réputation pour une commune peut être due à de nombreux facteurs différents, notamment des facteurs dits socio-économiques.
Il n’est plus un secret qu’en France comme partout il y a des inégalités sociales. De ces dernières, découlent ce que je nommerai des “fragmentations” socio-spatiales mais ce qui est plus communément appelé “ghettoïsation” des populations. On observe littéralement une séparation des populations en fonction de leur catégorie sociale. D’ailleurs cette question est de plus en plus récurrente ces derniers temps.
L’histoire du pays et les choix faits par ce dernier ont petit à petit créé une mise à l’écart de certaines populations plus modestes voire précaires financièrement. Les gens étaient géographiquement placés selon leurs moyens, leur catégorie sociale et implicitement leur origine. Depuis environ les années 30 la France s’est vue faire face à une forte vague d’immigration notamment avec des populations italiennes et polonaises venues pour des raisons essentiellement économiques. Puis, à la suite de la Seconde Guerre Mondiale arrivent pour des raisons politiques mais également économiques, espagnols et portuguais. Ensuite, aux alentours des années 60 immigrent en France des populations maghrébines, d’Afrique subsahariennes mais aussi turques et asiatiques afin de reconstruire petit à petit le pays, dévasté par le conflit international. Ces décisions prises de ne pas mélanger les personnes dès le commencement et l’arrivée de ces populations immigrés ont créé un sentiment de rejet chez ces derniers et par conséquent, du communautarisme qui pousse ces populations à vivre entre elles, en marge du reste du pays.
Cette ostracisation comme nous pourrions la nommer engendre de nombreux soucis socio-économiques. Il n’est pas difficile de relever concrètement que dans ces banlieues le taux de chômage est bien plus élevé que dans le reste du territoire, il en est de même pour la précarité et la délinquance. On fait face, là, à ce que Cyprien Avenel qualifie de “*ségrégation*” avec une dimension cumulative des inégalités: ségrégation éthnique + exclusion économique.
Finalement tous les facteurs sont réunis pour coller une étiquette à ces banlieues et particulièrement aux jeunes qui les habitent mais il demeure toutefois essentiel de faire la part des choses et notamment en portant attention aux termes utilisés et à leur sens. Par exemple, “banlieue” et “quartier” renferment dans l’inconscient collectif le même sens et sont associés au conflit entre jeunes et forces de l’ordre, HLM, drogues, règlement de compte… Mais dans ses travaux, Cyprien Avenel nous explique la situation:
> *“Le mot « banlieue » lui-même est tout à fait réducteur, puisque les « quartiers » ne sont qu’une portion infime du territoire des banlieues. Tous les « exclus » ne résident pas dans ces zones, et les habitants des « quartiers sensibles » représentent une portion réduite – 15 % tout au plus – de l’ensemble de la population urbaine. La simplification, la généralisation et finalement la stigmatisation sont les traits typiques du discours social sur les banlieues.”.*
Ainsi on comprend que les termes sont souvent utilisés à mal et que souvent, ces populations sont victimes de généralités destructrices et de stigmatisation qui ne fait que les braquer.
Il semble important de souligner que, bien souvent, la réputation de ces territoires “sensibles” est parfois une idée construite par les autres populations ou même, à plus grandes échelles, les dirigeants. Nuancer cette notion d’insécurité est primordiale afin de ne pas tomber dans des généralisations qui sont les principales causes des fractures sociales. En effet, généralement, l’insécurité est la cause de préjugés portés par bon nombre de personnes extérieurs à ces “quartiers”. Il suffit pour cela de sonder des personnes ayant eu des expériences différentes dans des collectivités territoriales pour le comprendre. Margaux, chargée des relations publiques à la Mairie de Floirac m’expliquait lors d’une discussion sur le sujet de la sécurité qu’avant ce poste elle travaillait au sein du service communication de la Mairie d’un petit village calme de France. Elle me disait: *"Finalement, l'insécurité ici à Floirac, c’est comme partout. Partout où nous irons on parlera malheureusement d’insécurité. Même dans le village calme où je travaillais, éloigné de toute banlieue, les habitants se plaignaient de l’insécurité.”.*
Et concrètement, il n’est pas compliqué de voir que même hors banlieue, la sécurité pose des questions. Par exemple, Villenave d’Ornon, Eysines ou encore Bouliac font partie des communes les plus riches de la métropole bordelaise. D’apparence et de réputation calmes et tranquilles, elles accueillent les populations les plus aisés du coin. Cependant, ces territoires font bel et bien face à de gros soucis de sécurité. A titre indicatif, ce sont les communes où les cambrioleurs sévissent le plus en Gironde et Eysines ainsi que Villenave d’Ornon figurent parmi les 20 villes les plus touchées par ce phénomène à l’échelle nationale. Contre toute attente, ce problème n'entache tout de même pas leur réputation probablement du fait de leur population très différentes de celle de quartier.
Il est donc simple de déduire que pour investir dans un logement, il est plus sûr de le faire à Floirac, ville dite “sensible” qu’à Eysines, et ce, malgré les préjugés.
Finalement, il est difficile de faire l’analogie entre situation socio-économique d’un territoire et insécurité. Tout est question de point de vue et un facteur ne peut pas être mis de côté et doit absolument être pris en compte, il s’agit du facteur géographique.
En effet, il est à prendre en compte pour la réputation d’un territoire. Ce qu’on dit d’un territoire intègre très souvent le facteur spatial. D’ailleurs, la notion de “quartier”, dès son apparition à conduit à une spatialisation des problèmes sociaux. Les gens sont géographiquement placés selon leur catégorie sociale, ce qui induit forcément une concentration des inégalités et des difficultés à des endroits précis et amplifie l’impression de zones de haute tension.
A l’origine pour la métropole de Bordeaux par exemple, les populations en difficultés et les grandes “tours” de logements à loyers modérés étaient concentrées dans le quartier Mériadeck. Cette zone, située au cœur de Bordeaux, accueillait toutes les complications sociales et économiques et entachait ainsi la réputation de la ville de Bordeaux. Puis, avec le temps, le maire Chaban-Delmas a souhaité délocaliser ces “difficultés” afin de les extraire de la ville de Bordeaux et faire de Mériadeck un “quartier des affaires”. Toutes les populations qui habitaient ce territoire ont ainsi été envoyées sur la Rive Droite, longtemps laissée pour compte et dépourvu de toute attention.
Aujourd’hui, cette rive à la réputation d’être la partie la plus “urbaine” de la métropole bordelaise, concentrant des populations plus modestes, où doit régner par conséquent la solidarité de manière un peu plus prononcée et qui abrite des zones de tensions dont on parle plus. Drogues, délinquance, jeunes difficiles, habitat à loyer modéré, population immigrés… c’est l’idée que s’en fait le reste de la population, de part son histoire. Aujourd’hui Floirac s’inscrit géographiquement dans ce territoire et ne peut donc échapper à ces préjugés. C’est là que le facteur géographique joue son rôle. Il y a une sorte d'assimilation collective à une zone et à l’idée qu’on s’en fait. Finalement, Floirac est réputée comme sensible, en partie à cause de sa localisation en pleine zone urbaine. L’image de cette commune et celle de la rive droite sont difficilement dissociables.
De plus, toujours concernant cet aspect spatial on ajoute la structuration de la commune et les difficultés rencontrées en fonction de la répartition en “quartier”. Cette notion de quartier qui correspond à l’origine à la subdivision d’une ville ou d’un territoire à finalement dérivée et sur son chemin crée une fracture sociale et spatiale. Aujourd’hui on différencie plusieurs types de quartiers en fonction des populations et de leur mode de vie, chose qui fragmente et crée un sentiment de hiérarchie au sens péjoratif du terme. On dit même que les quartiers se distinguent d’abord par le statut social de leurs habitants et non par leur fonction. Quartiers dits “résidentiels” et quartiers “défavorisés” constituent les deux principales sortes de subdivisions territoriales entre lesquelles on observe un très fort contraste observable à l’échelle métropolitaine avec les deux rives mais aussi à l’échelle communale.
C’est le cas de Floirac par exemple, qui est divisé particulièrement en deux parties. Le bas Floirac abritant notamment la mairie, des petits commerces de proximité, des quartiers résidentiels dits “calmes” et à tendance plutôt rural où résident des populations d’une catégorie socio-professionnelles aisées. Puis le haut Floirac, qui lui, accueille des quartiers modestes tel Dravemont pourvu de HLM, plus communément nommés cités, les centres commerciaux et où habitent des populations plus modestes souvent étrangères.
C’est là que cette notion de quartier pose problème, car elle se base aujourd’hui sur des critères ostracisant et non simplement géographique comme à l’origine. Ce terme renferme les inégalités qui font le plus de bruits de nos jours et les quartiers
> *“sont objectivement le révélateur de l’inscription spatiale des inégalités sociales dans la société française.”*.
En ce sens, le terme de ségrégation comme l’entend Grafmeyer (*“à la fois une mise à distance sociale et un processus de séparation physique”*) prend tout son sens, avec des classes moyennes et supérieures qui se tiennent de plus en plus à distance des classes populaires. Ce phénomène est particulièrement flagrant pour les enjeux liés à la scolarisation et l’éducation des enfants.
Il est difficile de ne pas prendre en compte les différences de point de vue concernant cette mise à l’écart dont certains semblent être victimes et d’autres bénéficiaires. On peut parler de ségrégation volontaire pour les habitants des quartiers aisés, pour lesquels cette séparation est vue comme particulièrement bénéfique. On se rend compte que cette même séparation est vécue comme un violence par d'autres, un mise à l’écart discriminatoire de laquelle il est difficile de sortir compte tenu de l'ancrage des stéréotypes dans l’inconscient collectif. Il y a donc une responsabilité collective concernant les problèmes sociaux qui atteignent la réputation d’un territoire mais il existe forcément des solutions et des moyens mis en place actuellement pour pallier ce manque et déconstruire les idées reçues. Nous aborderons ces solutions politiques, structurelles et communicationnelles plus tard dans le déroulé mais pour que ces dernières soient mises en place il faut des moyens financiers, humains qu’il est parfois difficile de réunir.
Les enjeux communicationnels des petites collectivités sont semblables à ceux des grandes collectivités, le problème étant que les moyens financiers ne sont pas les mêmes. Rédiger, enquêter, organiser des événements, alimenter le site internet, diffuser, imprimer, animer les réseaux sociaux… tout un tas de missions qui sont similaires aux plus grandes communes.

Face à cette situation, les communicants se retrouvent même avec plus de travail dans les petites communes car il y a moins de personnel pour une charge de travail équivalente. Le communicant se retrouve alors à devoir être pluridisciplinaire.
Ce manque de personnel, souvent dû à un problème budgétaire, rend la communication de la commune plus difficilement gérable et crée forcément des manques. Se consacrer à plusieurs tâches c’est accorder moins de temps à chacune d’entre elles et aller sur un travail qui reste malheureusement moins approfondi.
Alors oui, il y a depuis quelques années voir décennies une flagrantes évolution. La communication d’une collectivité territoriale est maintenant confiée à des professionnels formés dans le domaine. Cet aspect est de plus en pris au sérieux, ses enjeux attirent l’attention et sont compris mais il demeure tout de même quelques problèmes. Pour les petites collectivités la communication est vue comme moins essentielle et son importance est amoindri par rapport aux grandes communes. La conséquence ? Un budget alloué, un investissement humain moins conséquent et des actions de moindre ampleur.
En 2014, 75% des maires souhaitaient développer la communication au sein de leur commune tout en respectant les contraintes budgétaires: ne pas augmenter le budget annuel réservé à ce secteur. Il a donc fallu faire des concessions, par exemple en triant les domaines à exploiter, fournissant des documents qui étaient habituellement imprimés sous format numérique ou encore en mutualisant outils et personnel de manière intercommunale.

Ce manque de moyens est un facteur déterminant à une réputation difficile et joue beaucoup sur l’image de la ville. Par exemple, à la mairie de Floirac, le service de communication est composé de 4 professionnels contre 8 et 9 pour les communes voisines d’environ le même nombre d’habitants. Ce manque de moyen et ainsi de personnel constitue un réel handicap d’après l’équipe et ces derniers se voient confier des missions plus ou moins éloignées de leur spécialité contrairement aux autres mairies ou les équipes sont composées de spécialistes. Un vidéaste pour le contenu vidéo de la commune de Cenon par exemple, contrairement à Floirac où c’est le chargé des relations presses qui s’occupe des vidéos ou encore la rédactrice Web qui s’occupe du budget.
Pour cette raison les équipes sont souvent dépassées et ont du mal à tenir le rythme pour pouvoir communiquer sur les éléments intéressants et qui seraient bénéfiques pour l’image de la ville telles que les gros atouts (Arkea Arena, Domaine de la Burthe…) et événements de la municipalité.
Bien évidemment il n’est pas question là, de dire que ces collectivités communiquent mal mais il paraît intéressant de savoir si elles communiquent assez ! Et si ce n’est pas le cas est-ce directement lié à ce facteur financier ?
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