# Masterclass n° 1 - Théorie musicale
Le support de ce cours sera rédigé, pour une raison simple: si d'autres personnes veulent suivre le cours mais ratent la première séance collective, je veux qu'elle puisse reprendre les bases exposées ici.
Ce support sera exhaustif, mais ce sera a priori le seul.
Support écrit du cours du 11 avril 2023.
Écrit par LM, en partie basé sur le travail de Dorian de Rosa il y a environ 1 an.
Merci à Victor, Julian et Karim de m'avoir permis de tester ce cours en "avant-première" afin d'avoir leur ressenti et de me permettre quelques ajustements.
## Préambule
Ce cours s'adresse à:
* ceux/celles qui savent jouer d'un instrument mais qui comprennent rien à ce qu'ils jouent (coucou les fans de tabs)
* ceux/celles qui veulent apprendre à arranger/à composer
* ceux/celles qui veulent être en mesure d'improviser ou de jouer sur le vif
* ceux/celles qui voudraient apprendre un autre instrument que le leur et qui veulent une base commune
Mon but n'est pas de faire de vous des musicologues ni de vous inculquer des règles rigides et immuables. *Les règles en musique, c'est comme vos ennemis pendant la guerre: c'est important de les connaître pour mieux savoir comment les éclater.*
L'objectif est surtout de vous apporter une autre manière d'aborder la musique, d'en tirer une abstraction et une compréhension qui vous permettra, sans trop vous prendre la tête, de jouer avec d'autres sans avoir besoin d'une tablature ou d'avoir quelques repères si vous voulez composer un morceau.
J'ai personnellement fait 8 ans de solfège, j'ai trouvé ça **super casse-couilles** et j'en avais rien à battre. Puis lorsque j'ai voulu me mettre plus sérieusement à la musique, je me suis rendu compte à quel point ça pouvait être utile de savoir comment fonctionne la musique pour en jouer.
Je suis loin d'être un spécialiste en la matière, ce que je vais vous présenter est plutôt empirique et basé sur la manière dont personnellement, je l'analyse.
Trois dernières informations avant de démarrer:
* Dans ceux qui suivent ce cours, on a des chanteurs, des gratteux, des batteurs, des gens qui ont fait du solfège, d'autres qui ne jurent que par les tablatures... Dans un souci de compréhension et pour éviter un ennui mortel, on utilisera **le moins de formalisme rigide possible**. Tout le monde aura une base commune, qui ne sera pas des plus rigoureuses, mais suffisante pour faire beaucoup de choses.
* Autant être honnête d'emblée: **la musique demande de l'investissement et du travail personnel. Beaucoup.** Si le sujet vous intéresse, je vous invite très sérieusement à d'une part bien suivre le cours et faire les exercices qui vous seront proposés, mais également à approfondir de votre côté (recherches, exercices, pratique instrumentale...).
* Si vous avez des questions, manifestez vous: je préfère largement qu'on me demande de revenir sur un truc qu'on a pas compris plutôt que de ne rien dire et d'être complètement largué une demi-heure plus tard. Personne ne sera jugé ni moqué pour avoir posé une question, et de toute façon: *vous êtes tous des merdes, moi le premier.*
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## Les notes
Pas de formalisme, pas de formalisme... Faut bien une base quand même, et celle qu'on va prendre, ce sont les **notes de musiques.**
On va d'abord répondre à une question cruciale: **combien y-a-t-il de notes vraiment différentes, et quelles sont-elles**?
### Combien y a t-il de notes différentes?
Si on pose cette question, généralement on se prend ce genre de réponses:
* *ben c'est facile y en a 8: do ré mi fa sol la si do, on apprend ça en primaire bouffon*
* *ben non t'es con t'as oublié les dièses et les bémols abruti, y en a plus que 8*
Mais surtout... mettez vous à la place de quelqu'un qui n'a jamais joué de musique de sa vie, s'il regarde un piano, il va constater qu'il y a NETTEMENT plus que 8 ou 12 touches, et que chaque fois qu'on appuie sur une touche ça fait un son différent, du coup... y a combien de notes, vraiment?
On va essayer d'y voir plus clair en construisant ensemble les notes de musiques. Pour ça, il nous faut partir d'un son quelconque, qui nous servira de note de base.
L'une des caractéristiques les plus importantes d'un son, c'est sa **fréquence**, autrement dit, le nombre de fois où il se répète par seconde.
Elle se mesure en Hertz (Hz), 1 Hertz correspondant à *une oscillation par seconde.*
On dit qu'un son avec une fréquence élevée est *aïgu* tandis qu'un son avec une fréquence basse est *grave*.
Pour notre premier son, on va noter sa fréquence f.
Maintenant qu'on a notre première note, on peut se demander *quelles autres notes peuvent bien sonner avec celle-ci*?
Pour ça, on va se baser sur un principe physique élémentaire, celui des *harmoniques*.
> Si vous avez un son à une fréquence f, on appelle *harmonique* de ce son un autre son dont la fréquence est un *multiple* de f.
Donc 2f, 3f, 4f, 5f... sont les harmoniques de notre son à la fréquence f, et vont globalement bien sonner avec.

On va s'attarder sur 2 harmoniques en particulier: 2f et 3f (fréquence double et triple).
Quand on joue un son à la fréquence 2f, on obtient une note qui sonne très bien avec la fréquence f... et même tellement bien que pour notre cerveau, elles sont vraiment très similaires, un peu comme si on avait des nuances différentes de la même couleur.
On ne va donc pas considérer que ce sont des notes différentes, mais plutôt "la même note jouée plus ou moins aïgue".
Donc f, 2f, 4f, mais aussi f/2, f/4, f/8... ne forment qu'une seule et même note.
En revanche, quand on joue un son à la fréquence 3f, on entendra une note vraiment différente de la fréquence f... mais qui sonne harmonieusement bien avec. On a donc une nouvelle note et ses variantes associées: 3f, 3f/2, 6f...
En particulier, multiplier la fréquence par 3/2 est un moyen simple d'obtenir une note vraiment différente, mais à une fréquence proche de f et qui sonnera bien avec f.
Et ce principe de multiplier la fréquence par 3/2, on peut le répéter!
Si on prend par exemple f1 = 440 Hz, et qu'on l'appelle "Note n°1", on peut obtenir f2 = f1 * (3/2) = 660 Hz, puis obtenir f3 = f2 * (3/2), et d'une façon générale f(n) = f(n - 1) * (3/2).
Du coup, on applique ce principe à l'infini et on obtient une infinité de notes?...
Et bien... On pourrait faire ça, mais en fait, *on en a pas besoin*.
Sans trop rentrer dans les détails, on peut remarquer qu'en suivant notre construction, la note n°13 vaudra... 446 Hz (moyennant une division par une puissance de 2). Soit une fréquence très proche de celle de départ, 440 Hz!
Du coup, à la place de poursuivre indéfiniment notre construction, on peut choisir de revenir à notre fréquence de départ au bout de 12 itérations successives. On a donc, au final, **12 notes vraiment différentes, pas une de plus.**
Sauf que... 446 Hz, même si c'est très proche, ce n'est pas 440 Hz, *le cycle n'est pas parfait.*
Dans l'Antiquité, on corrigeait ce problème en utilisant 11 notes parfaitement justes et une vraiment fausse, qu'on utilisait pour ainsi dire jamais, mais la solution moderne est de répartir cette différence sur toutes les notes.
Pour être précis, pour passer d'une note à la suivante, il suffit de multiplier sa fréquence par 2^(1/12), pour retomber pile sur la fréquence double au bout de 12 coups. Cette manière de faire se nomme le **tempérament égal**: elle est utilisée dans toute la musique occidentale, et c'est cette méthode qu'on va utiliser.
*Un jour, je vous raconterais ce qu'il se passe quand on s'y prend autrement. Si vous êtes sages.*
### Le nom des notes
#### Notation française
On a donc nos 12 notes différentes, et on va leur donner à chacune un petit nom.
On va aussi en profiter pour comprendre d'où sort cette histoire de dièse et de bémol, qui peut parfois prêter à confusion.
Pour comprendre, il suffit de regarder un instrument dont on va beaucoup parler dans ce cours, le piano:

Déjà, on peut remarquer qu'en fait, le clavier d'un piano, c'est une succession de paquets identiques de 12 touches adjacentes (délimités par les lignes rouges), on retombe bien sur nos 12 notes.
Maintenant, concentrons nous sur un seul de ces paquets de 12 notes.

Si on prend uniquement les touches blanches, chacune correspond à une note et a son petit nom, avec, du plus grave au plus aïgu: **do** (anciennement ut), **ré**, **mi**, **fa**, **sol**, **la**, et **si**. *Pour les curieux, le nom de ces notes vient des paroles d'un chant religieux du 11ème siècle, l'Hymne à Saint-Jean Baptiste.*
> **Ut** quéant laxis,
> **Ré**sonare fibris,
> **Mi**ra gestorum,
> **Fa**muli tuorum,
> **Sol**ve polluti,
> **La**bii reatum,
> **S**ancte **i**oanne
Maintenant, il reste 5 notes à baptiser, celle qui correspondent aux touches noires du piano. On aurait pu leur attribuer à chacune un nom, mais à la place, on les désigne *en fonction des notes adjacentes*, avec la règle des **dièses** et des **bémols**.
La règle est simple: si X est une note quelconque, alors X# est la note adjacente à X dans les aigüs (sur un piano, la touche suivante, à droite), et X bémol (ou Xb) la note adjacente dans les graves (sur un piano, la touche précédente, à gauche).
Ainsi, on peut le voir sur le piano: un Do# ou un Réb, dans le son, c'est la même note. Et de la même façon, il ne serait pas faux de désigner le Fa par Mi# (mais personne ne le fait par souci de praticité).
Pour le reste de ce cours, on va *surtout utiliser les dièses*, mais retenez que les bémols, ça exsite, on en aura besoin si on souhaite approfondir le formalisme musical.
#### Notation anglo-saxonne
Dernier point formel que je suis obligé de mentionner: les *anglos-saxons* nomment les notes avec des lettres de l'alphabet: le La se note A, le Si se note B, etc... jusqu'à G pour le Sol.
Je vous recommande vivement de vous familiariser avec cette notation, qui est largement prisée à l'international. Pour passer de l'une à l'autre, retenez ceci: *le Fa se note F* (les deux notations commencent par la même lettre pour le Fa).
Et pour le FC Flemme:
| Notation française | Notation anglo-saxonne |
| ------------------ | ---------------------- |
| Do | C |
| Do#/Réb | C#/Db |
| Ré | D |
| Ré#/Mib | D#/Eb |
| Mi | E |
| Fa | F |
| Fa#/Solb | F#/Gb |
| Sol | G |
| Sol#/Lab | G#/Ab |
| La | A |
| La#/Sib | A#/Bb |
| Si | B |
## Les intervalles et les gammes
Maintenant qu'on a nos 12 notes, on va pouvoir commencer à jouer de la musique!
Pour cela, vous pouvez prendre un piano et vous amusez à jouer successivement des notes prises totalement au hasard.
Si vous faites ça, vous allez probablement tomber sur une mélodie très désagréable à l'oreille, ça sonnera certainement **faux**.
Mais là, plot twist: si vous choisissez d'utiliser exclusivement les touches noires, vous constaterez que *ça ne pourra jamais sonner faux*.
Pour comprendre comment c'est possible, il nous faut introduire les notions d'*intervalles* et de *gammes*.
### Les intervalles
En musique, la notion d'intervalle désigne 2 choses:
* *l'écart de hauteur entre deux notes*
* *par métonymie, le son obtenu en jouant les 2 notes en question simultanément.*
On pourrait s'amuser à mesurer les intervalles en multiplication de fréquences, mais l'unité couramment utilisée est le **demi-ton**: un demi-ton correspond à 2 notes adjacentes (deux touches adjacentes sur un piano ou 2 frettes adjacentes sur une guitare).
Dans un paquet de 12 notes, en partant de la première, il y a donc 12 intervalles différents, chacun appartenant à une *catégorie différente*. Pour comprendre, retournons sur un piano:

Supposons qu'on prenne le Do (représenté par un point noir), donc la note la plus grave, comme note de référence. On la désigne comme la *note fondamentale*, ou simplement *fondamentale*.
Le deuxième point noir correspond aussi à un Do, mais plus aigü. L'intervalle entre ces 2 notes est appelé une **octave**, et est long de **12 demi-tons.**
Comme indiqué dans notre premier chapitre, une note et son octave sonnent bien ensemble et sont très similaires à l'oreille.
On peut classer les intervalles entre notes "différentes" selon 4 catégories, qui permettent également de leur attribuer une *fonction* différente en musique:
#### Consonnances
Les **consonnances** (qu'on peut jouer avec notre fondamentale et une touche marquée par un point vert) correspondent aux intervalles **les plus justes** (à l'exception de l'octave). Ils se caractérisent par une une stabilité harmonique et une sonorité assez neutre et dépouillée, idéale pour poser l'accompagnement.
Il y en a 2 différentes:
* la **quarte**, longue de 5 demi-tons.
* la **quinte**, longue de 7 demi-tons.
> Petit point de vocabulaire, pour comprendre pourquoi un intervalle de 7 demi-tons s'appelle la *quinte*: si on regarde uniquement les touches blanches, la quinte est l'intervalle que l'on obtient au bout de la 5ème touche. Le raisonnement est similaire pour la quarte et l'octave, ainsi que pour tous les intervalles qui vont suivre.
#### Consonnances imparfaites
Les **consonnances imparfaites** (marquées par les touches jaunes) correspondent à des intervalles qui sonnent bien à l'oreille, mais qui sont harmoniquement moins stables que les consonnances. Il y en a 4 différentes:
* la **tierce**, qui existe sous deux variantes: la **tierce majeure** (4 demi-tons) et la **tierce mineure** (3 demi-tons).
* la **sixte**, qui existe elle aussi sous deux variantes: la **sixte majeure** (9 demi-tons) et la **sixte mineure** (8 demi-tons)
> Petit moyen mnémotechnique: quand il est utile de préciser si un intervalle est mineur ou majeur, il faut retenir que pour tout intervalle majeur de n demi-tons, il existe un intervalle mineur de n-1 demi-tons.
Un bon moyen de se rendre compte de la différence entre consonnances et consonnances imparfaites est la guitare électrique avec **distorsion**.
Sans rentrer dans les détails, l'effet principal de la distorsion est de compresser le signal et de rajouter des harmoniques. Or, le fait de rajouter des harmoniques va accentuer la dissonance présente dans le signal de départ. C'est ce qui explique qu'un intervalle de quarte ou de quinte (typiquement, un *power chord*), sonne bien avec de la distorsion, tandis qu'un intervalle imparfait, comme une tierce, a une sonorité dite "baveuse".
Elles sont néanmoins très importantes en musique, puisque dans le ressenti général, elles apportent de la *personnalité* et de l'*émotion* aux intervalles, contrairement aux consonnances parfaites qui ont un son plus neutre et dépouillé. On le verra par la suite, mais ce sont ces notes qui permettent par exemple de dire des phrases comme "un accord majeur sonne joyeux", ou "un accord mineur sonne triste".
#### Dissonances
Enfin, parlons des intervalles dégueus, les **dissonances**.
Des intervalles qui provoquent de la tension chez l'auditeur moyen (on peut néanmoins s'y faire avec l'habitude). L'effet de dissonance peut avoir 2 causes, qui sont toutes liées au tempérament égal:
* soit l'approximation par itérations successives de 2^(1/12) est trop éloignée du "vrai" intervalle pur, qui correspond à un rationnel: on parle dans ce cas de **dissonance légère**. Il en existe 2: la **seconde majeure** (2 demi-tons) et la **septième mineure** (10 demi-tons)
* soit l'intervalle est de toute façon impossible à approximer parfaitement avec un rationnel: on parle dans ce cas de **dissonance**. Il en existe 3: la **seconde mineure** (1 demi-ton), la **septième majeure** (11 demi-tons), et le **triton** (6 demi-tons).
Ils servent notamment de notes de passages ou d'altérations, qui, sans rentrer dans les détails, permettent à l'instar des consonnances imparfaites de colorer le son de manière plus étrange et exotique (coucou le jazz et le metal).
> Petit exercice: si vous arrivez à comprendre toutes les blagues d'un certain épisode de Kaamelott (La Quinte Juste, S02E55), c'est que vous avez bien compris cette partie du cours.
Enfin, toujours pour le FC Flemme, petit tableau récaptiulatif:
*en partant du principe que notre note de référence c'est le C (donc Do)*
| Intervalle | Longueur (en demi-tons) | Deuxième note | Catégorie |
| ---------------- | ----------------------- | -------------------- | ---------------------- |
| Unisson | 0 | C | Consonnance |
| Seconde mineure | 1 | C#/Db | Dissonance |
| Seconde majeure | 2 | D | Dissonance légère |
| Tierce mineure | 3 | D#/Eb | Consonnance imparfaite |
| Tierce majeure | 4 | E | Consonnance imparfaite |
| Quarte | 5 | F | Consonnance |
| Triton | 6 | F#/Gb | Dissonance |
| Quinte | 7 | G | Consonnance |
| Sixte mineure | 8 | G#/Ab | Consonnance imparfaite |
| Sixte majeure | 9 | A | Consonnance imparfaite |
| Septième mineure | 10 | A#/Bb | Disonnance légère |
| Septième majeure | 11 | B | Dissonance |
| Octave | 12 | C (octave du dessus) | Consonnance |
### Les gammes
On appelle une **gamme** une liste d'intervalles qui, en partant d'une note de référence, permet de construire une liste de notes à utiliser pour créer des mélodies.
Pas besoin d'aller très loin pour être confronté aux gammes, il suffit, encore une fois, de regarder un piano:

Vous vous demandez peut-être à quoi sert cette distinction entre touches blanches et touches noires. Pour comprendre, observons les intervalles entre les touches blanches en partant du do.
On a, en prenant chaque touche blanche:
* Fondamentale (C - Do)
* Seconde majeure (D - Ré)
* Tierce majeure (E - Mi)
* Quarte (F - Fa)
* Quinte (G - Sol)
* Sixte majeure (A - La)
* Septième majeure (B - Si)
Et il se trouve que cette liste d'intervalle constitue une gamme largement utilisée en musique: la **gamme majeure**. Il est donc possible de jouer des mélodies qui sonnent bien en utilisant exclusivement les touches blanches du piano, en vertu de cette gamme!
Beaucoup de mélodies et de comptines pour enfants exploitent d'ailleurs la gamme de Do majeur, ce qui lui confère, dans l'imaginaire collectif, un côté joyeux et guilleret, presque niais.
> Plot twist: si on part du F#, la gamme majeure nous donne comme notes: F#, G#, A# B, C#, D#, et F. En regardant sur le piano, vous constaterez que toutes les notes correspondant à des touches noires appartenaient à cette gamme. D'où le fait que jouer en utilisant uniquement les touches noires du piano ne peut pas sonner faux.
Il existe plein de gammes différentes, qui souvent véhicules des émotions propres, voire même nous évoques certaines régions du monde et certaines cultures.
En plus de la gamme majeure, en voici 2 sympas à retenir (et les notes équivalentes avec le C comme fondamentale):
* Gamme mineure naturelle:
* Fondamentale (Do/C)
* Seconde majeure (D)
* Tierce mineure (D#)
* Quarte (F)
* Quinte (G)
* Sixte mineure (G#)
* Septième mineure (A#)
* Gamme mineure harmonique:
* Fondamentale (Do/C)
* Seconde majeure (D)
* Tierce mineure (D#)
* Quarte (F)
* Quinte (G)
* Sixte mineure (G#)
* Septième majeure (B)
Avec tout ça, on se rend compte que ce qui va caractériser la mélodie d'un morceau, c'est donc la gamme qu'il utilise, et la note fondamentale associée à cette gamme. On regroupe ces deux notions sous l'appellation générique de **tonalité**.
Ainsi, si un morceau utilise la gamme majeure et comme note de référence, le Do, on dit que sa tonalité est Do majeur. S'il utilise une gamme mineure (harmonique, naturelle, mélodique, qu'importe) et que sa note de référence est le Sol, on dit que c'est un morceau en Sol mineur.
Bon... Si jusqu'ici vous avez tout compris, déjà, bien joué les gens, c'est pas forcément évident de tout gober d'un coup.
Et ensuite, accrochez vous, parce que c'est là que ça va devenir tricky.
### Les tonalités... comment vous dire.
Comme dit plus tôt, une fois qu'on connaît la gamme d'un morceau ainsi que la note fondamentale de cette gamme, on peut en déduire sa tonalité. Ce que vous pourriez être tentés de me dire, c'est qu'il y a donc **12 tonalités majeures** et **12 tonalités mineures**, donc **24 tonalités au total**!
> Et si vous êtes des gros fayot(e)s, vous pourriez me mentionner le *Clavier Bien Tempéré* de Jean-Sébastien Bach, qui comporte une pièce pour chacune de ces 24 tonalités! Deux points pour les suce-boules.
Alors: oui... Mais en fait non. Parce qu'on peut remarquer un truc tout con en reprenant notre piano. Partons de Do et appliquons les intervalles de la gamme majeure, on obtient les notes suivantes:
> Do, ré, mi, fa, sol, la, et si. Easy mon gars.
Très bien. Maintenant, on va faire la même chose avec la gamme mineure naturelle, mais on va partir du La:
> La, si, do, ré, mi, fa, et sol... attends quoi?
Eh oui. Les gammes de Do majeur et de La mineur naturel contiennent *les mêmes notes*.
On dit que ce sont des **tonalités relatives**, ou, dit autrement, que le La mineur est la **relative mineure** du Do majeur (et inversement, le Do majeur est la **relative majeure** du La mineur).
> D'une façon générale: si vous avez une tonalité majeure, vous prenez sa **sixte majeure** pour obtenir sa relative mineure. Ainsi, Fa# majeur et D# mineur sont des tonalités relatives, de même que Sol majeur et Mi mineur. Et si vous avez une tonalité mineure, vous prenez sa **tierce mineure** pour obtenir sa relative majeure.
Mais du coup, pour un morceau donné, une fois qu'on connaît la gamme: comment savoir si on est en tonalité majeure ou mineure?
Ben... Y a pas de méthode toute faite et c'est en partie une affaire de ressenti, mais globalement, pensez à cette procédure en quatre étapes:
* Déjà, il est possible qu'on vous le dise **explicitement**. C'est notamment le cas pour la musique classique, où la tonalité est souvent indiquée dans le titre de l'œuvre. Par exemple, la Sonate au Clair de Lune de Beethoven, son vrai nom, c'est la Sonate n°14 en Do dièse mineur. On peut difficilement être plus clair.
* Ensuite: si un morceau utilise la gamme *mineure harmonique*, il est plus que probable que ce soit un morceau mineur et non majeur, puisque cette gamme n'a pas vraiment d'équivalent majeur.
* Critère un peu moins déterministe: si le morceau sonne globalement triste, vous pouvez tabler sur une tonalité mineure. Inversement, s'il sonne joyeux, il est sûrement majeur.
Si aucun de ces 3 critères ne fonctionne (et si vous voulez VRAIMENT savoir en quelle tonalité est votre morceau, parce qu'en vrai c'est pas si important que ça), alors il faudra sûrement se pencher sur l'*accompagnement*.
Mes amis, il est plus que temps de parler de notre dernier gros morceau pour ce premier cours: les **accords**.
*Pour les cinglé(e)s: la musique modale et la musique atonale, plus tard. Y a des enfants qui regardent ici, faut perdre personne. Même si ça m'éclaterait d'en parler.*
## Les accords
### Quels sont-ils?
Jusqu'ici, on a surtout parlé du **lead** des morceaux (grossièrement, les mélodies), et surtout nous n'avons parlé que de notes jouées seules ou de deux notes jouées simultanément. On va introduire l'**accompagnement** et le fait de jouer plus que deux notes en même temps en un seul coup, en parlant des **accords**.
Un accord, c'est ce qu'on obtient quand on joue *3 notes ou plus simultanément*.
On peut, en théorie, choisir un groupe de notes aléatoire pour obtenir un accord, mais de la même façon qu'on s'est fixé un cadre avec les gammes pour jouer quelque chose qui nous paraît mélodieux, certains accords sont... plus intéressants que d'autres.
Pour voir lesquels, on va réutiliser notre bon vieux piano et nos gammes.
*Et toujours en Do majeur, pour pas changer.*

Pour obtenir tous les accords que l'on peut jouer en Do majeur, on peut utiliser une méthode très simple: *garder une touche sur deux*.
Tous les accords obtenus de cette façon sonneront bien avec la gamme de Do majeur. Un petit exemple:

Comme il y a 7 notes dans la gamme majeure, on peut obtenir 7 accords différents à utiliser avec la gamme de Do majeur. On peut noter 3 patterns distincts:

En partant du Do, première note de la gamme, on peut noter que l'accord obtenu est composé:
* de la fondamentale (donc Do)
* de la tierce majeure (Mi)
* de la quinte (Sol).
Nous avons donc un accord qui fonctionne, avec une fondamentale, une tierce majeure, et une quinte. On appelle cet accord l'**accord majeur**, et dans le ressenti global, il sonne lumineux, joyeux.
Dans la gamme majeure, on obtient un accord majeur en partant de la 1ère, de la 4ème, ou de la 5ème note. *Notez ça dans un coin de votre tête, ce sera important pour la suite.*
En partant plutôt de la 3ème note de la gamme, le Mi, on peut noter que l'accord obtenu est composé:
* de la fondamentale (ici Mi)
* de la tierce mineure (Sol)
* de la quinte (Si)
On appelle cet accord l'**accord mineur** et lui a au contraire un aspect sombre, voire triste. Dans la gamme majeure, on peut obtenir un accord mineur en partant de la 2ème, de la 3ème, ou de la 6ème note.

Enfin, dernier pattern un peu tricky, en partant de la 7ème note (ici, le Si), on tombe sur un accord très étrange:

Cet accord est assez particulier, plus dissonant que les autres! Ce ressenti est globalement lié à sa composition:
* fondamentale (ici le Si)
* tierce mineure (ici le Ré)
* triton (ici le Fa)
On appelle cet accord un **accord diminué**, et il est globalement utilisé pour apporter de la tension dans un morceau ou pour amorcer une transition. Il s'obtient dans la gamme majeure en partant de la 7ème note.
Et avant de passer à la suite, je vous propose un petit formalisme qui nous sera très utile: la notation **en degrés**. L'idée est simple: il s'agit d'indiquer, pour une gamme donnée, quel est l'accord obtenu en partant d'une note de cette gamme, en fonction de la position de la note dans la gamme en question.
Ouké, ça peut paraître tarabiscoté... Pour y voir plus clair:
* En partant de la 1ère note de la gamme majeure, on obtient un accord majeur. On note cet accord le **1er degré** de la gamme majeure, que l'on note **I** (1 en chiffres romains, et en majuscules, puisque l'accord est majeur)
* Pareillement, en partant de la 3ème note de la gamme majeure, on obtient un accord mineur. Le **3ème degré** de la gamme mineure se note donc **iii** (3 en chiffres romains, et en minuscules, puisque l'accord est mineur).
* Enfin, l'accord obtenu en partant de la 7ème note est un accord diminué. Le **7ème degré** de l'accord se note donc **viiø** (7 en chiffres romains, en minuscule, et avec le rond barré comme symbole des accords diminués).
On peut ainsi obtenir les 7 degrés de la gamme majeure (retenez cette liste sivouplé):
**I - ii - iii - IV - V - vi - viiø**.
Et de la même façon, les 7 degrés de la gamme mineure naturelle (retenez là aussi):
**i - iiø - III - iv - v - VI - VII**.
### Les progressions d'accords
On en vient à un chapitre *très important*: les **suites d'accords**, ou **progression d'accords**.
En effet, l'écrasante majorité des accompagnements de la musique occidentale sont basés sur un enchaînement d'accords différents appartenant à une gamme, et le jeu de beaucoup d'instruments tournent autour des accords en question:
* les accords plaqués au clavier
* la fondamentale des accords, la pompe (filtre anti-titre) ou la *walking bass* pour la basse
* les accords, les power chords ou les arpèges à la guitare
* la batterie qui... ah non, mauvaise timeline.
Et une grosse partie de l'apprentissage d'un morceau quand on fait de l'accompagnement est justement lié au déchiffrage et à l'apprentissage des progressions d'accords.
Par exemple:
> Sol majeur - Ré majeur - Mi mineur - Do majeur
est une progression d'accords.
> Ré# majeur - La# majeur - Do mineur - Sol# majeur
en est une autre **radicalement différente**. Ben oui, ça se voit non?
Sauf que comme indiqué plus tôt: les accords correspondent aux **degrés** d'une tonalité que l'on choisit au départ. On peut donc s'affranchir des notes et écrire tout simplement une suite d'accords comme un enchaînement de degrés!
Par exemple, prenons l'enchaînement suivant:
> I - V - vi - IV
On obtient une suite d'accords générique que l'on peut jouer dans la tonalité de son choix. Pour retrouver les accords en fonction de la tonalité choisie, il suffit d'appliquer la liste des degrés définies dans le chapitre précédent!
Pour y voir plus clair: supponsons que l'on veuille jouer cette suite en Sol majeur.
La gamme de Sol majeur est composée des notes suivantes: sol, la, si, do, ré, mi, fa#.
Donc:
* l'accord I correspond à un accord majeur ayant comme fondamentale la première note de la gamme: c'est donc un Sol majeur.
* l'accord V correspond à un accord majeur ayant comme fondamentale la 5ème note de la gamme: c'est donc un Ré majeur.
* l'accord vi correspond à un accord mineur ayant comme fondamentale la 6ème note de la gamme: c'est donc un Mi mineur.
* enfin, l'accord IV correspond à un accord majeur ayant comme fondamentale la 4ème note de la gamme: c'est donc un Do majeur.
Joué en Sol majeur, l'enchaînement *I - V - vi - IV* correspond donc à la suite d'accords *Sol majeur - Ré majeur - Mi mineur - Do majeur*.
Mais on peut appliquer cette même procédure en partant d'une autre tonalité: joué en Ré# majeur, ce même enchaînement correspondra à la suite d'accords *Ré# majeur- La# majeur - Do mineur - Sol# majeur*.
> Oui oui, les deux exemples **radicalement différents** que j'ai pris au début. En fait, la progression d'accords est exactement la même: seule la tonalité de départ est différente!
Le fait de noter une progression d'accords avec les degrés a donc un bénéfice notable: cela permet de s'affranchir de la notion de tonalité pour écrire les accords, ce qui est très pratique pour jouer un morceau dans la tonalité de son choix! Ça permet d'éviter un casse-tête quand vous devez vous adapter à la tessiture d'un(e) vocaliste ou à un instrument qui ne peut jouer que dans une seule tonalité.
### La notation des accords
Néanmoins, la notation en degrés est assez peu utilisée en pratique:
* d'une part, parce qu'elle nécessite toute l'explication théorique que je vous ai exposée pour être comprise,
* d'autre part, parce qu'elle est somme toute assez restrictive: elle ne permet d'utiliser que 7 accords vraiment différents (ou 14 si on s'autorise tous les degrés mineurs et majeurs), ce qui peut poser quelques problèmes pour des musiques plus complexes.
On va donc voir rapidement quel est le formalisme pour lire un accord, en se basant sur la notation américaine. Pour ce cours-ci, on va se limiter aux accords de 3 notes, avec les notes jouées de la plus grave à la plus aïgue.
La règle est assez simple:
* Si un accord est majeur, il se note simplement avec la lettre servant à le désigner en notation américaine. Ainsi, l'enchaînement *C - G - F* se lit Do *majeur, Sol majeur, Fa majeur*.
* Si un accord est mineur, il se note avec la lettre servant à le désigner suivi d'un M minuscule. Ainsi, l'enchaînement *Em - Am* se lit *Mi mineur, La mineur
* *. On peut également remplacer le M minuscule par un tiret: ainsi *Em* peut également s'écrire *E-* (notation très utilisée dans le jazz)
* Si un accord est diminué, il se note avec la lettre servant à le désigner suivi d'un rond barré (ø), ou de la mention *dim*. Ainsi, *Si diminué* peut s'écrire *Bø* ou *Bdim*.