# Masterclass n° 3 - Théorie musicale ## Préambule Écrit par LM et OD. Ce cours est la suite directe de la première masterclass de théorie musicale: il consiste en un **approfondissement** des principes généraux évoquées durant le premier cours. Toujours dans la volonté de vous donner quelque chose de *concrètement* et *directement* utile, et dans notre immense générosité, on va revenir sur 2 notions pour 2 types de personnes: * les *accords plus complexes*, pour les musiciens qui souhaitent s'entraîner à l'*acompagnement* * les *modes*, pour les musiciens qui veulent s'entraîner à améliorer leurs *solos* (coucou les gratteux) ## Accords plus complexes: pour les accompagnateurs Dans la première masterclass, nous avions donné la définition la plus large possible de ce que peut-être un accord en musique, mais nous avions utilisé uniquement un type particulier d'accord somme toute assez restrictif: * uniquement *3 notes* * jouées *de la plus grave à la plus aïgue*. Néanmoins, on l'a vu dès la 2ème séance avec Koyaanisqatsi et Something About Us: la musique est très loin de se limiter à ces prérogatives. On va donc évoquer ensemble commment faire des accords plus complexes, et notamment comprendre des memes comme celui-ci: ![](https://i.imgur.com/UrKF1Bg.png =300x) > Parce que bon: jouer de la musique, qui en a quelque chose à foutre quand tu peux juste shitpost? ### Renversements d'accords Si je vous joue simultanément 3 notes, qui sont, de la note la plus grave à la plus aïgue, les notes G, A#, et D. Armé de votre tonnetz bien aimé, vous pourrez me dire que cela correspond à un Gm, et vous aurez parfaitement raison! Mais si à la place, je vous demande de jouer les notes D, G, et A#: les mêmes notes que précédemment, mais dans un ordre différent. Est-ce qu'il s'agira toujours d'un Gm? ...Réponse: oui. La nature d'un accord se résume **aux notes qu'il contient, peu importe l'ordre**. C'est pour cela que lorsqu'on indique les notes d'un accord, il n'est pas utile de préciser les octaves associées à chaque note. Néanmoins, changer l'ordre de disposition des notes dans un accord le fait sonner différemment, il peut donc être utile de *préciser comment un même accord doit être joué.* D'abord, deux trois points de formalisme (un peu chiant): * Quand on désigne un accord par son nom, on le désigne implicitement comme joué avec sa *fondamentale comme note la plus grave.* On parle aussi d'**accord fondamental**. Dans le cas contraire, on parle d'**accord renversé**. * Ainsi, jouer simultanément (et du plus grave au plus aïgu) C, E, et G, c'est jouer l'accord C fondamental. Si à la place, il est joué avec comme ordre G, E et C, c'est un accord C renversé. À noté que C, G, E serait aussi un accord C fondamental: seule la note la plus grave compte. * On voit donc que le point essentiel pour caractériser un renversement d'accord, c'est la note la plus grave qui le compose: on parle de la basse de l'accord. Ainsi, l'accord de C renversé avec, dans l'ordre, les notes E, G, et C, peut se lire *C renversé, basse de E*. Pour la notation d'un accord renversé, c'est très facile: on accole la notation de l'accord fondamental correspondant, suivi d'une barre oblique "/" et de la note qui constitue la basse de cet accord. Ainsi, F#/A# peut se lire *Fa dièse majeur, basse de A#*. > Ouké, c'est cool, mais... ça sert à quoi? En plus moi sur ma guitare quand je joue un accord je respecte juste une position, j'en ai rien à foutre de l'ordre des notes! Effectivement, le renversement d'accord n'a "concrètement et directement" de sens que pour un instrument sur lequel il est aisé de jouer un accord en variant les positions: c'est typiquement un terme adapté pour les instruments à clavier. Néanmoins, le renversement d'accord est utile pour caractériser l'accompagnement d'un morceau, et en particulier les notes importantes qui doivent être ressenties. > Coucou les bassistes, vous savez de quoi je parle. Prenons un exemple, avec la suite d'accords suivante: Cm - G - A# - F - G# - G. Si on joue uniquement la fondamentale de chacun de ses accords, on obtient une ligne de basse qui certes, fonctionne, mais ne paye pas forcément de mine. Mais si on l'écrit comme ceci: Cm - G/B - A# - F/A - G# - G. La ligne de basse devient une simple descente chromatique, ce qui donne une bien meilleure impression de continuité et de progression en douceur! Ce procédé est notamment très utilisé dans les accompagnements de jazz, pour donner un sentiment de fluidité dans les transitions entre les accords, parfois très complexes. D'une façon générale, utiliser des accords renversés donnent plus de poids à l'accompagnement, comme si la basse des accords constituait une mélodie à part entière. C'est donc très utile si on veut qu'un accompagnement dépouillé permettent tout de même de capter notre attention. ### Altérations: accords 6, 7, 9, b13, SUS... > Oulà y a des chiffres, je déteste les maths! Calme toi Jean-Guy, ça va bien se passer. On va désormais devenir de vrais barges et utiliser des accords de plus de 3 notes! Encore une fois, on vous mâche le travail: certaines configurations de notes jouées simultanément sont *plus intéressantes que d'autres*, et globalement, elles s'obtiennent en partant des accords que l'on a déjà vu, en y ajoutant des notes, ou en en remplaçant d'autres. En en ajoutant pour commencer. Prenons un accord de D#. C'est un accord majeur, il est donc composé: * de sa fondamentale, D# * d'une tierce majeure, G * d'une quinte, A#. Et quand on le joue, ça sonne brillant, joyeux, merveilleux. *Ça vous ferait presque oublier la vacuité et la vanité de vos existences misérables.* Maintenant, qu'est-ce qui se passe si on rajoute à ces 4 notes un petit C# des familles, après le A#? ![](https://i.imgur.com/BcDXe4D.png) L'accord prend une tout autre couleur: il sonne **jazz**. Certains pourraient même le trouver dissonant (dû au fait qu'il comporte un triton, entre le G et le C#) mais malgré tout, il s'agit d'un accord utilisé très fréquemmemnt en musique. Petit point de formalisme: le C# étant la septième mineure de D#, on dit qu'il s'agit d'un accord de D# 7ème, ou, dit plus simplement, d'un D#7. > Attends, mais si on avait utilisé la 7ème majeure à la place, il se passe quoi? ![](https://i.imgur.com/d9fjbYo.png) On obtient un autre accord, composé des notes D#, G, A# et D, et qui sonne avec une couleur très particulière également (j'aime le voir comme un accord majeur mélancolique, couleur sonore que j'apprécie tout particulièrement). Ici, il nous faut préciser que la 7ème utilisée est majeure, et l'accord serait ainsi noté D#maj7. Oui, le formalisme est contre-intuitif: les accords sont majeurs par défaut, alors que certains intervalles utilisés pour les altérations sont mineurs par défaut! > Pas de panique: ça ne tombe pas de nulle part, c'est une notation pratique. Les accords de septième mineure sont beaucoup plus utilisés dans le jazz que les accords de septième majeure, ce qui a conduit, par abus de langage, à considérer qu'un accord 7 était, par défaut, un accord de 7ème mineure, et pour convenir d'une règle de formalisme, on a étendu cette règle aux autres altérations. D'ailleurs, l'accord de septième mineure est tellement indissociable du jazz que parfois, quand un accord sans altération est présenté, on doit implicitement supposer qu'il comporte une septième mineure! Et de la même façon, on peut rajouter à l'accord des sixtes, des neuvièmes (seconde majeure + octave)... Et ainsi obtenir des couleurs sonores très particulières! Petit point de formalisme (promis, c'est presque fini): * On marque les altérations avec un nombre qui évoque l'intervalle avec la fondamentale de l'accord: 6 pour la sixte, 7 pour la 7ème, 9 pour la 9ème... * Quand on parle d'accord 6 (accord + sixte) ou d'accord 7 (accord + 7ème), on parle par défaut de sixte et de septième mineure: si l'on veut utiliser une sixte ou une 7ème majeure, il faut le préciser en rajoutant le préfixe **maj** avant le nombre. Ainsi, Gm7 utilise une 7ème mineure, et Gmmaj7 utilise une septième majeure. On le note parfois aussi avec un triangle: les notations CΔ7 et Cmaj7 sont considérées comme équivalentes. * En revanche, pour les autres altérations (9 pour la 9ème, 11 pour la 11ème, 13 pour la 13ème, etc...), on se réfère à des positions dans une gamme: savoir si l'intervalle est mineur ou majeur dépend donc de la gamme en question! Par exemple: l'accord C9, ou "Do majeur 9" utilise les notes de la gamme majeure: l'altération 9 désigne alors la 9ème que l'on obtient dans cette gamme, soit une octave + une seconde majeure. Si l'on veut utiliser la note située un demi ton en dessous (soit une octave + une seconde mineure), il faut rajouter un **b** (symbole du bémol) avant le chiffre, et écrire Cb9 (Do majeur bémol 9): si à l'inverse on veut utilser la note située un demi ton au dessus, il faut rajouter un # avant le chiffre. ## Les modes: pour les solistes ![](https://i.imgur.com/qOEc2ow.png) > Merci OD pour cette partie, et pour cette image incroyable. Les modes, ce truc merveilleux qui permet de se la péter en casant des mots de grec ancien pour désigner le solo de porc que ton pote shreddeur vient d'exécuter. Plus sérieusement: on vous avait présenté 3 gammes différentes, mais vous vous doutez que les instrumentistes sont loin de s'être contentés de 3 enchaîements de notes pour composer leurs parties, et les modes sont un pan entier du panel qu'ils ont à disposition. Pour comprendre les modes, c'est très facile: il suffit de regarder, encore une fois, les touches blanches d'un piano. ![](https://i.imgur.com/eLkP8V0.png =400x) Vous vous rappelez que durant le premier cours, on a obtenu la gamme majeure en partant de Do, et en relevant tous les intervalles entre le Do et les touches blanches suivantes (fondamentale, seconde majeure entre Do et Ré, tierce majeure entre Do et Mi, quarte entre Do et Fa, etc...) Et bien, on va temporairement renommer la gamme majeure en **mode de Do**, puisque on l'a obtenue en partant du Do et en relevant tous les intervalles obtenues entre le Do et les *six touches blanches suivantes*, pour obtenir au total 7 notes. Avec ce principe, il devient facile de comprendre ce que peut-être le **mode de Ré**: on part du Ré sur le piano, on prend les notes correspondants aux 6 touches blanches suivantes et on relève les intervalles pour obtenir une nouvelle liste. On obtiendrait ainsi les notes: Ré, Mi, Fa, Sol, La, Si, et Do, ce qui, écrit en liste d'intervalles, donne: * fondamentale (Ré) * seconde majeure (Mi) * tierce mineure (Fa) * quarte (Sol) * quinte (La) * sixte majeure (si) * septième mineure (do) > Petit point de formalisme: il est également courant de désigner une gamme non pas en prenant toujours comme référence la fondamentale (notation pratique pour comprendre les degrés, comme vu au premier cours), mais en indiquant les intervalles entre une note et la note suivante dans la gamme. Ainsi, on peut réécrire le mode de Ré ainsi: 1-1/2-1-1-1-1/2-1, puisqu'il y a 1 ton (2 demi-tons) entre la première note et la deuxième, un demi--ton entre la deuxième note et la troisième, etc... La liste d'intervalle ainsi obtenue est donc le **mode de Ré**. On peut utiliser le même principe pour obtenir le mode de Mi, de Fa, de Sol, de La et de Si. > Seulement 7? Il n'y a pas de mode de Do dièse ou de Si bémol? Et bien... Non. Rappelez vous, la désignation "Mode de Ré" n'a de sens que parce qu'elle correspond à une liste d'intervalles obtenue *en partant du ré sur un piano et en utilisant les touches blanches*: c'est simplement un moyen mnémotechnique qui permet de comprendre comment on peut l'obtenir. C'est la raison pour laquelle, en, pratique, chaque mode a un nom caractéristique (dit nom courant) qui permet de se détacher de cette notation: ainsi, le mode de ré porte également le nom de **mode dorien.** Pour le FC Flemme, petit tableau récapitulatif des modes et de leur noms. | Nom moderne | Nom courant | Liste d'intervalles | | ----------- | ----------------------------------------- | ----------------------------- | | Mode de Do | Gamme majeure/Mode **ionien** | 1 - 1 - 1/2 - 1 - 1 - 1 - 1/2 | | Mode de Ré | Mode **dorien** | 1 - 1/2 - 1 - 1 - 1 - 1/2 - 1 | | Mode de Mi | Mode **phrygien** | 1/2 - 1 - 1 - 1 - 1/2 - 1 - 1 | | Mode de Fa | Mode **lydien** | 1 - 1 - 1 - 1/2 - 1 - 1 - 1/2 | | Mode de Sol | Mode **mixolydien** | 1 - 1 - 1/2 - 1 - 1 - 1/2 - 1 | | Mode de La | Gamme mineure naturelle / Mode **éolien** | 1 - 1/2 - 1 - 1 - 1/2 - 1 - 1 | | Mode de Si | Mode **locrien** | 1/2 - 1 - 1 - 1/2 - 1 - 1 - 1 | > Vous pouvez le voir sur ce tableau, on retrouve la gamme majeure ainsi que la gamme mineure naturelle, ce qui est logique puisqu'on les a elles aussi construites en utilisant les touches blanches du piano. Ainsi, vous pouvez désigner "La mineur naturel" comme "La éolien", c'est valide. Même si cela vous rapproche d'un cuistre en soirée mondaine. Cela fait donc un large panel de nouvelles gammes qu'on peut utiliser pour composer des mélodies et pour exécuter des solos! En effet, les modes musicaux sont notamment utilisés par les instrumentistes solistes, et chaque mode a une couleur bien particulière qui peut servir dans différents contextes. Quelques exemples: * Le mode phryigien est largement utilisé dans le heavy metal, notamment pour les riffs de guitare (un classique dans le thrash metal notamment) et les solos (coucou Kirk Hammett). * Le mode dorien est la marque de fabrique du guitariste Carlos Santana. * Le mode lydien est à la base du générique des Simpsons, et est aussi beaucoup utilisé par des guitaristes solistes, comme Steve Vai ou Joe Satriani. Une utilisation assez représentative des modes en musique, c'est le jazz. Tout le principe des morceaux de jazz, c'est d'avoir une grille d'accords, souvent assez complexes et avec des couleurs très particulières, sur laquelle les solistes doivent improviser en continu. Un moyen assez efficace de trouver rapidement une base d'improvisation est: -de relever (à l'oreille ou sur une partition) l'accord joué par l'accompagnement -de trouver le mode qui permettra d'obtenir des notes adéquates avec l'accord en question -d'utiliser ce mode pour jouer son solo. Cette discipline nécessite donc une connaissance très approfondie de tous les modes, mais permet de s'adapter à presque n'importe quel accommpagnement. > Pour ceux qui voudraient un cours d'approfondissement++, je me réserve une cartouche: on a obtenu les 7 modes en question en partant des touches blanches du piano, autrement dit, de la gamme majeure. Mais on peut obtenir 7 autres modes en partant, à la place, de la gamme mineure harmonique, voire d'une autre gamme plus exotique.