# REUNION 3 ###### tags: `reunions en visio` * Hugues : rappel de la démarche générale * Christophe : proposition avec des habitants autour de l'expérience du théâtre forum * Hugues : l'intérêt est que tu précises comme tu vis ton expérience au prisme de la situation actuellement, comme cela peut être un dévoilement sur les rapports sociaux et la "société d'après" * Christophe : l'activité est arrêtée par le confinement * Hugues : la situation de confinement peut être aussi un lieu d'interrogation de l'expérience comme le théâtre sur le rôle d'un "art social" dans sa fonction de dévoilement, sa capacité de provoquer un imaginaire * Dominique, on a une activité "plus, plus" en période confinement, j'ai démarré ce matin en réunion à 7h avec des Anglais, c'est la première fois que j'ai une activité numérique aussi développée avec un plan international. Je ne suis pas sûr que cela va produire des effets pour "l'Après". Il a sur la question de l'alimentation des conséquences, il y a qqch qui est en train de se travailler, il y a aussi dans cette effervescence numérique un travail de résistance qui se met en oeuvre pour coordonner, réfléchir. Notamment que les questions d'accès à l'alimentation. Je ne sais pas ensuite si cela changera. * Georges, relater les questions que l'on se pose, d'où elles viennent et comment elles évoluent au regard de la pandémie. Sur notre asso FLF fLEUVE lOIRE fERTILE on continue des réunions à distance de co-coconstruction avec d'autres assos sur l'itinérance douce en bord de Loire, concertation / plate-forme inter associative citoyenne à l'échelle d'un bassin de vie, exemple plate-forme entre producteurs bio et acheteurs. Comment envisage-t-on la gouvernance d'un écosystème associatif, composer avec le vivant et construit du commun en préservant cette hétérogénéité de langue, d'expérience, de statut. M'inspire de Yannick Blanc qui écrit un article ["est-il possible de gouverner un écosystème](https://fr.linkedin.com/pulse/peut-on-gouverner-un-%C3%A9cosyst%C3%A8me-yannick-blanc) et Emmanuelle Pouydebat sur la [bio-inspiration](https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=GqUDdQe9C9Q) * Christine confinée en Normandie, activité en ligne, forum, participe à différents réseaux. Travail d'approfondissement intérieur, travail avec un projet de tiers lieux rural, café associatif sur la dimension de transition, en relation avec le [tiers lieu de Vernon](https://actu.fr/normandie/vernon_27681/les-manufacturiers-vernon-tiers-lieu-abriter-initiatives-dans-leure_21024551.html). Idée de créer une communauté. Comme cette expérimentation peut se diffuser, lier dimension économique et associative, comment la dynamique communauté peut prendre, travaille aussi sur le plan spirituel et coaching et avec un groupe artistique. Les choses se mettent en cohérence, comment on peut faciliter une dynamique de changement. Cela rejoint le paradigme de résistance et d'educ pop du réseau RA et à la fois le paradigme de la conscience de soi-même, être totalement dans l'instant présent et à partir de là inventer d'autres vies possibles. * Hugues : il y a plusieurs problématiques transversales qui émergent dans ce contexte de déprise avec reconfiguration possible entre le développement personnel et un parcours expérientiel et un développement social en termes d'expérimentation. La question est alors comment on ne sera pas simplement dans la reproduction de ce que l'on expérimente pour laisser émerger de nouvelles formes sociales dans quels espaces ? Or nous avons déjà précédemment avec l'exemple des Gilets Jaunes, le constat d'un rendez-vous manqué. * Christophe : je suis assez négatif, se reproduisent les inégalités sociales, notamment quant à l'utilisation des outils numériques, on reste avec un groupe de privilégié et laisse les Invisibles de côté sans possibilité de faire collectif. * Hugues : c'est exact que la situation joue un rôle de démultiplicateur, ceux qui sont solidaires seront encore plus solidaires, et ceux qui sont exploiteurs encore plus exploiteurs, on peut assister à une exacerbation des rapports sociaux avec un renforcement des processus pré-existant dans un sens de transformation ou dans un sens de contrôle et de domination. * Georges : depuis 2012 UN de nos prérequis qui oriente nos activités est que face à ce qui s'annonce dans les difficultés de la transition générale, en particulier les conséquences écosystémiques non préfigurables du dérèglement climatique, les modes de mobilisation des ressources humaines ne seront pas à la hauteur (cf ROUEN, la pandémie ... SONT LES MALHEUREUSES ILLUSTRATIONS).Aussi notre souci est d'anticiper ces "débordements" (sans prétendre être en mesure d'assurer une "maîtrise) en apprenant comment par le faire interassociatif au moins nous sommes en mesure de coopérer, de coconstruire des actions selon des approches globales , transverses... Un apprentissage, un entraînement à de la mobilisations citoyennes susceptible de constituer une intelligence territoriale collaborative en particulier avec les élus et agents territoriaux et experts.Faire qu'à la longue il y ait une acceptabilité culturelle, institutionnelle de constitution de scènes de travail formalisées entre ces acteurs lors de la construction et application d'une politiue publique, de comment FAIRE FACE aux épreuves. La visée modeste et immodeste face aux effets de la transition est qu'un maximum d'acteurs de la société civile puisse être partie prenante de la constitution des problèmes et de la réalisation des actions. La pandémie est un puissant révélateur des "ignorances" dans lesquelles nous sommes tous. Elle est un révélateur des AMPLEURS, des échelles de temps et espaces, de la propagation écosystémique "d'un battement d'aile de papillon dans un coin de la planète jusqu'à une tornade catastrophe à un autre coin de celle-ci" Et pour affronter ces inconnus une autre culture, un autre projet de société mobilisateur des ressouces est à explorer,inventer. * Dominique : sur l'alimentation, le gouvernement à fermer les marchés ouverts, cela a mis en difficulté les paysans qui sont en vente directe, les consommateurs se sont débrouillés avec les paysans pour maintenir les circuits de distribution. Les syndicats FNSEA et ministère soutiennent la grande distribution avec un discours guerrier sur le patriotisme alimentaire en obligeant la production agricole et la consommation industrielle d'aller en priorité vers la grande distribution. Cela va façonner la sortie de la crise, dans le sens d'un renforcement du système agro-alimentaire et d'un affaiblissement des circuits de proximité. De plus, la période empêchée la récolte et de mettre en route les récoltes pour l'année prochaine. Les comportements alimentaires doivent changer autant que l'offre alimentaire, la majorité des consommateurs ne mangent pas de produit frais dans cette période. L'aide alimentaire qui concerne 6 M de personnes. Peut-on attendre qqch de l'Après, les rapports de forces sont renforcés. On peut attendre une transition du côté de la société civile ? * Georges, ça ne viendra pas des élus et de l'état mais on peut trouver des alliés. En partant d'initiatives citoyennes autonomes mais cherchant à embarquer des acteurs publics nous découvrons, apprenons, "bricolons" des faire visant la coconstruction du commun du problème, la conception de dispositifs, des alliances plus ou moins flottantes qui amènent des changements avec l'état.... et dans la construction de savoirs, de connaissances.C'est dans ce faire "ouvreur", navigant, réflexif que je situe "l'ACTION RECHERCHE" différente de ce qui est entendu dans la "recherche-action. * Hugues, je crois que la situation ne provoque pas de nouveaux processus, mais les renforce dans un sens comme dans un autre, d'un côté les logiques de pouvoir et de contrôle, de l'autre, mais d'un autre côté les logiques alternatives. Il faudra être attentif à ce qui émerge autour de nous comme contre espaces. À titre d'exemple l'association Intermèdes dans le 91 distribue de l'aide alimentaire dans les bidonvilles et les hôtels sociaux. C'est le boulot de RA d'être de côté de la société et de permettre aux acteurs de produire un savoir pour cela devient un référentiel. Il y a des formes qui étaient déjà en résistance, mais qui peuvent devenir à l'occasion de cette situation des points de levier d'un conte-espace. Comment mettre en visibilité ce processus. * Dominique : Comment cela se passe pour la partie de la population qui n'est pas sur ce chemin-là , qui sont les plus fragiles et déjà sur des problèmes de santé ? * Hugues : Ceux qui devraient jouer un rôle structurant, les corps intermédiaires (asso, syndicats, partis) non jouer ce rôle déjà à l'époque des Gilets Jaunes qui développaient un imaginaire instituant, un autre rapport à l'alimentation, à la gouvernance, à l'économie. Ceux qui devaient accompagner ce mouvement en posant des alternatives n'ont fait que reproduire le même schéma. Et c'est la même chose aujourd’hui vis-à-vis de la pandémie, ils mobilisent des formes de militantismes traditionnels, ils réfléchissent à "l'Après" comme ce qu’ils le faisant "avant". Ce sont les mêmes populations défavorisées qu’ils passeront à la trappe. Je ne pense pas que cela soit seulement sur un schéma d'ingénierie social de développement local qu'on y arrivera si on ne part pas plus profondément des zones de déprises d'où émerge de manière plus ou moins éruptive et peu visible des formes d'organisation sociale. Et après seulement peut se concevoir une logique technicienne de dispositif d'accompagnement. Je ne suis pas sûr que le tissu associatif soit porteur aujourd'hui d'un imaginaire instituant. * Dominique : Le problème, c'est qu'il n'y a pas vraiment de formes possibles en dehors des associations et des coopératives. Dans ma région le préfet a refusé une association de gilets jaunes. Les collectifs informels sont délégitimés, sur quels collectifs s'appuyer ? * Hugues : je crois justement que l'on ne peut pas déterminer une forme à l'avance en y plaquant un dispositif et un objectif. Pour les gilets jaunes, il y avait un fort imaginaire instituant, une "forme sociale totale" dans le sens anthropologique, où on retrouvait toutes les dimensions du vivant à travers espaces collectifs. Et après ces plaquées des tas de formes déjà constituées et normatives d'un point de vue militant ou politique, mais qui n'a pu être capté et traduit en forme politique. En revanche le tiers espace peut être un lieu d'accueil où pourrait s'expérimenter quelque chose dans des formes non privatives dans la logique des communs. * Dominique : Il y a un consensus mou autour du "colibrisme" avec des propositions qui ne corresponde qu'à une minuscule partie de la population qui n'est pas dans une problématique d'accès aux ressources. On l'a vu à l'échelle des dernières municipales. Comme si on n'était pas dans un rapport de force et qu'on ne prenait pas en compte un an de lutte des gilets jaunes. * Hugues : Il y a aussi un enfermement dans les micro-réalisations, "small is beautiful" qui se réfugie dans un autonomisme qui peut être conformisme voir réactionnaire. En revanche à la faveur du confinement il y a une sorte de réappropriation d'une culture DIY autour du jardinage et du bricolage avec les limites d'un entre-soi ou d'un individualisme. Mais il serait intéressant d'être attentif aux effets secondaires que provoque le confinement. * Christophe : le confinement renforce les différences de classe, les jardins partagés dans le quartier de l'Arianne sont actuellement fermés. Il n'y a que les personnes qui ont le privilège d'avoir un jardin. * Hugues : Le jardin est fermé ? * Christophe : oui, il y a seulement une personne référente qui s'occupe du poulailler et qui arrose, mais ils n'ont pas le droit de se retrouver deux sur le même espace. Et personne n’est sur internet parmi la vingtaine de personnes qui s'occupe du jardin. * Hugues : j'ai vu aux infos qu'il était possible de négocier un jardinage sur des parcelles undivduel. Voir aussi comme fait l'association Intermèdes qui arrive à faire de la distribution alimentaire dans les bidonvilles et les hôtels sociaux. * Pierre Alain : Possbilité sur Marseille et Aix de distribuer des repas, distribution de paniers avec les producteurs locaux avec des associations qui sont déjà repérées pour le faire (ATD Quart Monde, Secours populaire, Emmaüs ou certains centres sociaux). Nous sommes confrontés à des pb d'accès à l'alimentation pour des familles qui n'ont plus de revenus donc pas de possibilité d'aller aux supermarchés du coin après la fermeture des marchés. Pour rebondir sur la discussion précédente. D'un côté, nous assumons une démarche réflexive où l'on ne sait pas où on va et en même temps, on a un regard sur le "colibrisme" ou le "small is beautiful" qui pourraient être des "mauvais signaux" voir "inquiétant". Comment alors penser des stratégies d'alliance avec des personnes et des groupes qui ne sont pas "proches " de nous encore ? Mais dont nous considérons qu'ils peuvent entendre des "tensions" ou "conflits" et surtout qu'ils sont ouverts aujourd'hui au questionnement sur la situation du monde et de leur monde. Nous ne devons ménager personne, mais nous devons être aussi en situation d'être en relation avec ces personnes qui sont "en chemin" de conscientisation. La période actuelle sera conscientisante. Pourtant, après tant de questions posées en confinement, de très nombreuses personnes vont aller vers des réponses ou solutions toutes faites : et bcp vont trouver les espaces de diffusion de leurs analyses qu'ils soient néo-libéraux (il faut plus de marché, l'Etat n'a rien prévu) ou les souverainistes (ou la version la plus proche de nous : la démondialisation...) Comment alors nous allons pouvoir dépasser et croiser nos milieux ? Partir avec l'idée de ce qui fait levier, même si c'est des micro-réalisations. Accepter d'ouvrir des "scènes" comme le dit Georges. Avec des personnes qui ont pu échouer, et dont le risque évidemment est qu'ils reproduisent leurs logiques techniciennes, mais il faut pouvoir les interpeller, faire conflit. Ce n'est pas faire de l'activisme, mais avoir une stratégie. Je suis inspiré par les expériences d'archipel au sens où nous devons mettre en tension notre identité racine et celle de l'identité relation pour citer Glissant. Dans un archipel, les énergies rares sont les marginaux sécants qui font le lien entre plusieurs mondes. Je partage l'idée de Georges de commencer par notre réseau, cartographier nos relais et nos mondes, partir du partage de nos parcours et rendre lisible sans doute des premières pistes d'alliances ou d'interpellations pour faire archipel. * Hugues : il y a des dimensions complémentaires qui s'articulent dans la recherche-action : il y a la dimension stratégique dont tu parles Pierre Alain et la production du savoir. C'est un aller-retour continuel entre la recherche et l'action. Mais si on est uniquement sur un versant stratégique, on est dans la reproduction du même, de ce que l'on fait déjà. Il faut donc être sur les deux versants alternativement. Et par le biais d'outils méthodologiques comme l'enquête sociale, les récits de vie, la cartographie sociale, le théâtre forum, etc., arriver à mettre des mots sur cette partie invisible d'une forme sociale qui est porteuse de sens et nous apprend sur la société d'aujourd'hui * Dominique : ce que nous avons en commun justement est d'être des "marginaux sécants". On s'appuie sur des jeux de rôle par exemple avec des paysans, des techniciens des collectivités publiques, des salariés d'entreprise pour partager la compréhension ce qu'est un système alimentaire. Ce qui peut faire levier, c'est de socialiser et faire que ce type de connaissance soit partagé dans des actions communes. On peut trouver des alliances avec d'autres acteurs de l'Educ Pop. Cela produit des effets de conscientisation. * Georges : Cela m'évoque mon expérience en Afrique avec des sociétés qui sont dans la survie.Trés, trés schématiquement la faiblesse des ressources nécessite leur mobilisation maximum.Sans perdre de vur les systèmes de contrôle, de domination existants (-castes, esclavage ..) La PALABRE est un acte, des dispositifs, geste culturel, une construction des problémes en même temps que de mobilisation la plus large possible pour arrêter une décision du collectif et sa mise en eouvre... ... Ce temps est déterminant, complexe, variable selon les ethnies.Ce temps permet l'accueil de la diversité de paroles, d'expériences, de représentations, de multiples points de vue. Dans un même mouvement il y a enrichissement du problème ET IMPLICATION pour la future MOBILISATION de l'auteur de la parole recueillie. Il y a toute une procédure en matière de dispositif, de convention en matière de rhétorique, en gestion de l'honneur des singularités où l'identité de chacun soit à l'aise avec l'identité collective.On provoque des situations potentielles d'innovation quand sont travaillés les "entre deux" des singularités s'exprimant(Voir Jullien Les transformations siencieuses, l'écart et l'entre ..) * Christine : dans une approche personnelle et de spiritualité il y a aussi une manière de parvenir au but dans la manière de poser des choix de vie, cela dégage des espaces et des modalités d'action, ouvre le champ des possibilités, tout en alliant dimension individuelle et collective