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# Affirmer et assurer sa place d’expert, de conservateur, de gestionnaire et protecteur de documents
L’archiviste est depuis des siècles reconnu comme le gardien des mémoires de nos civilisations. Cependant est-ce que l’archiviste peut conserver cette place à l’heure de l’ère numérique. Maud Lasterre fait référence dans son article *[L’archiviste est-il soluble dans le numérique?](https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2015_num_240_4_5315)*, à un dicton que Catherine Bernard, archiviste communale à Toulouse, lui disait
> “L’archiviste doit être ancré dans le présent et tourné vers l’avenir“.
## Qualités d’un archiviste à l’ère du numérique. Savoir-être et savoir-faire.
L’archiviste acquiert au travers de sa formation des connaissances et compétences rédactionnelles, méthodologiques spécifiques aux archives papiers et dorénavant à la gestion de documents numérique. A travers l’article de Maud Lasterre, *[L’archiviste est-il soluble dans le numérique?](https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2015_num_240_4_5315)*, sont abordés les attitudes à adopter dans la mise en place de système de gestion documentaire. Les conseils dictés, par des professionnels, sont tout aussi applicables en général au travail d’archiviste. En effet, la veille sur la gestion d’informations numériques et sur les avancées archivistiques est indispensable dans l’acquisition de nouvelles connaissances, qu’elles soient sur l’archivage papier ou numérique.
Cette vigilance permettra de répondre aux attentes inscrites dans le *[cadre stratégique commun de modernisation des archives pour 2020-2024](https://www.gouvernement.fr/cadre-strategique-commun-de-modernisation-des-archives-3042)*, par exemple
> “Assurer la continuité de la plateforme d’archivage VITAM et de ses déclinaisons (ADAMANT, SAPHIR, ARCHIPEL)”.
Pour répondre à ce point, les archivistes doivent les connaître, afin d’amplifier la résonance de la plateforme d’archivage numérique [VITAM](https://www.youtube.com/watch?v=HGJZBHPLktA&feature=youtu.be)[^11] et aux programmes [ADAMANT](http://www.archives-nationales.culture.gouv.fr/fr/web/guest/archiver-les-donnees-numeriques-adamant)[^12] aux Archives nationales, SAPHIR au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères et ARCHIPEL au ministère des Armées. La notion de veille est donc importante dans l’inscription du métier dans le futur.
Pour être ou devenir un archiviste soucieux de bien faire, il est important que l’individu exerçant le métier dispose de certaines spécificités. Maud Lasterre, toujours dans le même article évoque, avec les professionnels, d’autres attitudes à adopter.
> “Céline Guyon conseille tout d’abord de se méfier des attitudes négatives qui peuvent desservir les archivistes, mais aussi d’être réactif et enfin de faire valoir son expertise.”
À ces savoir-être, nous pouvons rajouter le fait d’être un bon communicant pragmatique à l'écoute des autres, et à l’écoute de la conception ou a priori sur le métier. Dans un article nommé *[Regards croisés sur l’archiviste numérique : entre rupture et continuité](https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2016_num_244_4_5428?q=%22archiviste%22+and+%22num%C3%A9rique%22)*, les quatre auteurs montrent une vision du métier souvent biaisée.
> "L’archiviste n’a en revanche pas sa place dans l’environnement numérique car, aux yeux de nos interlocuteurs, il s’agit d’un univers à part qui ne saurait entretenir de liens avec le papier pour la bonne raison qu’il en est l’antithèse, voire le “remède”".
L’archiviste doit à ce moment précis s’adapter à son interlocuteur. Dans cet article, les auteurs montrent la polyvalence du métier :
> “La mise en place d’un SAE, au sens de « stratégie d’archivage électronique », n’est possible qu’en appuyant nos savoirs et savoir-faire sur un savoir-être : ne plus se placer en censeur du haut de son patrimoine mais comprendre nos interlocuteurs (leurs représentations de l’archiviste, du fait numérique et de ses usages) et leurs besoins courants afin d’y répondre. Cela constitue un début de démarche d’accompagnement au changement pour susciter l’acceptation de notre expertise et de nos actions.”
Ainsi l’archiviste peut remplir sa mission, dans ce cas-ci de mise en place de SAE, et amène une vision numérique du métier souvent occultée. Dans ces situations, l’archiviste effectue naturellement une adaptation :
> “Si nous demeurons archivistes, les usages du numérique par les producteurs d’archives nous imposent d’adapter notre positionnement, notre discours et nos actions, pour continuer à exercer nos missions dans un environnement mixte.“
Ces moments de travail nécessitent un positionnement neutre et réfléchit où l’archiviste ajoute la casquette décideur de priorité, voir chef de projet.
Pour finir, un des savoir-être important dans le métier d’archiviste est la remise en question perpétuelle des processus métiers et pratiques. Le numérique, dans sa complexité, a et va contester les principes fondamentaux de l’univers archivistiques français. Stéphanie Roussel évoque le principe des [3 âges](https://archives.strasbourg.eu/n/les-differents-ages-d-un-document-d-archives/n:69)[^13], dans son allocution lors de la journée professionnelle.
> “En réalité dans le numérique, même si le code du patrimoine continue à se fonder là-dessus, on se rend compte que cette théorie et de moins en moins valable, viable et qu’on peut très bien archiver des documents qui sont très important du point de vue historique et patrimonial dès le moment de leurs créations, parce que le service administratif qui en a besoin va garder une copie chez lui et qu’on va mettre dans un coffre fort, dans un système d’archivage électronique qui permet de pérenniser ces informations là, une copie dès le moment de la création.”
Cette réflexion montre le changement de collecte du document mais aussi de la pensée archivistique. Le principe des 3 âges présent depuis plus de 60 ans dans les principes archivistiques français, est dorénavant remis en question dans la gestion d’archives numériques. Ainsi, l’archiviste doit adapter l’ensemble de ces connaissances et de ces savoirs à l’environnement documentaire et technologique qui l’entoure, afin de garder sa place d’expert.
## Démontrer son expertise, gage de futur évolution de la profession et de son expansion.
Actuellement, l’archiviste est confronté à la transition, acclimatation du numérique au sein de ses services et usages propres. Cependant, il fait aussi face au manque de confiance sur la gestion numérique. En effet, l’article *[Regards croisés sur l’archiviste numérique : entre rupture et continuité](https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2016_num_244_4_5428?q=%22archiviste%22+and+%22num%C3%A9rique%22)* évoque cette vision des services verseurs et peut s'agrandir au public en général. Dorénavant, l’archiviste a besoin de mettre en avant son expertise, manuscrite ou numérique, pour crédibiliser cette nouvelle gestion de l’information. Les publics doivent comprendre que si les archivistes prennent le pas de la gestion numérique ce n’est pas pour suivre la tendance et gagner du terrain. Ce dévouement est le même que pour le papier, il faut, et on doit sauvegarder et conserver les documents pour les générations futurs.
Le SIAF (Service Interministériel des Archives de France), l’AAF (Association des Archivistes Français) ainsi que l'ensemble des services d’archives et des archivistes doivent rappeler que l’archivistique est une science de sauvegarde et de conservation où ces acteurs disposent de réelles connaissances et expertise pour le support papier comme le support numérique.
Il est à noter que l’AAF a mis à disposition, depuis février 2014,[ un référentiel métiers et des fiches de poste](https://www.archivistes.org/Referentiel-metiers-et-fiches-de-poste)[^14] sur leur site. On peut retrouver le métier de Agent archiviste, Assistant archiviste, Expert archiviste, Manager archiviste ainsi que des
“fiches de poste-type concernant le personnel des services d’archives spécialistes de la conservation – restauration”. Les fiches métiers expert archiviste, archiviste manager et assistant archiviste, montrent à intensité variable la présence de savoirs et savoir-faire liés au numérique comme “outils informatiques”, “principes de l'archivage électronique”, “principes du records management” et “choisir et mettre en œuvre les solutions d'archivage électronique”. La présence de ces notions montre bien la légitimité des archivistes dans la gestion numérique. De plus, la définition des archives dans le *[Code du patrimoine](https://www.legifrance.gouv.fr/affichCodeArticle.do?idArticle=LEGIARTI000032860025&cidTexte=LEGITEXT000006074236&dateTexte=20160709)* a été modifié en 2016 pour y incorporer les données. Cette modification représente une prise de conscience des avancées technologiques et informationnelles dans la sphère archivistique.
Même si ces exemples soulève l’expertise constante des archivistes, il faut reconnaître l’expertise d’analyse documentaire du métier.
Maud Lasterre, toujours dans le même article[^15], relève la notion d’expertise connue avec l’aide de Céline Guyon.
> “[...] l’archiviste maîtrise le cycle de vie des documents, la réglementation en matière de conservation et de communication, les procédures de collecte, etc.”.
Dans l'article *[Regards croisés sur l’archiviste numérique : entre rupture et continuité”](https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2016_num_244_4_5428?q=%22archiviste%22+and+%22num%C3%A9rique%22)*, l’expertise technique du support et de la qualité de conservation sont mis en avant, tout en soulignant le manque de confiance des services versants.
> “Pour l’archiviste, c’est un retour aux fondamentaux du métier car c’est son expertise technique des supports et de leurs qualités de conservation pérenne et authentique qui est alors interrogée par les services producteurs.”
Tous les archivistes ne sont pas spécialistes des documents numériques ou de la gestion d’archives par le numérique, mais il est nécessaire que cette profession, inscrite en parti dans les SIC (Science de l’information et de la communication), soit reconnue comme actrice experte de cette gestion numérique.
A l’heure où les données sont porteuses, selon les pensées collectives, d’ouverture des connaissances avec les open et big data, un des travaux de l’ombre possible est aussi le travail pour obtenir des données visibles et utilisables. Dans *[Le numérique: beaucoup de gestes pour un meilleur partage](http://www.gout-numerique.net/table-of-contents/collecter-et-mettre-en-donnees/le-numerique-beaucoup-de-gestes-pour-un-meilleur-partage)*, Dominique Naud évoque ce travail de fond méconnu et cite
> “Jérôme Denis le souligne dans un entretien à propos de son livre Le travail invisible des données. Éléments pour une sociologie des infrastructures scripturales : «Assumer explicitement que les données sont toujours travaillées, montrer que ce travail est la condition même de leur scientificité (ou de leur efficacité pour les entreprises par exemple, de leur justesse, ou encore de leur qualité pour le débat citoyen) est un enjeu primordial en ces temps où les données sont présentées comme des ressources qui seraient naturellement disponibles et qu’il suffirait de libérer pour qu’elles circulent sans friction ».”
Dans le futur, les archivistes seront beaucoup en contact avec des données. Même si peu d’entre eux doivent effectuer ce travail, il est important de l'éclaircir afin que l’ensemble des utilisateurs de données, professionnels ou non, aient conscience qu’une donnée ne peut être donnée sans quelconque travail de contextualisation ou d’explicitation. L'ensemble de ces exemples de l’avancée du numérique dans l’univers des archives montre la volonté du coeur de métier de s'inscrire depuis des années dans cette transition numérique, d’en connaître les notions et de devenir expert dans cette nouvelle forme de gestion de l’information. Cependant l’archiviste ne peut gérer l’information numérique seul. Il nécessaire qu’il s’entoure de profil divers pour palier son manque de connaissances ou plus simplement de temps.
## Besoin d’équipes mixtes sous-estimé. L’archiviste doit pouvoir travailler d’autres coeurs de métier.
La gestion de documents sous forme numérique par GED (gestion électronique de documents) ou par SAE, amène les archivistes à s’entourer de personnes bien plus compétentes sur le sujet. Dans *[La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère du numérique](https://www-cairn-info.ezproxy.u-bordeaux-montaigne.fr/revue-les-cahiers-du-numerique-2012-3-page-15.htm)* de Yvon Lemay et Anne Klein, les auteurs citent la Stratégie canadienne sur l’information numérique :
> « si nous voulons relever le défi de la numérisation, toutes les parties concernées, quel que soit leur secteur d’activités et sphère de compétences, doivent unir leurs forces et investir ensemble ».
Ces paroles montrent, dans un article consacré aux archivistes, le besoin dans nos sociétés de plus en plus dématérialisé et numérisé, d’un mélange de professions. Si l’ensemble des personnes relatives à ces questions de numérisation doivent communiquer et interagir avec des coeurs de métiers spécialistes de l’informatique et du numérique, il est nécessaire que celles-ci soient familière avec l’univers informatique, pour obtenir une communication fluide avec les autres personnes présentes sur le projet. Julien Benedetti dit dans l’article *[L’archiviste est-il soluble dans le numérique ?](https://www.persee.fr/doc/gazar_0016-5522_2015_num_240_4_5315)*,
> “Par ailleurs, il doit avoir des connaissances en informatique (sans pour autant avoir devenir informaticien) afin d’échanger sereinement avec son service informatique.”
Ces équipes mixtes varient selon la fonction ou problématique du projet. Dans *[Le numérique: beaucoup de gestes pour un meilleur partage](http://www.gout-numerique.net/table-of-contents/collecter-et-mettre-en-donnees/le-numerique-beaucoup-de-gestes-pour-un-meilleur-partage)*, Dominique Naud parle d’un partage commun entre acteurs,
> “Nous entrons donc dans une ère où archivistes et chercheurs peuvent produire en co-construction et nourrir réciproquement leur travail.”
Tandis que Paul Servais et Françoise Mirguet dans *[Archiviste de 2030 : réflexions prospectives](https://books.google.fr/books?id=rzF6BgAAQBAJ&pg=PA39&dq=les+fonctions+de+l%27archivistique+%C3%A0+l%27%C3%A8re+num%C3%A9rique&hl=fr&sa=X&ved=0ahUKEwjJjqOBiKzpAhWLyYUKHYhBDrEQ6AEIMTAB#v=onepage&q&f=false)* évoquent le bénéfice de travailler avec les informaticiens
> “La gestion des espaces de stockage ne pourra être solutionnée que par des équipes mixtes composées d’informaticiens et archivistes.”
Ce partage de savoir-faire ne peut qu’être déterminant dans la création, avancée et réussite d’un projet de gestion documentaire. L’archiviste doit trouver sa place dans cette équipe, en montrant son expertise et son envie de bien faire.
> “Tout un défi pour une profession qui, jusqu’à présent, penche plus du côté de la prudence que de l'innovation. Entendons-nous bien. Il n’est pas question de mettre en péril le patrimoine documentaire qui nous est confié, mais un changement de paradigme s’impose dans la compréhension de notre rôle si nous ne voulons pas être cantonnés dans une fonction du conversateur du passé. Nous sommes d’ores et déjà des concepteurs de l’avenir et c’est cet aspect de notre mission qui doit renforcé.” Archivistes de 2030: réflexions prospectives.
Ce changement de ligne de conductrice pour la profession, de regarder le futur et non le passé, ne peut s’effectuer sans les possibilités de partage et de collaboration qu’offre notre ère numérique.
[^11]:TransformationPubliqueGouv, *Les éclaireurs de la transfo #30 - Garantir l'archivage des données numériques de l'État*, 20/05/2020.
[^12]:Archives Nationales, *Archiver les données numériques*.
[^13]:Archives de la ville et de l'Eurométropole de Strasbourg, *Les différents âges d'un document d'archives*.
[^14]: Association des archivistes français, *Référentiel métiers et fiches de poste*, 2014.
[^15]:Maud Lasterre, *L’archiviste est-il soluble dans le numérique ?*, 2015, Persée.