<style>#doc { text-align : justify; } </style> # Concilier le collaboratif et vie privée d’autrui A partir des années 2000, les services d’archives ont commencé la numérisation de l'État civil, de plans cadastraux et des registres matricules lors de la célébration de la première guerre mondiale. Ce lancement du processus de numérisation a créé en parallèle des salles de lecture en ligne. La grande visibilité des documents les plus utilisés dans les recherches généalogiques, de part des particuliers ou bien des professionnels, a amplifié l’intérêt pour le domaine archivistique. La numérisation est devenu un réel enjeu pour les services. Cependant à une époque où la présence en salle et le coût du service sont importants, la numérisation est un outil de communication et de possible valorisation périlleuse. L'inquiétude concernant la désertion des salles physiques n’est finalement restée qu’une crainte de ce changement. Comme Yvon Lemay et Anne Klein le relevaient dans *[La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère numérique](https://www-cairn-info.ezproxy.u-bordeaux-montaigne.fr/revue-les-cahiers-du-numerique-2012-3-page-15.htm)* : > “ L’expérience virtuelle des archives ne fait pourtant disparaître le besoin d’un contact direct avec les utilisateurs d’une part, et des utilisateurs avec les documents d’autre part”. Ce ne sont finalement que les généalogistes qui venaient principalement observer quelques Etat civil, ou autres papiers maintenant numérisés, qui sont désormais absent. Une fois cette inquiétude passée, il est maintenant important de faire attention à ne pas utiliser la numérisation à outrance. ## L’attraction de la valorisation et la communication des fonds, au détriment des services d’archives. Dans *[La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère du numérique](https://www-cairn-info.ezproxy.u-bordeaux-montaigne.fr/revue-les-cahiers-du-numerique-2012-3-page-15.htm/)* les auteurs citent Lemay pour évoquer ce sujet : > “Dans la situation actuelle où il existe une panoplie d’options possibles, il est tentant pour les services d’archives de vouloir tout essayer, d’être à la fine pointe des derniers développements. Le danger d’éparpillement, d’action sans lendemain, de surexploitation des ressources est bien réel. Plus que jamais, il est donc nécessaire d’encadrer ses actions, de déterminer des objectifs en relation avec sa mission, ses collections, ses clientèles et ses orientations stratégiques.” Avec des exemples d’expositions virtuelles brillantes commes les créations de la BNF (Bibliothèque Nationale de France), les services d’archives sont tentés, à leur échelle, de valoriser à tout prix leurs fonds. La réalisation de plusieurs supports différents de valorisation (applications, expositions, épisodes explicatifs, etc.) peut sur le long terme et selon la taille du public, être plus néfaste que bénéfique pour la structure. Le risque de surinformation, voir de désinformation est réel avec autant d'interactions possibles. Pour éviter que ces risques ne deviennent réels, dans un premier temps, les archivistes doivent sélectionner les fonds à numériser selon la demande actuelle et sa future valorisation. Et dans un deuxième temps, ils doivent choisir le support le plus adapté à leur public et au projet de communication. Les archivistiques présents sur le terrain deviennent donc le rempart d’une surexploitation des documents. La numérisation est un processus coûteux, long pour les services et est souvent effectué par l’extérieur. Ainsi donc, ces opérations sont des investissements à ne pas négliger. Après avoir relevé les inquiétudes et l’importance de sélection dans la numérisation des archives, il est à relever que la numérisation et le numérique dans sa globalité apportent de nouvelles opportunités pour le domaine archivistique. ## Le web, espace du nouveau souffle collaboratif. L’apparition de l’informatique et plus tard du web a permis de connecter des personnes aux horizons divers. Cette innovation a instauré une culture collaborative à travers ces divers utilisations. Gammaire disait en 2009[^16] : > “Lorsque le chercheur anglais Tim Berners-Lee conçoit le World Wide Web en mars 1989, il crée un outil collaboratif destiné aux chercheurs du CERN à Genève. Son but : permettre aux laboratoires d’échanger des informations, d’avoir accès à leurs bases de données. Bref, partager et collaborer pour faire avancer la recherche. Vingt ans plus tard, Tim Berners-Lee voit s’accomplir son intuition, mais à l’échelle mondiale. Le web, que l’on qualifie désormais de social, est devenu massivement collaboratif. Et c’est sans doute cela la vraie révolution du web.” Le partage de compétences et connaissances, dans le domaine des archives, prend de plus en plus d’ampleur avec le web. Des communautés d’usagers se forment avec l’envie d’aider et de valoriser le métier effectué. Dominique Naud dans son article *[Le numérique: beaucoup de gestes pour un meilleur partage](http://www.gout-numerique.net/table-of-contents/collecter-et-mettre-en-donnees/le-numerique-beaucoup-de-gestes-pour-un-meilleur-partage)* explicite les motivations de ces contributeurs. > “[...] ont permis d’identifier plusieurs motivations telles que l’intérêt pour un sujet historique comme la période de la Première Guerre mondiale, l’envie « de contribuer à quelque chose qui a du sens, d’être utile et de faire partie d’un groupe ayant un but précis », sans oublier le goût du jeu, une attirance pour la technologie ou encore une manifestation de reconnaissance pour le travail réalisé par le service d’archives.” Cette contribution collective peut s’effectuer de différentes manières. Dominique Naud explique dans son article qu’ >“Il en ressort que les pratiques sont très diverses et le spectre des possibilités très étendu depuis l’indexation collaborative, l’identification de documents, la correction ou l’enrichissement d’instruments de recherche, l’alimentation de dictionnaires jusqu’à la transcription et l’édition de textes collaborative.” Ce travail collectif est un reflet de l’intérêt porté au domaine. Toutes ces pratiques aident à consolider des outils utiles dans la recherche, mais le partage est aussi un paramètre important dans le processus collaboratif. Il permet en effet d’informer les contributeurs et acteurs entre eux mais aussi de communiquer la vie des services d’archives et leurs fonds. Dans *[La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère du numérique](https://www-cairn-info.ezproxy.u-bordeaux-montaigne.fr/revue-les-cahiers-du-numerique-2012-3-page-15.htm/)*, les auteurs évoquent l’impact du travail effectué sur le web grâce à une citation Emmanuel Roy. > « ceux et celles qui, sans jamais franchir le seuil des services d’archives, profitent de leur existence, grâce aux recherches et aux travaux de ceux qui les fréquentent ». Ainsi comme l’article de Yvon Lemay et Anne Klein analyse ce phénomène collaboratif, > “[...]cette démarche transcende désormais les besoins individuels pour être une véritable contribution à l’histoire collective.” ## Le risque du collaboratif : le non-respect de la vie privée d’autrui. Le collaboratif aussi bénéfique qu’il puisse être, peut malencontreusement devenir un outil dangereux. Le partage d’information et de document ne peut s’effectuer sans quelques règles. Le RGPD, entrée en vigueur depuis le premier juin 2019, a comme principe de demander l’autorisation de communiquer les données à caractère personnel. Des échanges collaboratifs risquent de permettre la diffusion de ces données par imprudence ou simple insouciance de certains utilisateurs. Il est important de rappeler que n’importe quelle archive ne peut être diffusée même si cette information est vitale pour la recherche. L’archiviste doit être un acteur du mouvement collaboratif afin de défendre l’espace public et de garantir le respect de la vie privée. Le Numéro 7 du *[Code de déontologie de l’ICA](https://www.archivistes.org/Code-de-deontologie)*, sur le site de l’AAF, montre la responsabilité de l'archiviste dans son utilisation, diffusion et partage de données > “Les archivistes visent à trouver le juste équilibre, dans le cadre de la législation en vigueur, entre le droit au savoir et le respect de la vie privée”. L’archiviste doit être informé sur les risques pénaux de diffusion de données et les risques sociaux, psychologiques sur les possibles individus concernés. Ainsi il pourra respecter la déontologie du métier et veiller au respect d’autrui. L’avenir de la gestion d’informations et des données peut aussi se trouver dans les méthodes des plus grandes entreprises détentrices de données personnelles. Stéphanie Roussel le soulève dans la même allocution évoquée tout au long de ce mémoire, l’intérêt pour les archivistes est de garder un oeil sur les GAFAM et autres grandes puissances informationnelles. > “Il va falloir aussi qu’on accepte de s’ouvrir un peu au monde et de regarder ce qui se fait en matière d’analyse de données chez nos grands amis qu’on connaît bien, les GAFA, les Facebook, les Google, etc. [...]” Dans cette partie de son allocution, Stéphanie Roussel précise sa pleine conscience des actions de ces entreprises et qu’elle n’est en aucun point entrain d’en faire la promotion. > “Mais simplement ce que je veux dire c’est qu’ils habituent les usagers à une qualité de service, que ces usagers là, s’attendront aussi à retrouver dans nos services patrimoniaux et nos services d’archives. Ça veut dire que si on ne prends pas le tournant, et si on ne s’adapte pas, et si on n’invente pas les nouveaux services qui vont bien pour communiquer les données qu’on a collecté, et qu’on s'efforce de conserver tant bien que mal, avec tout ce que ça induit en terme de compétences, de coûts, de réorganisations des services, etc. et bien je pense qu’on va louper un tournant.” Dans ses mots, Stéphanie Roussel montre l’intérêt de s’ouvrir au monde, de surveiller et d’analyser l’ensemble des acteurs de la gestion d’informations qu’elle qu’en soit leurs motivations. C’est en restant ouvert aux innovations et aux nouvelles technologies que le secteur des archives pourra assurer sa place de professionnel de l’information. Les dix dernières années ont modifié nos sociétés, nos institutions et nos quotidiens par l’avènement du digital. Ainsi, ces changements de productions de documents ou autre ont conduit des aménagements dans le domaine archivistique. L'archive elle-même n’étant que le reflet de notre société. L’apparition et montée en puissance du collaboratif est un atout majeur dans l'accomplissement du travail des archivistes et montre l'intérêt des individus pour l’univers archivistique. Cependant, les archivistes et plus largement les services auxquels ils appartiennent doivent mesurer les possibles risques et conséquences de la quête du digital, afin de ne pas perdre leurs crédibilité et leurs pouvoir de communication de l’information. [^16]: Yvon Lemay, Anne Klein, La diffusion des archives ou les 12 travaux des archivistes à l’ère du numérique, 2012.