# Historique des thés
## LongJing
Aux alentours de 300 de notre ère, des villageois d’un village situé autour du lac XiHu, près de Hangzhou en Chine, trouvèrent un rocher en forme de dragon alors qu’ils creusaient un puit. Ce puit fut nommé « Puit du dragon » (LongJing).
Au Xème siècle fut construit un temple près de ce puit, et les pèlerins qui y vinrent purent gouter le thé vert local, déjà produit depuis des centaines d’années dans la région du lac XiHu.
Ce thé vert local fut baptisé « Puit du dragon » par l’empereur KangXi de la dynastie Qing, et c’est son petit fils qui le fit inscrire sur la liste des tributs, le consacrant à sa renommée actuelle.
## FengHuangDanCong
En 1278, l’empereur ZhaoBing se rendit dans la province du GuangDong (Canton), et se rendit en chemin au village de FengHuang. Il gouta le thé provenant des théiers sauvages autour du village, et le trouva excellent. De là débute sa renommée, jusqu’ici conservée.
Le nom FengHuangDanCong est composé du nom du village : FengHuang, et de la particularité de la récole de ce thé : DanCong. En effet chaque récolte de FengHuang DanCong est indépendante : le thé est cueilli séparément pour chaque arbre. Les récoltes de chaque arbre ne se mélangent donc pas. Un arbre donne une récolte, et chaque récolte a lieu séparément des autres.
Et en chinois : Dan = séparé, Cong = arbre.
## Keemun
La province de Anhui ne fabriquait jusqu’à la fin du XIXème siècle que du thé vert.
Aux alentours de 1880, un ancien fonctionnaire nommé Yu GanChen revient à son village natal de Qimen (Keemun) avec lui tout le savoir faire qu’il avait reçu des fabricants de thé rouge du FuJian, où il exerçait son mandat avant de prendre sa retraite.
Il introduisit alors ces méthodes au village et alentours, et beaucoup quittèrent le thé vert pour le thé rouge, qui vint à s’appeler : Qimen Gongfu, ou Qimen HongCha, aussi raccourci en « QiHong ». Il a fait parti des plus grosses importations à l’étranger, et est encore apprécié aujourd’hui.
## Lapsang Souchong
Durant la première guerre de l’opium (1839-1942), de nombreux groupes armées locaux ou étrangers sillonnaient la province du Fujian. L’un d’eux décida de s’installer quelques jours dans le village de XingCun sur la fameuse montagne WuYi.
Ils n’y trouvèrent qu’une fabrique de thé pour se loger, seul bâtiment assez grand pour les accueillir. Mais ils interdisaient aux ouvriers de travailler leur thé, alors en pleine période de récolte.
Le thé était donc laissé dehors, et la récolte risquait d’être perdu. Le dirigeant de la fabrique décida pour éviter la faillite de faire sécher la récolte en la fumant au bois de pin, et partit à FuZhou pour vendre ce thé novateur : fumé au bois de pin.
Il plut tellement aux Etrangers qu’ils en firent l’un des thés chinois les plus exportés. C’est celui là même qui devint le thé « royal » en Angleterre, utilisé pour le fameux « afternoon tea ».
## Bilouchun
L’empereur Kangxi traversait en 1699 la province du JiangSu, où était produit un thé nommé Xiasha RenXiang : le « parfum qui effraie les hommes », en raison du parfum divin de ce thé. Ses conseillers lui proposèrent de le mettre sur la liste des tributs.
L’empereur accorda cette faveur mais lui donna un autre nom, plus éloquent : BiluoChun (la spirale de jade du printemps). En effet l’empreur voyant l’aspect du thé : vert emmeraude comme la jade et en spirale, cueilli au printemps, donna ce nom qui a traversé les siècles jusqu’à en faire aujourd’hui un des thés verts les plus fameux de Chine.
## DaHongPao
En 1385, un homme nommé JuZiDing partait pour Nanjing (alors la capitale de l’empire) passer ses examens impériaux. En passant par la montagne WuYi dans le FuJian, il tomba malade, et un moine du temple de TianXin YongLe le guérit grâce au thé de roche local.
Après avoir réussit ses examens, il revint remercier le moine, et lui demanda de quel thé il avait bénéficier pour guérir. Le moine lui donna le thé de roche, et DingXian pour remercier ce don entoura son Pao rouge (une sorte de longue robe traditionnelle réservé aux mandarins) sur le théier d’où était extrait les feuilles qui l’ont guérit, en lui faisant faire trois tours en signe de respect.
Revenu à Nanjing avec ce thé, il permit par un cas fortuit de guérir l’impératrice elle même, et la réputation de ce thé de roche, devenu le DaHongPao (le grand Pao rouge), était faite.
## TieGuanYin
Deux légendes entourent ce thé sur l’origine du nom.
- Wang ShiShi 王士仕est un élu local habitant à XiPing 西平, un village de AnXi 安溪. Un jour de printemps 1736, il invite des amis à se retrouver au jardin de NanXuan 南軒. Dans un terrain en friche, il découvre un théier pas comme les autres, qu’il replante dans le jardin de NanXuan et cultive.
En 1742, il est rappelé par la cour impériale. Il amène avec lui le thé qu’il a produit et le confie à un haut fonctionnaire de la cour. Celui-ci le transmet à l’empereur QianLong 乾隆de la dynastie des Qing 清, qui est un grand connaisseur de thé. Après dégustation, l’empereur est ravi par ce thé et le nomme TieGuanYin 鐵觀音. Tie 鐵 signifie « fer » et fait référence aux feuilles, lourdes et couleur rouille. GuanYin 觀音 est la déesse de la miséricorde et évoque ici la beauté du thé.
- À l’époque du règne de l’empereur YongZheng 雍正 (1722-1735), WeiYin 魏蔭, un vieil agriculteur de XiPing 西平, rêve qu’il marche le long d’une rivière et trouve au bout de sa promenade un théier poussant entre les rochers. Le lendemain, il parcourt le même chemin que dans son rêve et découvre, à sa grande surprise, le même théier. Il le déterre et le replante dans un chaudron en fer pour le cultiver. Fervent croyant de GuanYin 觀音 , il décide d’appeler le thé produit TieGuanYin 鐵觀音.
## DongFangMeiRen « Oriental Beauty »
Ce thé aurait été nommé par une reine d’Angleterre qui, en le buvant, l’aurait trouvé tellement bon qu’elle l’aurait décrit comme une beauté orientale.
Il a la particularité de dégager un arôme de miel qui est une réponse à l’attaque d’une espèce de cicadelle, Jacobiasca formosana. Cet insecte pique les feuilles, ce qui conduit le théier à libérer une substance qui attire son prédateur, une araignée. C’est cette substance qui donnera l’arôme de miel au cours de la fabrication du thé.
Ce thé porte aussi un autre nom, beaucoup plus familier et utilisé localement : PengFengCha椪風茶. Parce que le théier ne repousse pas quand les feuilles piquées ne sont pas retirées, un cultivateur eut un jour l’idée de fabriquer du thé avec ces feuilles, qu’il ne voulait pas gaspiller. Le thé fini n’avait pas un bel aspect ; le cultivateur descendit malgré tout en ville pour le vendre aux marchands de thés. À sa grande surprise, il en tira un très bon prix. Il revint à son village raconter l’histoire, mais les villageois crurent qu’il exagérait (« PengFeng »).