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[Article original :link:](https://genderanalysis.net/2020/10/trans-men-and-transmasculine-people-on-testosterone-can-grow-prostate-tissue/) posté le 31 octobre 2020 par Zinnia Jones
*Traduction réalisée par biyokea (📩 `@biyokea` sur discord) de l'association [Fransgenre](https://fransgenre.fr/), me contacter en cas d'erreur/imprécision ou pour toute suggestion*
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La connaissance du public général de la nature des changements physiques induits par une transition médicale peut être étonnamment parcellaire : on pense souvent à tort que les seins des femmes trans sont des prothèses ; leurs néo-vagins, guéris depuis longtemps, sont souvent cruellement décrits comme des "plaies ouvertes" ; et le fait que les THS servent un objectif pratique et ne sont pas pris pour le plaisir de le faire est rarement compris. En fait, les traitements hormonaux dits de changement de sexe [activent l'expression de certains gènes](https://genderanalysis.net/2016/08/gender-basics-how-sex-hormones-work-and-their-use-by-trans-people/), communs à touste peu importe le genre assigné, et causent le développement des caractéristiques sexuelles secondaires associées. Les femmes trans prenant des oestrogènes vont donc voir se développer un [tissu mammaire anatomiquement identique](https://genderanalysis.net/resources/studies-on-trans-womens-breast-development/) à celui des femmes cis. Les néovagins peuvent se différentier en couches de cellules très similaires à un tissu vaginal classique [(Grosse et al., 2017)](https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1111/cyt.12417). Et une étude récente a rapporté une découverte "novatrice et non-reconnue précédemment" : le développement de tissu prostatique à l'intérieur de l'appareil génital d'hommes trans et de personnes transmasculines prenant de la testostérone.
[Anderson et al. (2020)](https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/32282346/) ont examiné des échantillon de tissus prélevés sur huit hommes trans qui prenaient de la testostérone et qui avaient eu une vaginectomie (retrait du canal vaginal) dans le cadre d'une chirurgie de confirmation de genre, ainsi que sur quatre personnes intersexes qui avaient un vagins et présentaient un excès d'androgènes produits spontanément. Chez sept des huit hommes trans, qui prenaient de la testostérone depuis en moyenne 43 mois, des très petites «glandes prostatiques» furent trouvées, distribuées à travers la surface du tissu vaginal ; certaines étaient décrites comme «bien développées» :

Dans 100% des cas, ces cellules prostatiques exprimaient les récepteurs des androgènes. Moins fréquemment ─ dans 69% des cas ─ les tissus testaient positif pour un antigène spécifique à la prostate. Les auteurices ont conclu que «les caractéristiques de cette lésion sont particulièrement cohérentes avec une forme de glissement d'une différentiation squameuse vers une différentiation prostatique induites par les androgènes», et ces glandes prostatiques furent aussi trouvées chez les patient·es intersexes. Iels notent que cette découverte reflète «l'origine embryologique commune du vagin et de la prostate dans le sinus urogénital» et «fournit une preuve que l'épithélium cervico-vaginal peut rester plastique à l'âge adulte».
Ce tissu prostatique, nommé «métaplasie prostatique associée aux androgènes» ne semble présenter aucun risque pour la santé. On note qu'il possède une «apparence histologique non-remarquable» et chez aucun patients ne se sont développés des cancers ou des masses dans cette zones dans un suivi d'une durée de 156 mois, ce qui a mené les auteurices à le dire bénin. Ce que ce phénomène démontre, c'est que les caractéristiques sexuelles du corps humain sont bien loin d'une question de distinctions binaires fixées et rigides ─ elles correspondent à un système aussi fluide et complexes que d'innombrables glandes prostatiques miniatures se développant au travers du canal vaginal.