# Atelier de recherche et de lecture - La blockchain appliquée au système de vote français
## Choix du sujet et méthodologie
### Organisation du travail de groupe
Avant de commencer ce travail, nous avons réfléchi sur des sujets qui nous intéressent, qui sont d'actualité à la fois sur les plans sociétaux, économiques et technologiques.
Nous avons ainsi choisis trois domaines très vastes sur lesquels nous souhaitions orienter nos dossiers :
* ++Le ***Metavers*** :++ monde virtuel qui décrit une future version d'Internet où des espaces virtuels, persistants et partagés sont accessibles au travers d'interactions 3D, permise par la réalité augmentée ou la réalité virtuelle.
* ++Les ***NFT*** :++ *Non-Fungible Tokens* ou *jetons non-fongibles*. Ce sont des titres de propriétés numériques, consignés dans un registre public en ligne et décentralisé qu'on appelle *Blockchain*.
* ++La ***Blockchain*** :++ pour faire simple, il s'agit d'une base de données partagée, sécurisée par cryptographie. Son nom provient du fait que les données enregistrées sont empilées les unes sur les autres, formant une chaîne de blocs. Le cryptage de chaque bloc dépend des précédent, ce qui la rend très difficile à décrypter et ne peut pas être modifiée sans détruire l'ensemble de son contenu.
Une fois ces trois domaines généraux choisis, nous avons décidé de nous répartir le travail entre ces trois thèmes, pour obtenir la plus grande vision possible et surtout être sûr de choisir le sujet qui nous plaît.
Sur le projet, nous avons travaillé de manière autonome et avons décidé de nous laisser la liberté de choisir notre angle d'approche. Nous ne travaillons pas tous de la même manière, et comme nous allons lire des articles longs et dense, il vaut mieux choisir quelque chose qui nous plaît pour travailler efficacement.
Par la suite, les autres membres du groupe ont décidé de se rabattre sur la blockchain, de manière à couvrir plusieurs sujets que sont :
* *La blockchain appliquée à l'industrie de la musique* (Guillaume)
* *La blockchain appliquée à l'industrie des jeux-vidéos* (Alexandre).
* Et mon sujet que je vais détailler plus bas.
De plus, nous avons fait ce choix pour garder une forme de cohérence dans entre les dossiers, qui sont liés par le thème. Cela devrait permettre de tirer des connaissances plus pertinentes que si nous étions partis sur des sujets totalement différents.
### Sélection du domaine d'étude
Le sujet général que j'ai choisi au départ est la ***Blockchain***, car c'est une technologie complexe que je ne comprend pas très bien, mais qu'il me semble nécessaire d'apréhender au vu de ma formation et de mon futur métier dans le digital. Ce sera utile à la fois pour des connaissances personnelles, mais aussi académiques car je pourrai potentiellement utiliser ce que j'ai appris dans mon futur mémoire ou même pour des projets annexes.
### Premières réflexions
Une fois le sujet général sélectionné, je me suis posé des questions plus ou moins pertinentes pour affiner ce que je veux faire, ce qui m'intéresse et me plaît. Voici quelques exemple de questions, qui étaient peu pertinentes en première vue :
**1. Comment expliquer les sciences informatiques à des personnes non-initiées de manière claire et synthétique ?**
*Problématique en lien avec un accès difficile aux connaissance de la blockchain et à l’observation de ces même difficultés vis-à-vis de me proches - Méthode “littéraire”*
==Question hors-sujet trop large. Il ne s’agit pas ici d’être dans une recherche de vulgarisation, puisqu'il faut réaliser un travail d’enquête scientifique. Je peux en revanche intégrer en réflexion de recherche la question de la fracture numérique (question potentielle : *l’arrivée de la blockchain risque-t-elle de creuser ou de résorber les fractures numériques ?*)==
**2. Quels sont les apports concrets de la blockchain ?**
*Qu’est-ce qu’apporte la blockchain concrètement au vu de ce qui existe dejà, sorte de benchmark/état de l’art. Comparaison entre système avec et sans BC*
==Je dois mieux préciser les domaines dans lesquels j'observe ces apports : système financier, marché de l’art, cybersécurité… Il faut circonscrire cette observation.==
### Choix de la question de recherche
Un soir, j'ai vu un reportage sur la chaîne TV Arte sur l'Estonie, et un passage s'attardait particulièrement sur le fait que ce pays est un des plus développé au monde numériquement parlant. Tous leurs systèmes sociaux sont digitalisés, de l'identité numérique au système de santé totalement en ligne. Ce qui m'a particulièrement marqué, c'est qu'ils utilisent le votent en ligne depuis 15 ans (2007), une durée considérable qui prouve que le vote électronique est fortemement ancré dans leur société. De plus, leur système de vote en ligne utilise la technologie Blockchain. C'est donc de ce postulat que j'ai choisi la question de recherche de ce dossier d'investigation :
++***Quels sont les avantages de la technologie blockchain appliquée au vote en ligne vis-à-vis du système de vote français actuel ?***++
Cette problématique a été validée, le thème étant très concret et le terrain bien spécifique. C'est donc autour de cette dernière que j'ai choisi mes articles.
### Création du corpus d'articles
J'ai sélectionné un total de dix articles sur le sujet du vote en ligne. Le principal problème que j'ai eu est qu'il existe très peu d'articles en français sur la blockchain appliquée au vote français. Certains articles sur la blockchain en général en parlent au détour d'une ligne et plus rarement sur un paragraphe, mais aucun ne traite de l'applicabilité du système aux infrastructures françaises, entre autre.
Dans ce corpus, 8 articles sont en anglais et 2 sont en français (que j'ai réussi à trouver tant bien que mal). Ils traitent des sujets suivants :
* **3** articles parlent du **fonctionnement technique** de la blockchain appliquée au vote, plus ou moins en détail. J'ai fait ce choix pour mieux comprendre le fonctionnement du système et avoir une vision précise : je pense qu'il est important de comprendre de quoi il s'agit, d'autant plus que c'est un sujet fortement porté sur l'informatique.
* **7** articles discutent les **enjeux** de la technologie : comment l'appliquer en respectant les droits des utilisateurs, comment adapter les infrastructures numériques, comment s'organisent les pays qui ont fait le choix de l'utiliser...
Un seul article traite ce sujet en appliquant la technologie au système de vote français, et ce avec une approche assez pessimiste (et non moins pertinente). Je vais ainsi tenter de tirer *mes propres conclusions* sur le sujet et essayer d'établir des terrains d'enquête pour mon futur mémoire, si il porte sur cette question spécifique.
### Méthodologie bibliographique
Pour trouver les articles qui me conviennent, j'ai utilisé certaines plateformes de recherche : *Google Scholar (7)*, *CAIRN (1)*, *OpenEdition (1)* et *HAL (1)*.
Pour composer la bibliographie, j'ai utilisé le logiciel ***Zotero***, avec l'extension web pour ajouter automatiquement les références au logiciel. La norme bibliographique que j'ai utilisée est la norme ***ISO-690***. Pour une raison qui m'échappe, elle était introuvable sur la version Mac de l'application, je l'ai donc créé sur mon PC personnel.
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## Fiches de lecture
Pour la rédaction de ce dossier, j'ai fait un choix important. Etant donné de la particularité de mon terrain d'enquête, qui mêle à la fois sujets scientifiques difficiles avec des mathématiques appliquées, et des sujets théoriques avec souvent une approche journalistique ou de revue de la littérature, je prend la décison de mêler les fiches de lecture à la bibliographie commentée.
Certains articles n'ont tout simplement pas de protocole expérimental, d'autres ne posent pas de questions et proposent immédiatement une solution. Ce domaine étant très récent avec peu d'antécédents, les recherches sont souvent exploratoires. Je ne pense pas que ça les rend hors-sujet ou inintéressantes ; Les auteurs viennent de partout autour du monde, les méthodes de rédaction sont donc très différentes les unes des autres. De plus, tous les articles n'expliquent pas directement leurs notions principales ou leurs concepts, ce que je fais dans la bibliographie. J'ai fait le choix de partir sur ce sujet prometteur, et je me suis rendu compte au fil de la lecture du corpus qu'il était impossible d'établir des fiches de lecture "équilibrées", d'autant plus que je me confronte à une barrière de langue. Bien que je comprenne le texte dans ses grandes idées (merci *DeepL* !), certains concepts restent flous et les objectifs ne sont pas forcément clairs avant d'atteindre la conclusion.
Ainsi, je décrirai dans chaque résumé la manière dont ils procèdent, en essayant d'expliciter la méthode, le terrain et les résultats quand ils sont définis. De plus, vous trouverez une citation pertinente à la fin de chaque article, accompagnée de graphes et de notes additionnelles sur l'auteur ou le contexte si cela est nécessaire.
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## Bibliographie commentée
### ++*Verify-Your-Vote: A Verifiable Blockchain-based Online Voting Protocol*++
*CHAIEB, Marwa, YOUSFI, Souheib, LAFOURCADE, Pascal et ROBBANA, Riadh, 2018. Verify-Your-Vote: A Verifiable Blockchain-based Online Voting Protocol. In: 15th European Mediterranean and Middle Eastern Conference on Information Systems. Limassol, Cyprus. octobre 2018. Disponible à l’adresse: https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01874855*
L'article propose un nouveau protocole de vote en ligne basé sur la blockchain, appelé "Verify-Your-Vote", qui peut se traduire par "Vérifiez-votre-vote". Ce nom indique que les chercheurs veulent démontrer que le vote en ligne peut être à la fois sécurisé, vérifiable et participatif. Ces mots clés vont transparaître tout au long de l'article.
Cet article propose encore une méthode succinte pour mettre en place un système de vote en ligne utilisant la blockchain. Il est important de noter qu'il ne s'agit que d'une méthode et que le protocole n'est pas concrètement utilisé.
Il offre une approche plus précise que l'article précédent : les chercheurs créent de nouveaux algorithmes de vérification avec des formules mathématiques très complexes pour les non-initiés.
>
>J'ai rien compris
Le protocole se déroule comme suit :
* ++**Description des entités du vote en ligne :**++ *serveur*, *administrateur*, *votants* et *verificateurs*.
* ++**Structure du scrutin en ligne :**++ *ID du candidat*, *nom du candidat*, *choix du votant* (binaire, oui ou non) et la "*counter-value*" ou contre-valeur qui sert de vérification (c'est un chiffre obtenu par cryptographie qui change pour chaque candidat et bulletin).
* ++**Déroulement de l'élection :**++ Déroulement successif de l'élection, de la génération de paramètres de l'élection par l'administrateur à la verification à posteriori des des résultats.
Il y a une forte emphase sur la sécurité du système, et l'article conclut en pointant l'importance de la protection des données dans ce genre de technologie. Pour eux, les trois points clés d'un système de vote en ligne fonctionnel sont l'*éligibilité*, l'*équité* entre les utilisateurs, et la *vérifiabilité* des résultats.
En guise d'ouverture, ils proposent aux futurs études de se porter sur la résistance au changement des utilisateurs vis-à-vis de cette nouvelle technologie, et aussi de mettre en pratique leur protocole.
>*"Online e-voting systems aim at providing better level of security than traditional voting systems. Modern cryptography helps us to increase the security comparing to traditional voting system."* - p.1 l.21-23
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### ++***Blockchain-Based Election Infrastructures***++
*COOLEY, Rafer, WOLF, Shaya et BOROWCZAK, Mike, 2018. Blockchain-Based Election Infrastructures. In : 2018 IEEE International Smart Cities Conference (ISC2). septembre 2018. pp. 1‑4. DOI 10.1109/ISC2.2018.8656988.*
Cet article de recherche prend deux exemples de systèmes de vote en ligne basés sur la blockchain (qui ont été créés dans la même université que l'article) et les met en exergue pour déterminer si les infrastructures actuelles sont adaptées à ce système. L'objectif des auteurs est de mettre en avant des améliorations possibles, et comment modifier les infrastructures physiques et dématérialisées pour transitionner vers des systèmes de blockchain.
Il est pertinent car il s'attarde non pas sur les technologies en elles-mêmes, mais s'attarde sur l'ensemble de l'écosystème qui compose le vote en ligne. De plus, ils intègrent le tout à des enjeux concrets de développement durable et d'urbanisme pour une intégration à la *Smart City*, la ville de demain. Ils proposent deux nouvelles infrastructures de vote basés sur la blockchain, avec d'un côté un système avec les Smart Contracts (technologie Ethereum) appelé "*Re-Use*" et de l'autre un tout nouveau système basé justement sur une technologie développée par leurs collègues d'université, appelé "*Re-Invent*".
Il pointe particulièrement l'importance d'un système décentralisé et qu'au delà des nouvelles technologies, il est nécessaire de repenser l'ensemble des infrastructure pour adapter le vote à la ville intelligente. Les mots clés qu'ils utilisent pour définir une infrastructure adaptée au vote en ligne : fiable, inclusive, sécurisée, privée et "*fault tolerant*" (marge d'erreur, tolérante en cas de panne).
>*In smart cities, this system ought to be as seamless and
efficient as possible to eliminate barriers preventing citizens from voting. - p.1 l.60-62*
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### ++***La Blockchain : un nouvel outil d’automatisation***++
*CUILLANDRE, Hervé, 2017. La Blockchain : un nouvel outil d’automatisation. Humanisme. 2017. Vol. 314, n° 1, pp. 94‑97.*
Cet article français parle de la blockchain dans son ensemble et évite (dieu merci) les détails très techniques de cette dernière. Il y est question du vote en ligne, mais pas seulement. La revue dont il provient traite de sujets d'actualité avec un prisme philosophique et sociologique : il ressemble fortement à un article journalistique, mais je l'ai sélectionné car les idées traitées sont pertinentes vis-à-vis de ma problématique (c'est un petit état de l'art). De plus, il est en lien avec les autres articles car il résume le fonctionnement de chacune des technologies abordées, de la *Bitcoin blockchain* aux *Smart Contracts*.
L'idée principale de l'auteur est de rappeler que cette technologique récente permet une très forte compétitivité entre des jeunes start-up et des entreprises du *big data*. De ce fait, il en va de même avec les états qui se questionnent sur l'utilisation de cette technologie, aussi bien pour le vote que pour des échanges ou transactions en ligne ou la mise en place d'une identité électronique.
Pour l'auteur, il est nécessaire de prendre connaissance de cette technologie, qui va très probablement prendre une place importante dans le futur, mais de garder un esprit critique pour ne pas tomber dans un consumérisme poussé à l'extrême.
>"Nous devons veiller à ce que le progrès technologique reste au service du progrès social. C’est à nous, êtres humains qu’incombe le devoir de maîtriser le progrès technologique, pour qu’il demeure à notre service." - p.97 l.79-85
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### ++***Blockchain et vote électronique***++
*Chantal Enguehard, « Blockchain et vote électronique », Terminal, 124 | 2019, mis en ligne le 30 juin 2019. URL : http://journals.openedition.org/terminal/4190 ; DOI : https://doi.org/10.4000/terminal.4190*
(La norme est légèrement différente car je n'ai pas pu l'obtenir depuis Zotero, l'article n'étant pas disponible au format PDF. OpenEdition n'est pas affilié à l'UCO.)
>
Cet article en français prend le contre-pied de ce que j'ai pu lire jusqu'à présent, puisqu'il propose une approche sociologique sur le sujet, et non technique. L'auteure ne propose pas une méthode, mais des pistes de réflexion sur la technologie en elle-même et ses réels apports au système de vote français.
Elle pointe notamment le fait que le système blockchain est particulièrement efficace dans la gestion des crypto-monnaies, de par son aspect décentralisé et la collaboration *peer-to-peer* entre les utilisateurs. Cependant, elle estime que ce n'est pas adapté au vote en ligne, du moins au vu des technologies actuelles (en 2019). Au delà des problèmes de sécurité et d'anonymat évoqués précédemment, le plus grand mur de la blockchain appliquée au vote électronique est l'opacité totale du système.
Lors d'une élection normale, le votant peut voir le contenu de l'urne car elle est transparente, et donc il est facile d'estimer si il y a un problème double fond, urne vide... A l'inverse, dans le cas du vote en ligne, des données modifiant les choix des électeurs (par erreur ou par fraude) peuvent intervenir et changer l’issue d’une élection sans qu’aucune preuve ne puisse être apportée à un juge électoral : le processus est opaque.
Au final, cet article vulgarise très bien le fonctionnement de la technologie et apporte des pistes de réflexion que les autres articles n'ont pas. Elle a un regard plutôt critique et apporte des pistes pour aller plus loin. Il est pertinent d'autant plus qu'il est assez récent.
Il s'agit plus d'un état de l'art et une analyse critique qu'un article classique. Il n'y a pas de protocole à proprement parler, mais elle utilise des exemples précis pour étayer son propos pas à pas :
* Opacité de la procédure de vote électronique
* Problèmes de sécurité : risques de piratage
* Absence de protection contre des failles du vote par Internet
* Quelques failles du vote par Internet
* Confusion entre transparence et vérifiabilité
* Complexité exacerbée du système - Opacité technique
>"*Implémenter un vote par Internet à l’aide d’une chaîne de blocs apparaît aujourd’hui comme un mésusage de cette nouvelle technologie.*" - §.83 l.1-2
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### ++***Blockchain for Electronic Voting System — Review and Open Research Challenges***++
*JAFAR, Uzma, AZIZ, Mohd Juzaiddin Ab et SHUKUR, Zarina, 2021. Blockchain for Electronic Voting System — Review and Open Research Challenges. Sensors. janvier 2021. Vol. 21, n° 17, pp. 5874. DOI 10.3390/s21175874.*
Cet article se présente comme un état de l'art des différentes technologies de vote par blockchain existant en 2021. Il est très récent, donc il donne un bon aperçu de la réalité d'aujourd'hui. Egalement, il compare les systèmes . Il fait écho avec les autres articles car on retrouve des technologies vues dans ces derniers : Bitcoin et Ethereum (*Smart Contacts*) sont mis en exergue.
L'article est beaucoup plus long que les autres du corpus, avec deux parties entières dédiées à la description du vote en ligne et de la blockchain en elle-même. L'article se déroule comme suit :
* *Explication détaillée du fonctionnement de la blockchain*
* *Discussion sur comment la blockchain peut permettre une transition vers le vote électronique*
* *Identification des problèmes liés au vote en ligne et leurs solutions*
* *Prérequis de sécurité pour mettre en place ce genre de système*
* *Mise en avant des différents systèmes de vote par blockchain*
* *Etude en profondeur des revues de littérature récente sur le sujet*
* *Ouverture sur les applications de la blockchain*
* *Estimation des tendances à venir vis-à-vis de l'évolution cette technologie*
Le point qui m'a semblé le plus pertinent à lire dans cet article est la dernière partie, là ou les chercheurs tentent d'imaginer les futurs enjeux du vote électronique. Les autres points sont déjà abordés plusieurs fois dans les autres articles.
Dans cette partie, ils établissent **5** points sur lesquels les développeurs, entreprises et instutions doivent se concentrer pour permettre un déploiment à grande échelle :
1. **Évolutivité et coûts d'utilisation**
Le système de blockchain fonctionne bien pour un petit nombre d'utilisateurs, mais devient compliqué à maîtriser pour des élections à grande échelle en particulier au niveau de la maintenance et des coûts d'entretien. Ils préconisent d'utiliser une méthode appelée le "*sharding*", qui consiste à rassembler plusieurs systèmes pour améliorer les performances.
2. **Identité de l'utilisateur**
Comme les données enregistrées dans la blockchain sont publiques (bien que cryptées), l'identité de l'utilisateur peut être découverte en analysant un bloc. Cela fonctionne bien pour des systèmes où on utilise des pseudonymes, mais ce n'est pas vraiment adapté à une échelle nationale où les utilisateurs utilisent leur nom et prénom pour voter. Ils préconisent aux développeur de s'intéresser à ce sujet d'anonymat, au coeur des problématiques de la blockchain.
3. **Efficience énergétique**
La blockchain consomme énormément d'énergie pour fonctionner correctement. Les chercheurs préconisent donc de modifier les protocoles actuels pour les rendre plus efficients sur le plan énergétique, car à l'échelle d'un grand pays la consommation électrique peut devenir gigantesque (dans le cas de l'Estonie, cela reste raisonnable car que 1,2 million d'habitants).
4. **Immaturité du système**
Les chercheurs estiment que tous les problèmes techniques actuels sont liés à l'"immaturité" de la technologie : ce sont des systèmes encore très jeunes et testés dans trop peu de domaines. Ils proposent de développer la recherche sur le sujet et de passer par des phases de test avant de se jeter à l'eau.
5. **Acceptation des utilisateurs**
Pour eux, la confiance que portent les personnes envers la technologie est un élément essentiel du bon fonctionnement du système. Ces derniers sont très complexes et difficiles à expliquer au grand public. De ce fait, une campagne de communication est nécessaire pour sensibiliser les citoyens aux avantages du vote en ligne par blockchain, et qu'ils finissent par l'accepter et se l'approprier.
>
>Schéma de comparaison des différentes technologie de vote basées sur la blockchain utilisées en 2021
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### ++***Blockchain-Enabled E-voting***++
*KSHETRI, Nir et VOAS, Jeffrey, 2018. Blockchain-Enabled E-Voting. IEEE Software. juillet 2018. Vol. 35, n° 4, pp. 95‑99. DOI 10.1109/MS.2018.2801546.*
Dès le début de l'article, les auteurs indiquent que leur but est démontrer que la blockchain résoud les deux principaux problèmes (selon eux) des systèmes de vote : l'accès aux bureaux de vote et les risques de fraude.
Pour prouver ce qu'ils avancent, ils vont donner tout au long de l'article des exemples concrets avec une pléthore de sources : cet article est le plus fourni du corpus en termes d'applications concrètes et de résultats. Leur approche ne se limite pas uniquement au niveau national : ils donnent des exemples recueillis à des niveaux locaux et régionaux.
Je trouve la forme de l'article intéressante : elle se place comme une critique objective de la technologie et propose constamment des ouvertures et des propositions d'améliorations. La conclusion classique se nomme "Challenges", comme pour inviter les acteurs du domaine à réfléchir pour surmonter les problématiques pointées dans l'article.
Par exemple, ils avancent, grâce à des sources chiffrées et vérifiées, que la violence politique liée aux élections est courante en Afrique et dans d'autres pays en voie de développement. Ils estiment que le vote électronique par blockchain peut garantir la sécurité et la transparence, et ainsi réduire les violences qui surviennent aux urnes. Pour donner un autre exemple, ils estiment que les coûts liés au vote diminueront en particulier car il nécessite moins de personnel et les coûts en papier sont réduits (c'est le constat de l'Estonie).
>
>Exemple de pays ayant utilisé la technologie blockchain appliquée au vote, à différentes échelles géographiques : commune, ville et national.
> Dans l'article, ils définissent le vote électronique par blockchain sous le sigle "BEV" (Blockchain-Enabled Voting)
>"[...] *with BEV, individual votes will be publicly available, while voters are masked behind an encrypted key. This offers greater privacy and security than traditional ballot boxes and could reduce voter suppression.*" - p.4 l.30-32
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### ++*Blockchain Electronic Vote*++
*NOIZAT, Pierre, 2015. Blockchain Electronic Vote. In: Handbook of Digital Currency. Elsevier. pp. 453‑461. ISBN 978-0-12-802117-0.*
Cet article a pour objectif de comparer les systèmes de vote électronique utilisant la technologie blockhchain de type *Bitcoin* (une parmis beaucoup d'autres), et ceux qui ne l'utilisent pas appelés systèmes "*propriétaires*". Ces systèmes sont appelés propriétaires car ils passent par une base de données possédée par un tiers, qui peut également la contrôler.
Dans l'expérience, l'auteur propose une méthodologie précise pour le déroulement du vote en ligne grâce à la technologie blockchain, avec le fonctionnement non seulement théorique mais aussi technique. Il se base sur des travaux précédemment effectués, notamment au niveau des algorithmes. Il n'y a pas de formule mathématiques, tout est présenté sous forme de schémas donc l'article reste accessible même pour un non-initié.
L'article explique que la blockchain ne résout pas tous les problèmes liés au vote électronique, cependant il offre une alternative intéressante aux systèmes de vote électroniques propriétaires actuels, avec des avantages certains :
* Approche gratuite et open source, évaluée par l'ensemble des utilisateurs
* Outil universel, applicable à tous les systèmes juridiques
* Forte sécurité du point de vue de l'anonymat et du point de vue technique (cybersécurité solide)
* Donne accès à des résultats indépendants et gratuit : les résultats ne peuvent pas être biaisés par un tiers
>*"With the Bitcoin blockchain, any community can organize a free, secure electronic voting."* p.460 l.21-22
>Il est important de noter que l'auteur est un expert de l'industrie des crypto-monnaies, mais aussi le co-fondateur de l'association française du Bitcoin. Bien qu'il soit l'auteur de nombreux livres et articles de recherche sur le sujet, il est pertinent de préciser que son approche peut contenir des biais de par les enjeux économiques du système.
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### ++***Blockchain as a Next Generation Government Information Infrastructure: A Review of Initiatives in D5 Countries***++
*OJO, Adegboyega et ADEBAYO, Samuel, 2017. Blockchain as a Next Generation Government Information Infrastructure: A Review of Initiatives in D5 Countries. In : Public Administration and Information Technology. pp. 283‑298. ISBN 978-3-319-63741-9.*
Cet article présente les technologies blockchain des "**D5**" (pour *Digital 5*), les cinq pays leader en termes de technologie digitale appliquée à la vie de tous les jours (service sociaux, vote etc). Ces cinq pays sont le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Estonie, la Nouvelle Zélande et Israel. Aujourd'hui, cette institution a changé de nom et se nomme "***Digital Nations***".
Cet article est intéressant car il rappelle que si la blockchain peut être appliquée aux services sociaux d'un pays, elle est tout à fait transposable au vote électronique. De plus, il donne un bon point de vue des technologies existantes et déjà appliquées dans différents pays du monde, et la collaboration que ces pays mettent en place pour résoudre des problèmes communs.
Il passe en revue les collaborations entre les pays au niveau de la blockchain et s'attarde notamment sur le fait que l'Estonie, pionière en matière de vote en ligne par blockchain, est fortement ouverte sur le partage de connaissance et possède une mentalité *Open-Source*. Comme je le disais plus haut, le Ministère de la Défense des Etats-Unis utilise la technologie estonienne, et ils promeuvent ce partage dans leur communication notamment sur leur site web entièrement dédié à la société digitale : https://e-estonia.com/solutions/cyber-security/ksi-blockchain/
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### ++***E-voting: lessons from Estonia***++
*TSAHKNA, Anna-Greta, 2013. E-voting: Lessons from Estonia. European View. 1 juin 2013. Vol. 12, no. 1, pp. 59‑66. DOI 10.1007/s12290-013-0261-7.*
L'Estonie possède aujourd'hui le statut de société digitale la plus avancée du monde. Grâce à l'apparition de la carte d'identité numérique en 2002, puis du vote électronique en 2007 et de la résidence digitale en 2014, le pays obtient le surnom "e-Estonie".
Cet article synthétise le fonctionnement du vote en ligne estonien, premier pays utilisateur de cette technologie en Europe. elle utilise plusieurs techniques mises en avant dans cet article :
* *Le cryptage pour sécuriser le vote*
* *La blockchain pour permettre l'intégrité des données et permettre la non-répudiation*
* *Les signatures numériques pour permettre uniquement aux électeurs autorisés de voter.*
L'article présente les avantages du vote en ligne observés depuis 2005 (en 2013, 8 ans plus tard) en récupérant des données provenant de sources diverses. Il n'y a pas de protocole à proprement parler, il s'agit d'un retour sur expérience.
L'auteure démontre que le vote électronique augmente le taux de participation électorale, l'***accessibilité*** et la ***flexibilité*** étant les principaux facteurs d'amélioration. Elle conclut en estimant que le vote électronique fonctionne bien et prouve que l'action de voter peut être effectuée à distance, ce qui est à la fois pratique et sécurisée.
>Il est intéressant de noter qu'avant 2007, l'Estonie n'utilisait pas la blockchain pour ses infrastructures numériques. Elle a subi cette année une très violente vague de cyber-attaques, ce qui l'a mené à développer un système très avancé aujourd'hui utilisé par l'OTAN et le Département de la Défense des États-Unis.
>"The defence of the use of personal computers is that those with the knowledge, resources and access to infiltrate the computers of a large number of voters have no motivation to do so, and that the political forces who have the motivation cannot afford to take the risks associated with that kind of intrusion." - p.63 l.18-22
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### ++***Distributed E-Voting and E-Bidding Systems Based on Smart Contract***++
*TSO, Raylin, LIU, Zi-Yuan et HSIAO, Jen-Ho, 2019. Distributed E-Voting and E-Bidding Systems Based on Smart Contract. Electronics. 11 avril 2019. Vol. 8, no. 4, pp. 422. DOI 10.3390/electronics8040422.*
Les "***Smart Contracts***", ou *contrats intelligents*, sont des programmes stockés dans une base de donnée blockchain qui s'exécutent lorsque des conditions prédéterminées sont remplies. Ils sont généralement utilisés pour automatiser l'exécution d'un accord afin que tous les participants puissent être immédiatement certains du résultat, sans intervention d'un tiers et sans perte de temps. Il est donc pertinent d'imaginer que ce système peut être appliqué au vote en ligne, et c'est le sujet de cet article. Il est complexe scientifiquement parlant, mais propose des réflexions sociologiques assez intéressantes.
>
>Encore des maths
L'article mêle approche ***théorique*** et ***pratique*** du sujet. Les chercheurs tentent ici de concevoir un nouveau système de vote électronique en le comparant avec les systèmes existants, n'utilisant pas la technologie de Smart Contracts. Leur idée centrale est d'utiliser ces contrats pour combiner la technologie blockchain avec la cryptographie, dans le but de protéger l'anonymat des votants, car la technologie actuelle (blockchain sans *Smart Contracts*) fait forcément appel à un tiers qui peut avoir connaissance du choix des électeurs.
Cet article est très complexe mathématiquement parlant, mais propose une approche sociologique pertinente et prend pour exemple un système de vote déjà existant. Au lieu d'étudier les technologies existantes dans leurs aspects techniques, ils décident d'observer les aspects moraux et éthiques, ce qui les amène à choisir les Smart Contracts comme outil pour le vote électronique.
Pour proposer cette technologie et l'expliquer de manière concrète, ils passent par plusieurs étapes :
* ++**Étape préliminaire :**++ explication de la notation scientifique, phases du vote en ligne, description des Smart Contracts, description des algorithmes cryptographiques utilisés
* ++**Description de leur système de vote :**++ création du votant, choix du serveur d'enregistrement, choix du serveur d'authentification (les deux sont dissociés), site web où se déroule le vote, centre d'enregistrement des données et enfin le *Smart Contract*
* ++**Analyse de la sécurité du système :**++ vérifiabilité publique, non-répudiation, inviolabilité, et anonymat.
Ils concluent en expliquant que leur système possède à la fois des meilleurs résultats techniques vis-à-vis d'une blockchain "Bitcoin"(vitesse de chargement réduite et procédure moins longue), et respectent encore mieux l'anonymat des utilisateurs tout en étant solide en terme de sécurité. Ils ouvrent sur la sécurité de ce sytème, qui pourrait être le sujet d'une nouvelle recherche vis-à-vis d'autres technologies populaires.
>"[*Smart Contracts*] ensures that no internal or external attackers or voters can know which voter information actually corresponds to each voter, thereby protecting the confidentiality and security of the voter identity." - p.20 l.25-27
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## Conclusion
Après la rédaction de ce document, plusieurs enjeux émergent qui pourraient devenir des terrains d'enquête ou des questions de recherche pour mon futur mémoire.
* *Intégrité* et *transparence* du système
* *Anonymat* des participants lors du vote
* *Sécurité* et protection des données
* *Adaptabilité* au système de vote actuel
* *Applicabilité* aux autres systèmes sociaux (ex: e-Estonia)
* *Communication* autour de la blockchain et de ses application concrètes
* *Fracture numérique* causée par ce système
* *Et l'environnement dans tout ça ?*
Cette recherche m'a permis de mieux comprendre le fonctionnement de la blockchain d'un point de vue aussi bien technique (explication du fonctionnement des algorithmes) que théorique (visions critiques et solutions alternatives).
Cette technologie est très complexe, **de mon point de vue il est nécessaire de comprendre comment elle fonctionne avant de s'interroger sur des questions sociologiques, éthiques ou philosophiques**. Ainsi, ce dossier m'a également permis de développer une culture solide, avec des points de vue aussi bien positifs que négatifs et surtout un regard tourné sur l'International. Les articles presque tous en anglais ont été difficiles à décortiquer, mais ils prennent leur intêret tant les approches et sujets sont denses.
En guise de réponse à la problématique de départ, je dirais que je n'ai pas encore de solution fixe. Les avantages théoriques sont là : *portabilité* du système, *simplicité d'accès* pour des utilisateurs distants et donc *inclusivité*, protection de l'environnement (moins de papier envoyé par la Poste : constat de l'Estonie, et pas de déplacement en voiture au bureau de vote), *sécurité* du système et protection des données, anonymat (le regard des autres peut peser dans un bureau de vote)... Cependant, le manque d'article porté sur la France (il n'y en a aucun !) empêche d'avoir un avis concret.
**De ce fait cela pourra devenir le sujet de mon mémoire si mon stage s'y prête ! C'est très pertinent si je suis amené à travailler dans une institution publique locale, régionale ou nationale.**
Je regrette le manque d'expériences concrètes dans ces articles, car mise à part en sciences dures, ils ont une approche de revue de la littérature ou d'état de l'art. C'est donc quelque chose que j'aimerai faire si je suis amené à écrire un mémoire sur le sujet, c'est à dire proposer une expérience sociologique concrète.