###### tags: `note` `récit` # Morceau de pensées griffonnées 03 ### Un vagabond en auto-stop ... d'abord il y a eu Youssef. Pas très longtemps, juste le temps de me mettre jambe et de m'emmener à l'aire d'après. Merci Youssef. Puis celle dont j'ai déjà oublié le nom. Mais une connexion pourtant, dans l'expérience, dans l'écoute, une vision sociologique de comptoire, entre le renoncement et l'expérience, l'expérience permanente. Puis l'attente, longtemps, trop longtemps, trop longtemps... Pourquoi? Qu'est-ce que j'ai raté? Puis vient Régis et son Suv sans bruit glissant sur le parking. Un engagement glissant lui aussi, présent mais presque desresponsabilisé. Puis Lucas, de passage, barbe rousse, rock, tips de stop en Russie et engagement remotivant. Puis Lota, incroyable, itinérante, curieuse et disponible. A l'écoute, surprise et surprenante. Une descente du Doubs, un paysage d'automne, des tableaux impressionnistes, des touches d'émotions, des touches de paroles et des touches de silence. Une connexion forte, peut-être à sens unique mais qu'importe, spontanée, sur l'instant, sur le moment, à travers le moment. 'Momentanesque', 'on the flow' Une énergie, un mouvement, a flow, a feeling. Des questions franches et profondes, à l'écoute, curieux.se, en recherche sans rien chercher, envieux.se sans rien désirer. Merci. Puis vient Damien, bûcheron, débardeur, simple, heureux, bon vivant. Trop court. Si simple, si juste, si évident, sans être bateau. Puis un lyonnais de 70 ans, engagé au passé, à juste titre. Mais sans renoncement. Calme, tranquille, posé, a-sophistiqué. Et une dernière rencontre, l'entraide, le service, la considération, offrir, donner, connaître, s'aimer, conseiller, simple, évident encore. Merci ... <br> <br> ... des histoires attrapées au vol, des mots, des souvenirs des bribes, des rencontres le long de la route, à travers la France qui dessinent un chemin qui trace un parcours spatial, philosophique, sentimental, un parcours de gens, un parcours de rencontres. Comment le retranscrire ? Elles s'effacent déjà, ces histoires, elles appartiennent au moment, éphémères, spontanées. Toujours là pourtant, elles me construisent, elles me dessinent, elles me font avancer. Mais je ne peux déjà plus les saisir entièrement, pleinement. A qui sont-elles, toutes ces histoires? A eux, à moi, à nous, à vous, à tout le monde ? Pourquoi les retranscrire, trouver une forme? Quelle forme? Pour qui? pour quoi faire? ... <br> <br> ... un passage, bref, partagé, un pont d'un instant qui tisse des liens, noeud des moments et passerelle des rencontres. Des instants uniques, à chaque fois, inracontables, intranscriptibles. Ils s'abîment en mot, ils s'effritent dans des lettres, ils refusent de s'étriquer dans des phrases et pourtant ils disparaissent à travers moi. Est-ce suffisant? Est-ce que je suis frustré de ces moments qui restent bref? Sur l'instant oui, avec le temps moins. Pourtant j'aime raconter et j'ai envie je crois. Pour le faire exister aux yeux des autres, par frime ou pour partager... je ne sais pas. Impossible de recréer ces moments ni de les retranscrire fidèlement. Ils ne sont pas à moi, ils sont à l'instant, au temps spontané, au moment unique qui déjà n'existe plus. Et je radote du coup, je tourne autour, incapable de saisir ce qui fait l'instant, je cherche... Mais le temps passe, coule, insaisissable... le bus m'appelle ... <br> <br> ... et si j'écris... Sur cette semaine, sur ces quelques jours un peu fous et déjà flous. J'écris dans le noir, tasser dans un bus de nuit, incapable de me relire, ni de voir ce que je dessine, de voir les lettres devenir mots. C'est peut-être bien, que je ne vois pas la forme que ça prend, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne... Mais si j'écris !? #### [mardi] Départ sous la pluie, sous la brume, casquette, capuche, sac à dos. J'attends, disponible à l'autre, curieux de chaque rencontre. J'ai déjà griffonné un coin de page mardi soir entre deux bâillements, entre mon presque sommeil, juste quelques phrases trop courtes, trop brèves, inefficaces, pour graver l'instant quelque part. Trois jours plus tard, il me reste des visages qui s'estompent, quelques mots et des histoires que j'ai vraisemblablement romancées, infidèles, fausses, enrobées sans doute. J'ai du mal à écrire: l'impression que chaque mot trahi la rencontre, que chaque lettre me construit un nouveau souvenir qui n'est plus le même, qu'en inscrivant ces phrases je fais disparaître un instant qui était pourtant très présent sur le coup. L'impression de devenir vague, d'être flou et ne rien dire ; écrire des thématiques de discussion sans parvenir à entrer dans la profondeur de l'échange partagé et vécu. Lance-moi ! #### Youssef Le premier, au matin, au travail, pour aider, à regret, un ami, un proche, patron peut-être ? Un devoir, malgré lui, malgré un mal de dos. L'entraide, pour lui, et pour moi aussi ; le souci de bien faire et d'être arrangeant #### La bonne dame aux fleurs Des fleurs, à un enterrement, calme, peu chargé, un voyage, un pèlerinage, pas vraiment pour elle. Des généralités, une certaine conscience d'une certaine société, et une humilité, une modestie, entremêlée. Une envie de se laisser porter, parler, rencontrer, expérimenter. Une peur au départ, injustifiée m'a-t-elle avoué. Puis l'envie, le besoin de parler, pour être heureuse. #### Régis Pressé, décidé, tranché, fixe mais envieux de transmettre...