# L’influence de l’image, approche sémiologique <style> h1{ color:#F9931A; } ul{ color: black; } a{ color:#F9931A; } a:hover{ color: #F9641A; text-decoration: underline; } </style> ## Intérêt d'utilisation L’utilisation de signes dans la réalisation d’une image que ce soit par le graphisme ou la photographie découle d’une grammaire plastique perçue par notre inconscient qui vise à entraîner une pensée particulière chez le spectateur. Ainsi, cette communication ne cherche pas ici forcément à convaincre mais à rendre visible tout l'imaginaire lié à ce produit. Il peut être question de représenter graphiquement des caractéristiques et participer en outre au marquage culturel qui servira de définition à l’objet de la communication. On retrouve ici l’ambivalence de l’image entre ce qui est représenté (le signifiant) et ce qui est évoqué inconsciemment chez le spectateur (le signifié). Le signifié permet donc l’influence. Par exemple, pour un produit commercial, les signes ont pour but de crédibiliser le produit et de lui donner les attributs souhaités. C’est alors qu’est constituée l’image de marque ou l’image médiatique d’une personne (en politique par exemple) ou d’un produit. L’imaginaire collectif va globalement absorber cette association entre ces caractéristiques évoquées par les signifiés et l’objet de la communication si celle-ci reste cohérente. La création puis le renforcement de cette identité va permettre aux gens de se représenter et d’imaginer les caractéristiques d’un produit ou d’une personne sans les avoir évoquées, ce qui conduit à terme à une catégorisation. Ainsi, une marque de confiture à choisit un motif quadrillé rappelant celui des nappes de campagne, des torchons d’artisans, dans ses communications visuelles, tout rappelle le chaudron, la grand-mère préparant la confiture avec amour, la tradition d’antan, etc. La police d’écriture est toujours manuscrite et le nom de la marque est aussi bien choisi. Ces communications visuelles souhaitent nous replonger en enfance et, comme une madeleine de Proust, nous pousser à la réminiscence de la confiture de notre grand-mère. Tout cet univers est ainsi entré dans l’imaginaire collectif et ce produit est inconsciemment associé à ces caractéristiques même si elles ne sont pas évoquées explicitement. Ces images ne manipulent donc pas mais influencent le spectateur dans sa perception du produit. On retrouve aussi ce même procédé dans les affiches pour les élections qui utilisent des signes particuliers pour sembler cohérent avec le message et l’image qu’ils souhaitent transmettre. Certains codes implicitent se retrouvent alors pour affirmer le message politique. On peut par exemple se référer à l’affiche électorale de Mitterrand en 1981 réalisée par le publicitaire Jacques Séguéla. L’image paraît simple mais est pleine de signes. Le paysage associe le candidat avec la France profonde, avec le terroir et la tradition. Les couleurs du ciel rappellent le drapeau français. Le slogan appuie sur un pouvoir fort, mais non violent. Là encore, les signes donnent des caractéristiques à l’objet de la communication : le candidat. C’est donc le deuxième niveau de description, l’approche connotative qui permet l’influence de l’inconscient grâce à l’image. Celle-ci découle du premier niveau de signification, l'approche dénotative (ou descriptive) et sa dimension objective qui, pour sa part, est comprise consciemment. ![](https://i.imgur.com/KGshVfK.png) > Affiche présidentielles, Mitterrand 1981 > *Les signifiants ont été travaillés pour plaire à des électeurs en particulier* ## Les signes Ces signes utilisés pour influer sur la perception de l’objet de la communication peuvent être de différentes natures selon Peirce. On retrouve ainsi les indices, les icônes et les symboles. Les indices sont des traces sensibles d’un phénomène, une expression directe de la chose manifestée. L’indice est lié à la chose elle-même (la fumée pour le feu). En ce qui concerne les icônes, ils sont des représentations analogiques détachées des objets ou phénomènes représentés (une photographie). Enfin, les symboles sont conventionnels et rompent toute ressemblance avec la chose exprimée (la colombe pour la paix). Une autre approche sémiologique permet de repérer des éléments qui pourraient être des facteurs d’influence dans une image. Il s’agit d’une analyse qui décompose les signes en trois catégories et qui est notamment portée par M. Joly dans *L’introduction à l’analyse de l’image*. On retrouve ainsi les signes plastiques qui portent sur la dimension esthétique, les signes iconiques qui portent sur la dimension analogique et enfin les signes linguistiques qui ont une dimension informationnelle complémentaire. Parmi les éléments que l’on retrouve dans les **signes plastiques** et qui peuvent avoir un pouvoir d’influence, on peut évoquer le cadrage. Le cadrage a un fort pouvoir dans le sens où il permet, ou non, de visualiser le contexte et de faire appel à l’imaginaire du spectateur. Des éléments cachés et non compris dans le cadre peuvent ainsi induire en erreur le spectateur. Le recadrage est donc une technique particulièrement usée à des fins de désinformation, celui-ci sera traité plus en détails dans la troisième partie de ce mémoire. La prise de vue et l’échelle ont aussi un intérêt important puisqu’ils donnent naturellement certaines sensations au public. La plongée donnera ainsi une impression de faiblesse et d’infériorité à l’objet représenté tandis que la contre-plongée reflètera la grandeur, la force ou encore la domination. Les images de super-héros sont ainsi souvent réalisées en contre-plongée. Quant à l’échelle, elle permet de donner plus ou moins de proximité avec le sujet ou l’objet représenté. Un gros plan sur une personne le rapprochera du spectateur et celui-ci ressentira plus facilement son émotion, il sera au coeur de l’image comme s’il y était. Les affiches d’association utilisent souvent le gros plan pour augmenter l’émotion que dégage l’image et pousser à déclencher une empathie naturelle. ![](https://i.imgur.com/90fg79b.png) > Affiche enfance en danger, Haute Garonne > *Le très gros plan augmente la compassion du spectateur* D’autres éléments comme la composition de l’image ou des effets techniques comme le flou radial peuvent pousser la vision à se focaliser sur des parties de l’image ou à déclencher un sens de lecture qui influerait sur la compréhension de l’image. Ainsi, une image statique peut raconter une histoire à travers sa découverte progressive. Cette lecture tracée par le concepteur de l’image est rapide et inconsciente mais permet au spectateur de ressentir des émotions comparables à celles que l’on peut retrouver au cinéma comme le suspens. Enfin, la couleur est un signe plastique extrêmement fort. En effet, chacune d’entre elles porte des émotions, rappelle des concepts et possède ainsi une signification qui détermine son interprétation. Cette interprétabilité des couleurs à des origines historiques et sociales propres à chaque culture et varient ainsi selon le public. Les couleurs ont donc une symbolique vaste et exploitable pour influencer la perception du spectateur. Pour ce qui est des **signes iconiques**, autrement dit les éléments figuratifs présents sur l’image, on remarque aussi qu’ils peuvent avoir de l’influence. Que ce soit à travers les postures, les regards, ou tout simplement ce que renvoie ce qui est représenté, les signes iconiques permettent de pousser le spectateur à ressentir certaines choses. À la vue d’un certain objet, ses propriétés sont ressenties par le biais de la coordination d’un réseau d'éléments perçus qui, sur la base d'expériences obtenues, provoque une association des sens. La représentation d’une plage entraînera une sensation de chaleur. Cette synesthésie se base sur un imaginaire commun et pousse à la représentation intellectuelle d’un concept, d’un environnement ou encore de sensations. Enfin, les **signes linguistiques** ne sont présents que sur certain type d’image comme les affiches. Ils peuvent avoir plusieurs fonctions. Certains appuient le discours transcrit à travers l’image, en orientant la lecture et d’autres ont une fonction relais qui permet d’exprimer ce qui n’est pas représenté sur l’image. Qu’ils aient un rôle de contrôle ou bien de complémentarité, les signes linguistiques permettent aussi l’influence. En effet, les mots ont chacun un pouvoir fort de visualisation, de représentation et jouent aussi dans la création et l’exploitation de l’imaginaire qui se dégage autour d’une image. Les mots forment ainsi l’imaginaire, chacun est relié à une entité, à un concept que l’on ne pourrait définir sans leur existence. Les eskimos ont ainsi des dizaines de mots pour définir les différents types de neige quand nous n’en avons que quelques-uns. Les mots influent donc sur notre pensée. Les mots découlent donc d’un besoin d’expression propre à chaque culture et la langue reflète l’univers mental des peuples qui les utilisent. Sans les mots “amour” ou “peur”, comment pourrait-on visualiser ces sensations. Bien que ressenti, il ne serait pas possible de mettre le doigt dessus, de savoir ce que l’on ressent. C’est ainsi que les signes linguistiques, de même que les signes iconiques, poussent, dans une moindre mesure, à la synesthésie et par conséquent, à l’influence du spectateur. De nombreux biais cognitifs peuvent ainsi être liés au langage, et les signes linguistiques peuvent donc aussi bien influencer que manipuler, nous y reviendrons donc dans la deuxième partie. Enfin, les signes linguistiques ont aussi une dimension plastique qui peut venir appuyer le contenu même du message. La mise en scène des mots, des lettres, leur couleur, leur police, leur taille et tout autre choix typographique aura un impact à la fois sur le confort de lecture et sur l'apparence du document final : celui-ci renforcera, crédibilisera le discours évoqué à travers l’image. Cette dimension plastique se retrouve aussi dans la stylistique du texte comme avec l'utilisation de figure de style entre autres.Par exemple, il est possible de donner une impression de grandeur avec des figures de style d’amplification telle que l’hyperbole. D’autres figures de style, comme la tautologie, permet de donner une impression de vérité et d’évidence. Ce sophisme ou tout autre procédé rhétorique passant par la figure de style à une incidence sur la perception du public. Ces trois types de catégories de signes, que sont le plastique, l’iconique et le linguistique, peuvent donc être associés pour former chez le spectateur une représentation forte dans son imaginaire. Une image peut donc être perçue différemment que ce qu’elle montre réellement. Elle renvoie à des sensations, des émotions qui peuvent appuyer le discours de l’image via des signes. On retrouve une utilisation abusive de ces signes dans certaines vignettes de vidéos youtube par exemple. En utilisant beaucoup de rouge, de contours, de mise en scène et grâce à une légende usant souvent de l’hyperbole, l'intérêt est davantage suscité.