{%hackmd YtCcH9J_TgSr8Thp55Fkvw %} # LUDUS, LUDIMAGISTER. ## I. Ludus, école, établissement d’instruction. ### 1. Définitions. Bien que le terme _schola_ ait donné notre mot français _école_, ce n’est pas lui qui est la véritable expression employée en ce sens. D’abord, étant la simple transcription du grec σχολή (prononcé skholê), _schola_ n’appartient qu'à une époque relativement récente : il fallait, pour le voir apparaître, que l'hellénisme eût pris possession de Rome. Peut-être a-t-il été créé par Cicéron lui-même ; on ne le rencontre pas auparavant dans une œuvre littéraire. De plus il a toujours retenu de son étymologie une signification spéciale et restreinte. Une école se disait en Grèce σχολή (skholḗ). La σχολή (skholḗ), c'est le loisir, par suite l'occupation d'un homme de loisir ; et quelle occupation, pour un Grec du Ve ou du IVe siècle, est plus noble, plus digne d’un homme bien né, que l'entretien philosophique ! Les disciples de Socrate, quand ils sont de loisir, écoutent la parole du maître ou se racontent les événements de sa vie. Que bientôt l'on en vint à exprimer par là les hautes études en général, puis le lieu même où elles s'enseignaient, la pente était naturelle. Ainsi l'entend Cicéron ; ainsi l’a-t-on entendu après lui, et jusque dans les derniers temps de l'Empire. Le terme ne s’est jamais appliqué à toutes les branches de l’instruction, mais seulement aux plus élevées ; et comme il y avait en Italie trois ordres d’enseignement représentés par le _primus magister_, le _grammaticus_ et le _rhetor_ (cf. article _educatio_), il a été réservé pour les degrés supérieurs de la hiérarchie, les classes de grammaire et de rhétorique, c'est-à-dire celles qui s'étaient constituées précisément sous l'influence de l’enseignement grec : en cela il demeurait fidèle à ses origines. Le mot _ludus_, au contraire, a pour lui le caractère indigène de sa physionomie, l'antiquité de sa naissance et la généralité de sa signification. Comme son rival _schola_, il pouvait désigner l'école du _grammaticus_ ou celle du _rhetor_ ; mais il était seul employé quand il s'agissait de l'école primaire. C’est donc bien, à n’en pas douter, le terme exact. Comment l’avait-on choisi, lui qui évoque tout d’abord une idée de jeu, de divertissement, pour indiquer un endroit où la jeunesse prétend ne point se divertir ? Était-ce justement par antiphrase ? Ou bien, comme le veut Festus, espérait-on allécher les enfants avec ce nom de bon augure ? Était-ce enfin que les occupations scolaires sont un jeu de l’intelligence, une gymnastique de l’esprit ? Ce qu’il y a de sûr, c’est que _ludus_ appliqué à un lieu signifie que dans ce lieu on se livre à quelque exercice. Une épithète jointe au substantif précise alors de quel exercice particulier il est question. C’est ainsi que nous trouvons le _ludus gladiatorius_, le _ludus militaris_, le _ludus fidicinus_, le _ludus saltatorius_, où se forment les gladiateurs, les soldats, les joueurs de lyre, les danseurs. Le _ludus litterarius_ n'est qu’un _ludus_ de même nature que les précédents. Le genre de l'exercice seul diffère ; on s'y exerce à lire, écrire et compter. Mais comme ces connaissances qu'on y reçoit sont indispensables à la vie, que chacun les recherche, homme ou femme, il a dépassé en importance tous les autres ; il est devenu le _ludus_ par excellence ou _ludus_ tout court. ### 2. Le local L’installation d’une école, à l’ordinaire, n’était guère luxueuse, surtout celle du maître élémentaire. L’État ne se mêlant en rien de l’instruction, il y avait cet avantage que tout le monde était libre d’enseigner, mais aussi cet inconvénient que personne, du moins jusqu’à Vespasien, ne recevait ni traitement régulier ni subvention extraordinaire. On comprend alors que le maître, qui risquait l’aventure, fit modestement les choses : il se contentait de louer, en bordure sur la rue, un petit local appelé _pergula_. C’était un industriel comme un autre ; il tenait « boutique d’instruction ». La _pergula_ cependant est moins encore qu’une boutique ; ce n’en est qu’une partie. Conformément à l’étymologie, c’est un prolongement d’édifice, une annexe, une construction quelconque en saillie. Entendez ici, attenant à une boutique, une sorte d’atelier ou d’échoppe ouverte sur les côtés, un hangar en appentis. La _pergula_ ne doit donc pas être confondue avec la _taberna_. Dans certaines inscriptions, qui contiennent des annonces de logements à louer, les _pergulae_ sont mentionnées à côté des _tabernae_ et nettement distinguées de celles-ci. Faut-il ajouter maintenant que, dans le choix du local comme en toute chose, il y avait des exceptions à l’habitude ordinaire ? Tite-Live parle d’écoles installées dans des boutiques. Or rien ne permet de supposer que dans ces passages l’auteur s’est contenté d’un à-peu-près et a cru rendre suffisamment sa pensée en se servant de _taberna_, le mot général, au lieu du terme particulier et de l’expression propre _pergula_. Une fresque, trouvée à Herculanum et placée aujourd’hui au musée de Naples, nous montre cette fois une école établie sous un portique ; ce portique est même soutenu par d’élégantes colonnes que relient entre elles des guirlandes. Voilà, si l’imagination du peintre ne l’a pas embelli, un fort agréable emplacement et dont le gracieux décor aurait charmé notre Montaigne […] <br> ==La suite du document n'a pas été vérifiée.==