--- title: CÉSAR par Héloïse de Mont-Rachais description: CÉSAR par Héloïse de Mont-Rachais tags: 300 Latin --- {%hackmd YtCcH9J_TgSr8Thp55Fkvw %} # CÉSAR Extrait de _Récits et légendes de la Rome antique_ par Héloïse de Mont-Rachais (pseudonyme de Pierre Ripert) ## La jeunesse de Jules César Caius Julius Cæsar naquit le 12 juillet de l'an 100 av. J.-C. dans l'illustre _gens Julia_ (famille patricienne des Iules) qui prétendait descendre d'Ascagne (Iule), fils du prince troyen Énée, lui-même issu des amours de la déesse Vénus et du mortel Anchise. Il montra dès son enfance des qualités peu ordinaires : un esprit pénétrant, une prodigieuse mémoire et une activité infatigable. Le consul Cinna jugea prudent d'en faire un partisan de Marius en lui faisant épouser, à l'âge de seize ans, sa fille Cornelia. Sylla, ennemi de Marius, rentré victorieux dans Rome, exigea qu'il répudie Cornelia. César refusa, en bravant la colère du dictateur, lequel l'inscrivit sur la sinistre liste des proscrits. Mais il céda aux sollicitations des Vestales et aux prières de ses amis, se contentant de l'exiler, tout en précisant : — Cet homme qui vous est si cher renversera un jour la république ! César se rendit à la cour du roi Nicomède, roi de Bithynie (Asie Mineure), puis auprès du prêteur de Rome en Asie, qui le chargea du commandement d'une flotte pour assiéger Mytilène. De là, il passa à Rhodes. Durant la traversée, il fut pris par des pirates, qui exigent 20 talents pour sa rançon. Il leur en promit 60, mais ajouta qu'il les ferait tous mettre en croix, comme des esclaves criminels, dès qu'il sera débarqué. Il passa un mois avec eux. Aussitôt qu'il eut payé sa rançon et retrouvé la liberté, il arma quelques bateaux, pourchassa ses pirates, parvint à s'emparer d'eux et les fit tous mettre en croix, comme il l'avait promis... De retour à Rome, il devint successivement tribun militaire, questeur et édile. Il gagna le peuple par ses largesses et son éloquence, et mit le comble à sa popularité en relevant les statues de Marius (jetées à bas par Sylla, lors de la guerre civile), l'ennemi des patriciens. Un certain Clodius ayant été accusé d'avoir tenté de séduire son épouse, César, bien que n'y voyant qu'une calomnie, n'en répudia pas moins Cornelia, en disant, ce qui est devenu un proverbe, que « la femme de César doit être au-dessus de tout soupçon ». On raconte qu'un jour, lisant la vie d'Alexandre le Grand, il se mit à pleurer : — N'est-il pas affligeant pour moi, dit-il, qu'à l'âge où Alexandre avait fait toutes ses conquêtes, je n'aie encore rien fait de remarquable ! Lorsqu'il fut envoyé comme gouverneur en Espagne, il avait tant de dettes que ses créanciers ne voulurent pas le laisser partir. Crassus, pour qu'il regagne son poste, dut verser une caution. En Espagne, il soumit la Galicie et la Lusitanie. Quand il revint à Rome, où il obtint les honneurs du triomphe, il s'était tellement enrichi par ses exactions qu'il put payer toutes ses dettes et attirer dans son parti des hommes influents. Il réconcilia Crassus et Pompée, les deux consuls, et avec eux il forma alors le premier triumvirat (-60), ce qui lui valut d'être lui aussi consul. Il fit décider, à la fureur du sénat et des patriciens, par un plébiscite, que les terres du domaine public, en Campanie, seraient partagées entre 20000 des citoyens romains qui avaient au moins trois enfants. Le consul, Bibulus, que le parti du sénat avait fait élire, voulut empêcher César de convoquer l'assemblée du peuple. Il arriva le jour du vote de l'assemblée, déclara qu'il avait regardé le ciel, que les auspices étaient défavorables et qu'il déclarait tous les jours à venir _fériés_, c'est-à-dire jours sans activités. La vieille religion interdisait de tenir assemblée ces jours-là... Il ne put en dire plus : on le roua de coups pour l'empêcher de continuer. L'assemblée eut quand même lieu, les lois furent votées et les dieux, au grand étonnement des superstitieux, ne manifestèrent pas leur désaccord. César donna en mariage à Pompée sa fille Julia et abaissa d'un tiers l'impôt qui frappait l'ordre équestre. Ceux qui, comme les sénateurs Cicéron et Caton, le dénonçaient comme un adversaire des institutions républicaines furent éloignés de Rome. Il prit encore une mesure qui mit le comble à sa popularité : il déclara les peuples des provinces alliés amis du peuple romain. Ce fut un premier pas vers l'assimilation de tous les sujets de la république. Mais, pour satisfaire son ambition, que ses ennemis disaient déjà démesurée, il lui fallait aussi la gloire militaire. À l'expiration de son consulat, il obtint le gouvernement des Gaules et de l'Illyrie pour cinq ans, avec le commandement de quatre légions. Après avoir épousé Calpurnia, la fille d'un consul, il partit pour les Gaules. ## Alea jacta est En l'espace de neuf années, Jules César soumit les Gaules et traversa la Manche pour livrer batailles en Grande-Bretagne. Il accomplit des exploits guerriers sur terre, mais aussi sur mer. Les Vénètes, tribu gauloise d'Armorique, se croyaient invincibles sur mer : leurs navires étaient construits en bon bois de chêne, capables de résister à la haute mer. Ils avaient une proue très élevée, qui les rendait difficiles à aborder, une carène plate qui leur permettait de naviguer sur les bas-fonds pour échapper à leurs poursuivants et des voiles en peaux. César était en Illyrie (partie septentrionale des Balkans) quand il apprit que toute l'Armorique (Bretagne) s'était soulevée. Il accourut et attaqua lui-même les Vénètes (Morbihan) qui, comptant sur leurs 200 vaisseaux, acceptèrent une bataille navale où toute leur flotte fut détruite. Pour les battre, César avait inventé une ruse de guerre. Les Romains ne pouvaient ni enfoncer leurs navires avec les éperons de leurs galères car la carcasse de chêne était trop solide, ni tirer des flèches sur l'équipage car les tours de leurs galères n'arrivaient pas même au niveau des proues vénètes, ni les poursuivre quand le vent soufflait fort dans leurs voiles car les galères romaines étaient lourdes et lentes. César imagina de fabriquer des grandes faux emmanchées de longues perches. Ses marins attaquèrent la flotte vénète. Avec leurs faux, ils coupèrent les cordages des navires ennemis, les voiles tombèrent, les navires s'immobilisèrent, les Romains purent monter à l'assaut et tuer leurs équipages. Les Vénètes demandèrent la paix. César fit mettre à mort les nobles et réduisit, pour le vendre, tout le reste du peuple en esclavage. S'il se montrait dur avec les peuples conquis, César était, pendant les campagnes, proche de ses soldats. Il parlait familièrement avec eux et en connaissait beaucoup par leur nom. Il leur donnait volontiers des gratifications, pourvu qu'ils se battent bien. Ses conquêtes avaient donné lieu à un second triumvirat : César avait été maintenu pour cinq autres années dans le commandement des Gaules, pendant que Crassus gardait pour cinq ans le gouvernement de l'Égypte, de la Syrie et de la Macédoine, et Pompée celui de l'Espagne et de l'Afrique. Crassus ayant péri avec son armée dans un affrontement contre les Parthes (-53), le triumvirat fut dissous. Pompée commença alors à rechercher le pouvoir pour lui seul. La mort de Julia, fille de César et épouse de Pompée, vint rompre les derniers liens qui unissaient encore les deux triumvirs. Tandis que Pompée accroissait sa puissance, César répandait l'or à profusion dans Rome. Pompée, pour prouver que cette prodigalité était le fruit des exactions commises, fit nommer des commissaires pour examiner la conduite dans les Gaules de son concurrent. Lequel se contenta d'acheter les commissaires ! César brigua le consulat. Pompée fit écarter sa demande par un artifice de procédure. César (qui était encore en Gaule), apprenant ce refus, porta la main à la garde de son épée, et déclara : — Elle obtiendra ce qu'on me refuse injustement ! Le sénat lui ordonna de démobiliser ses légions et de rentrer à Rome. S'il n'obéissait pas, il serait poursuivi comme ennemi public. Pompée ayant pris la tête des armées de la république, César répondit qu'il était prêt à obéir si Pompée, de son côté, renonçait à ce commandement. Sur ces entrefaites, César fut rejoint par trois tribuns de son parti, dont Marc-Antoine, qui lui racontèrent qu'ils avaient été chassés du sénat et obligés de se déguiser en esclaves pour se sauver. L'indignation des légionnaires était à son comble. César décida d'en profiter. Il marcha secrètement vers Rimini, s'arrêta un instant sur les rives du Rubicon, rivière qui marquait les limites de la Gaule cisalpine et que les généraux n'avaient pas le droit de franchir avec leurs troupes sans l'autorisation du sénat : — Si je ne le passe pas maintenant, je suis perdu ; et si je le passe, je vais faire des malheureux ! Puis il lança, en poussant son cheval, le fameux _Alea jacta est (le sort en est jeté)_. C'était le 10 janvier -49. L'arrivée de César sur le territoire de la république jeta la consternation au sénat. Pompée comprit qu'il ne pouvait organiser la résistance à César avec les Romains : ils lui étaient presque tous favorables. — César a conquis les Gaules avec le fer des Romains et Rome avec l'or des Gaulois, disait-on alors. Les consuls, les principaux sénateurs et Pompée s'enfuirent. ## La bataille de Pharsale César était maître de Rome. Il y était arrivé rapidement, presque sans rencontrer de résistance. Les soldats qu'il fit prisonniers, il leur laissa le choix ou de marcher avec lui ou de s'en aller librement. Il disait : — Qui n'est pas contre moi est pour moi. Pompée venait de passer en Orient pour y organiser la résistance. Il était encore maître de tout l'Orient. Il avait une flotte dans l'Adriatique et une armée en Macédoine. César laissa le commandement de l'Italie à Marc-Antoine, passa en Espagne, où il battit les lieutenants de Pompée. Il assiégea Marseille, fidèle à Pompée, qui résista héroïquement, et revint à Rome où il se fit désigner dictateur. Il ordonna la remise des dettes et rappela les proscrits. Le peuple, reconnaissant, lui accorda le consulat. Il quitta alors l'Italie pour aller combattre Pompée en Grèce. Il soumit rapidement l'Épire, la Thessalie et la Macédoine et rejoignit enfin l'armée de Pompée. Il avait une armée moins nombreuse de moitié que celle de l'ennemi, pas de flotte, pas d'argent, pas de magasins. Ses soldats en avaient été réduits à manger des racines pilées, jusqu'à ce qu'ils traversent les montagnes et passent en Thessalie où ils trouvèrent de quoi mieux se nourrir. Pompée, lui, recevait ses provisions par mer, grâce à sa flotte qui contrôlait la Méditerranée. César avait attendu, pour livrer bataille, d'être rejoint par les légions de Marc-Antoine. Les autres légions embarquées avaient été prises ou dispersées en mer par la flotte de Pompée. Marc-Antoine ayant tardé à paraître, César était allé à sa rencontre dans une barque de pêcheur. La tempête s'étant levée et voyant le pilote pâlir, César l'avait réconforté : — Ne crains rien, tu portes César et sa fortune Pompée, qui redoutait le génie stratégique de César, ne recherchait pas l'affrontement. Il voulait user l'armée de César en la harcelant, en l'obligeant à marcher à travers la Grèce, en l'isolant. Mais les sénateurs qui l'accompagnaient voulaient, eux, tout de suite écraser César, en profitant de leur supériorité numérique. Pompée se résigna à livrer bataille. Il avait 47000 légionnaires et 7000 cavaliers, César seulement 22000 fantassins et 1000 cavaliers. Le 9 août -48, Pompée rangea ses troupes dans la plaine de Pharsale. La droite couverte par la rive escarpée d'un torrent, il mit à gauche ses cavaliers, de jeunes nobles, qu'il comptait envoyer sur le flanc de l'ennemi. — Le voici, ce jour tant attendu, déclara César à ses soldats. C'est à nous de montrer si nous aimons vraiment la gloire ! Il divisa ses troupes en quatre lignes : les deux premières devaient attaquer, la troisième servir de réserve. Il destinait la quatrième, formée de vieux soldats, à recevoir la cavalerie de Pompée. Il leur ordonna, au lieu de lancer leur pilum, de le garder en guise de pique, d'attendre les cavaliers, de jeunes nobles aussi suffisants que peu aguerris, et de les frapper au visage. Les premières lignes de César chargèrent au pas de course et lancèrent leur pilum. Les cavaliers de Pompée se jetèrent sur l'aile droite. Les vieux soldats de César marchèrent sur eux, les frappèrent au visage, comme leur chef le leur avait demandé. Les cavaliers, craignant d'être défigurés, tournèrent bride et s'enfuirent honteusement. Les 7000 cavaliers reculaient devant six cohortes (une cohorte comprenait 600 hommes, une légion comprenait 10 cohortes) ! Les vétérans les poursuivirent, attaquèrent l'aile gauche de Pompée, tandis que la réserve arrivait. Les Pompéiens se débandèrent. Pompée se croyait si sûr de la victoire qu'il n'avait pas indiqué de lieu de ralliement. Toute son armée se dispersa et fut prise. Pompée avait perdu 15000 hommes, César 1200. Pompée, poursuivit jusque dans son camp, prit la fuite. La clémence dont fit preuve César attira dans ses rangs les survivants de l'armée sénatoriale vaincue. On vint apporter à César les lettres de Pompée que l'on avait trouvées dans ses bagages et dans lesquelles il trouverait la liste de tous ses adversaires. Il les brûla sans vouloir les lire. Pompée gagna l'Asie et, de là, l'Égypte, pensant trouver refuge auprès du jeune pharaon Ptolémée XIII qui avait été son pupille. Mais ce dernier lui envoya deux officiers qui, au lieu de l'accueillir, le poignardèrent sous les yeux de sa femme. Puis ils lui coupèrent la tête que Ptolémée fit envoyer à César au moment où il débarquait en Égypte. César pleura en la voyant. Il ordonna qu'on fasse des funérailles grandioses à celui qui avait été son gendre et son ami, qu'on lui élève un superbe tombeau. César, en Égypte, s'éprit de Cléopâtre, sœur et épouse de Ptolémée XIII, qui l'avait chassée du trône. Il chassa à son tour Ptolémée pour donner sa couronne à Cléopâtre dont il eut un fils, Césarion. Lors d'une bataille qui opposait ses partisans aux troupes de César, Ptolémée XIII, assassin de Pompée le Grand, se noya dans le Nil en s'enfuyant. ## Toi aussi, mon fils... César, resté seul, était maître de l'État. Mais il lui fallut encore deux ans de guerres, en Égypte, en Asie Mineure, en Afrique et en Espagne où les fils de Pompée s'étaient retranchés pour achever de soumettre les provinces qui avaient appartenu à Pompée. Ce fut lors d'une de ces campagnes, après avoir remporté contre Pharnace, roi de Pont, une victoire facile et rapide, qu'il put écrire au sénat sa fameuse formule : — _Veni, vidi, vici ! Je suis venu, j'ai vu, j'ai vaincu !_ Lorsqu'il battit Juba, roi de Mauritanie (qui avec la Numidie devint province romaine), Caton, un sénateur intransigeant, partisan de Pompée, préféra se donner la mort plutôt que de se rendre à César. César fut le maître de Rome pendant quatre ans et demi. Il n'avait aboli aucun des anciens pouvoirs. Mais il s'était fait donner le titre de dictateur d'abord pour un an, puis pour dix ans, puis pour la vie. Le sénat lui décréta des honneurs exceptionnels : une statue d'airain, le droit de conserver, comme coiffure une couronne de laurier en or (habituellement, cette couronne, remise aux consuls vainqueurs lors des triomphes, était déposée en signe d'hommage dans le temple de Jupiter), des fêtes publiques en l'honneur de son anniversaire, un trône d'or, une robe de pourpre, le titre de _Père de la Patrie_. Au sénat, César s'asseyait entre les deux consuls sur une chaise curule plus haute et on mettait sur les monnaies son effigie. Sa personne fut déclarée sacrée et inviolable. Il avait récompensé ses soldats, faisait donner des spectacles et profitait de la paix pour imposer des réformes. Il changea le calendrier en se basant sur des calculs astronomiques (et pour contrer les pontifes, qui manipulaient les dates des jours fastes et néfastes selon les impératifs politiques du moment). Il améliora le fonctionnement de l'administration, réduisit le rôle du sénat, s'attaqua à la concussion dans les provinces. Il fit exécuter des grands travaux à Rome, creuser à l'embouchure du Tibre un port capable de recevoir les plus gros navires. Les Marais-Pontins furent asséchés. Il fit même commencer un canal sur l'isthme de Corinthe pour joindre la mer Égée à la mer Ionienne. Les fils de Pompée n'ayant pas désarmé, César dut retourner en Espagne pour les écraser à la bataille âprement disputée de Munda (17 mars -45). Avec le titre d’_imperator_, il reçut le droit de désigner comme successeur son petit-neveu Octave, âgé de 20 ans, qu'il venait d'adopter. Le sénat poussa la complaisance jusqu'à lui permettre, au mépris des mœurs et des lois romaines, de prendre autant de femmes qu'il lui plairait. Il put ainsi, bien que toujours marié à Calpurnia, fille d'un sénateur, s'afficher publiquement avec Cléopâtre, la reine d'Égypte. On lui dressa une statue dans le Capitole avec cette inscription _À César, demi-dieu_. Il reçut même les honneurs divins et eut ses temples, ses autels et ses pontifes. On l'adorait sous le nom de _Jupiter Julius_. Dès lors, la république avait cessé d'exister. Pour récompenser ceux qui l'avaient servi et se faire de nouveaux partisans, César augmenta le nombre des préteurs et des questeurs, et créa de nouveaux patriciens. Le nombre des sénateurs fut porté de 300 à 900. En disposant ainsi des charges sénatoriales, il achevait de détruire l'autorité politique du sénat et son indépendance. Il se murmurait, à Rome, que César avait aussi l'intention de prendre le titre de roi. En -44, pendant la fête des Lupercales, César était assis à la tribune, devant la foule assemblée sur la place. Marc-Antoine, alors consul, lui présenta un diadème (c'était le bandeau que portaient les rois d'Orient). Quelques assistants seulement applaudirent et la foule ne cacha pas son hostilité. César, déçu, écarta de la main le diadème et la foule applaudit avec enthousiasme. Le lendemain, on remarqua que les statues de César avaient été couronnées. Les tribuns firent aussitôt enlever ces insignes et recherchèrent, sans les trouver, les auteurs de cette provocation. Les couronnes et le diadème proposé par Marc-Antoine furent portés au Capitole, au pied de la statue de Jupiter. Mais César aurait reproché aux tribuns leur empressement : le peuple n'avait pas eu le temps de s'habituer à le voir couronné... Parmi les nobles de Rome, le nombre de mécontents, même parmi ceux que César avait faits magistrats et sénateurs augmentait. On reprochait à César son pouvoir absolu. Une conjuration groupa soixante sénateurs, parmi lesquels Cassius et Brutus. Ce dernier se croyait le descendant du Brutus qui avait autrefois expulsé le dernier roi de Rome. Brutus était particulièrement apprécié de César. Brutus, disait-on, avait été amené à conspirer pour faire honneur à la mémoire de son ancêtre. Il trouvait le matin sur son siège de sénateur des billets anonymes du genre de celui-ci : « Tu dors Brutus et Rome est esclave » ou « Non, tu n'es pas digne du vrai Brutus. » César n'ignorait pas qu'on complotait derrière son dos, mais il affectait une parfaite sérénité en surveillant les préparatifs d'une guerre contre les Parthes. Les conjurés s'étaient mis d'accord pour que le complot éclate aux ides de Mars. On attribuait à César l'intention de se faire proclamer roi avant de marcher contre les Parthes. En effet, un oracle avait annoncé que les Parthes ne pourraient être vaincus que si les Romains avaient un roi pour général. César prendrait prétexte de cet oracle pour se faire proclamer roi au dehors de l'Italie, tout en conservant à Rome le seul titre de dictateur à vie. César avait été averti qu'il devait se méfier des ides de Mars. Sa femme Calpurnia, alarmée par un rêve prémonitoire, avait tenté de l'empêcher de sortir. Mais Brutus, qui était venu chercher César chez lui, avait dit qu'on ne pouvait se fier aux songes d'une femme, fût-elle la femme de César, et que si le peuple apprenait qu'il croyait aux rêves de son épouse, il se moquerait de lui. En se rendant au sénat, César reçut encore plusieurs billets qui l'avertissaient du danger dont il était menacé mais, entouré de solliciteurs, il n'eut pas le temps d'en prendre connaissance et les remit à ses secrétaires. Le sénat se rassemblait dans un palais que Pompée avait fait bâtir et qui portait son nom. Dès que César prit place, les conjurés l'environnèrent comme pour le saluer. L'un d'eux s'approcha pour lui demander la grâce de son frère qui était exilé. César, importuné de son insistance et de son ton menaçant, le repoussa pour l'éloigner. Un autre conjuré saisit alors César par le bas de sa robe. Au même instant Servilius Casca, qui était derrière sa chaise, le frappa à l'épaule d'un coup de poignard. César, se retourna aussitôt : — Scélérat de Casca, que fais-tu ? Un autre conjuré lui porta un coup dans l'estomac. Les autres se précipitèrent à leur tour sur lui avec une telle fureur que plusieurs d'entre eux se blessèrent eux-mêmes. Les sénateurs qui n'avaient pas trempé dans la conjuration furent tellement atterrés qu'ils n'eurent ni la force de secourir le dictateur, ni de fuir, ni de pousser un seul cri. C'est du moins ce qu'ils prétendirent par la suite quand on leur demanda des explications sur leur passivité. César se défendait comme un lion, mais apercevant Brutus lui-même, le poignard levé sur lui, il s'écria : — Toi, aussi, mon fils ! Il se couvrit alors la figure de sa toge et se laissa frapper sans plus résister. Il reçut, dit-on, vingt-trois blessures, et mourut aux pieds de la statue de Pompée, son grand rival, le 15 mars de l'an -44, dans sa cinquante-septième année.