# II. La crise sanitaire à l’aune des bibliothèques en France
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## A. Un arrêt brutal des bibliothèques
Depuis l’annonce du confinement le 17 mars 2020 et le décret du 23 mars
suivant qui instituait la fermeture des bibliothèques et la mise en
place d’autres restrictions dans le but de protéger leurs agents et
leurs usagers, les bibliothèques se sont vues obligées de fermer leur
locaux au public et de réfléchir à des solutions alternatives pour
rester en lien avec leurs usagers.
Leur statut de troisième lieu les rend d’autant plus incompatibles avec
la crise sanitaire. Les mesures telles que la réduction des jauges, la
limitation ou l’annulation des événements, le télétravail des agents…,
sont autant de contraintes qui ont empêché le bon fonctionnement des
médiathèques.
En effet, ces restrictions ont eu un impact notamment sur les publics
qui viennent en médiathèque pour accéder par exemple à un ordinateur, à
internet ou à un espace de travail, ce qui a contribué à accentuer la
fracture numérique, préoccupation bien connue des bibliothécaires,
d’autant plus dans un monde où tout tend à être fait en ligne (impôt,
documents administratifs, espace France Services etc).
Maintenir le lien avec les usagers, ainsi que l’accès aux collections et
à une offre minimale de services, par exemple en ligne, s’est placé au
centre des préoccupations des bibliothèques.
De nombreuses initiatives ont été prises et différentes solutions
proposées. La médiathèque Andrée Chedid a instauré un système de “drive”
pour permettre aux usagers de sélectionner sur le catalogue en ligne les
ouvrages et de venir les récupérer sans engendrer de contact. Une boîte
de retour de livres a été installée à l’extérieur de la médiathèque pour
restituer les documents. De plus, les documents retournés étaient soumis
à une période de quarantaine puis désinfectés, avant leur remise en
circulation.
Cependant, cette absence de contact ne permet pas aux bibliothécaires
d’assurer leur mission de suggestion et de conseil. Des “boîtes à
livres” par thèmes, composées de plusieurs documents liés par un même
thème, ont été alors créées afin de guider les lecteurs dans leurs
emprunts, de leur faire des suggestions. Le descriptif de ces boîtes,
accessible sur le site de la médiathèque, permettait de faire son choix.
Des cadeaux étaient même insérés dans les boîtes afin d’apporter un peu
de réconfort aux utilisateurs (porte-clés, carnets, sachets de thé,
biscuits emballés sous-vide, etc).
Plus tard, l’allègement progressif des restrictions sanitaires a permis
petit à petit le retour des animations et autres activités proposées par
la médiathèque. Cependant, il n’a pas réellement permis le retour de
lien social escompté. Distanciation sociale et port du masque en
vigueur, les usagers n’interagissaient pas entre eux. On le remarque
bien dans les illustrations ci-dessous notamment lors des animations
destinées aux jeunes enfants : les enfants sont assis avec leurs parents
autour de la bibliothécaire. Tous masqués, ils écoutent l’histoire de
façon passive. Il n’y a pas ou peu d’échanges entre eux. Dans la
deuxième illustration, l’animation est beaucoup plus participative et
interactive.

**L'heure joyeuse en temps de covid**
*Photographie prise par Nigou Louise, le 20 octobre 2021*

**L'heure joyeuse après covid**
*Photographie prise par Brunet Marguerite, le 9 juin 2022*
## B. Une modification des pratiques culturelles
La crise sanitaire a profondément modifié nos vies et par conséquent
notre façon de consommer. En effet, un nouveau rapport au temps et à
l’espace s’est établi en raison du télétravail qui nous a obligé à
contracter domicile et lieu de travail en un seul. De plus, on a assisté
à l’effondrement des habitudes de sorties puis un accès limité à de
nombreux biens culturels. La culture d’écrans s’en est trouvée
confortée[^1] [(Pratiques culturelles en temps de confinement, 2020)](/HQ2Y8P7lR2CkEiv-nLNTrQ).
En effet, si la fréquentation physique des bibliothèques a été bloquée
par les mesures sanitaires et a rencontré une baisse de fréquentation,
leurs activités numériques ont été et restent particulièrement
dynamiques comme par exemple, l’utilisation de la plateforme
Biblio.Gironde.fr, qui donne accès à de nombreuses ressources numériques en
ligne (presse, musique, histoires pour les enfants, films et
documentaires…). Celle-ci a en effet fait un bon de 20% pendant les
confinements notamment grâce aux ressources d’autoformation (programme
Assimil.com pour l’apprentissage des langues et toutapprendre.com une
ressource permettant de se former sur plusieurs thématiques telles que
le code de la route, le yoga, les premiers secours, des cours de musique
aux arts et loisirs créatifs…).
En outre, l’État a subventionné l’achat de livres numériques, ce qui a
permis à la médiathèque d’effectuer une mise à jour de l’offre
documentaire ou encore l’achat de romans numériques[^2] [(Aides livre, lecture et archives, 2022)](/HQ2Y8P7lR2CkEiv-nLNTrQ). Elle a alors réalisé un tutoriel en
vidéo sur son site pour en expliquer l’utilisation.
Privés pendant deux ans, totalement ou partiellement de sorties et de
leurs pratiques culturelles, on aurait pu penser que la levée des
restrictions sanitaires aurait conduit les Français à se “ruer” dès que
possible dans les salles de spectacles, de cinéma et de culture, or on
s’aperçoit que leur retour en ces lieux est progressif et leur
fréquentation timorée comme si ces habitudes s’étaient perdues et qu’il
fallait se les réapproprier. "La crise sanitaire a considérablement et
durablement modifié le comportements des Français : plus de la moitié
indiquent redouter les lieux trop fréquentés"[^3] [(Les pratiques culturelles des Français après la crise sanitaire, 2021)](/HQ2Y8P7lR2CkEiv-nLNTrQ).
C’est pourquoi, une réflexion s’impose pour réconcilier le public avec
ses anciennes pratiques culturelles et s’adapter aux nouvelles en
vigueur. L’élargissement des horaires d’ouverture pourrait être une
solution :
\- en privilégiant par exemple la pause méridienne pour attirer les
jeunes lycéens et ceux qui résident à l’extérieur et qui travaillent sur
place…
\- en aménageant les horaires au moment de la préparation des examens
toujours dans le but d’attirer un public adolescent souvent difficile à
capter ou encore
\- en ouvrant le dimanche pour se rapprocher des publics non acquis ou
empêchés la semaine.
[^1]: **JONCHERY, Anne et LOMBARDO, Philippe**, 2020. Pratiques
culturelles en temps de confinement \[en ligne\]. Ministère de la
culture. \[Consulté le 11 juin 2022\]. Collection Culture études.
Disponible à l’adresse:
https://www.culture.gouv.fr/Thematiques/Etudes-et-statistiques/Publications/Collections-de-synthese/Culture-etudes-2007-2022/Pratiques-culturelles-en-temps-de-confinement-CE-2020-6
Ce rapport compare les résultats d’enquêtes sur les pratiques
culturelles des français de 2018 et au printemps 2020, bouleversé
par la Covid19.
[^2]: **MINISTÈRE DE LA CULTURE**, 2022. Aides livre, lecture et
archives. \[en ligne\]. 6 avril 2022. \[Consulté le 11 juin 2022\].
Disponible à l’adresse :
https://www.culture.gouv.fr/Regions/Drac-Auvergne-Rhone-Alpes/Demarches-aides/Aides-financieres/Aides-livre-lecture-et-archives
[^3]: **GÉRARD, Magalie, HAUSER, Morgane et BELAGHENE, Yanis**, 2021.
Les pratiques culturelles des Français après la crise sanitaire –
Bilan à la fin de l’été 2021 \[en ligne\]. Harris Interactive pour
le Ministère de la culture. \[Consulté le 11 juin 2022\]. Disponible
à l’adresse:
https://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Rapports/Les-pratiques-culturelles-des-Francais-apres-la-crise-sanitaire-Bilan-a-la-fin-de-l-ete-2021
Cette enquête d’opinion dresse un premier bilan des conséquences de
la crise sur les pratiques culturelles des Français quelques mois
après la réouverture des lieux culturels.