# Les enjeux politiques
Précédemment, nous avons longuement parlé des attentes actuelles des citoyens des communes. En effet, les gens s’intéressent de moins en moins à la vie politique de leur collectivité, leur région mais aussi de leur pays. Un des défis de la communication est donc de redonner goût à la politique aux habitants mais sans transformer toute leur communication en débat politique. N’oublions pas que la revue de collectivité territoriale est dirigée par le maire de la commune, quoi qu’il arrive c’est lui qui aura le dernier mot sur les divers sujets choisis pour la revue. En effet, si le maire a commis des actions dont les habitants ne sont pas satisfaits, il ne va évidemment pas s’en vanter. Il faut donc assez subtilement faire une sorte de propagande, même si le mot est un peu fort pour ce type de communication, de tout ce que le maire et ses élus ont apportés de positif à la ville et également pour montrer qu’ils mettent en place des idées, des infrastructures et qu’ils se soucient réellement du bien-être des habitants. C’est lui qui représente légalement la commune, ainsi il est automatiquement le directeur de publication et est donc garant de ce que la revue publie et, de façon plus générale, de ce que la ville produit en termes de contenu. Puisque c’est lui le garant, c’est aussi lui qui est pénalement répréhensible en cas d’infractions au droit de la presse régi par la loi de 1881.
Il doit donc porter une attention très particulière à chaque déclaration, communiqué, publication, réalisation publiées par la ville et prévenir tout éventuel délit de presse, de diffamation ou d’information falsifiés. Les contenus sont ainsi vérifiés et revérifiés par le service communication en s’assurant que toutes les présentations positives des actions réalisées par la municipalité ne sont pas exagérée et qu’aucune allusion n’est faite en lien avec une quelconque campagne électorale. Je vous l’accorde, la mission est assez complexe pour faire passer un message politique positif tout en le dissimulant sous des articles louant en avant la ville et ses habitants. Nous pouvons le constater dans les revues de collectivités territoriales en parcourant les différentes rubriques. De fait, les thèmes tels que « économie », « projet », etc. sont là pour présenter un sujet mais celui-ci est bel et bien une mise en avant politique. Les revues de collectivités territoriales sont en réalité un instrument comportant un trait "narcissique" puisque la revue finie, que nous pouvons avoir entre les mains n’est que le fruit de la volonté de la municipalité de diffuser une belle image de la ville et d’elle-même ainsi que de leurs actions. Cela dépend des cas mais pour la plupart, la revue n’est financée non pas par les lecteurs qui demandent à apparaitre sur la revue en payant une somme mais par la municipalité, et grâce aux impôts elle-même ce qui lui donne encore plus un accès bien particulier.
La distinction à faire cependant est que la communication est, certes attachée à ses élus et inclut forcément une dimension politique mais elle n’est pas là pour plébisciter un parti politique en particulier et se doit de respecter les principes-mêmes imposés par la loi en ce qui concerne l’égalité et la neutralité du service public.

>Ci-dessus, le conseil municipal de la Mairie de Talence avec son représentant le Maire Emmanuel Sallaberry.
En effet, entre 1990 et 1995, des lois ont été adoptées concernant la vie publique qui ont précisées le cadre juridique en imposant des restrictions aux collectivités, notamment en période électorale. Alors, bien-sûr le maire et ses élus sont les premiers vecteurs de la communication et les décisionnaires puisqu’ils incarnent la municipalité mais il faut toujours avoir à l’esprit que la revue concerne la vie de la ville et non pas le parti politique élu pour la ville en question, sinon autant devenir militant pour son parti favori.
Concernant les habitants, une enquête a été menée en France et a montré qu’un citoyen sur deux se dit satisfait des sujets de la revue municipale concernant la vie politique locale et le fonctionnement public. Plus de 50% des Français se disent mal informés concernant le budget de sa commune. Ces chiffres montrent qu’à la fois les Français veulent être informés mais ne veulent pas que leur revues municipales ne parlent que de politique ou deviennent exclusivement une campagne pour un parti.
Si le maire ou ses élus veulent faire passer un message politique bien particulier, il faut alors adapter le discours selon les différents supports de communication. En effet, le maire est une personne importante au sein de la ville puisqu’il la représente. Ainsi, il est écouté et sa prise de parole est forte. Il a le choix entre différents canaux de communication, cela peut passer par les interventions publiques, les réseaux sociaux, les discours mais dans notre cas, ce qui nous intéresse est l’édito dans la revue de collectivité territoriale. Effectivement peu importe la commune, chaque revue a la même construction. C’est-à-dire qu’elles commencent par l’édito : c’est une page dédiée au maire qui peut s’adresser directement à ses citoyens à propos de sujets divers, et se terminent par les tribunes libres dont nous parlerons un peu plus tard. Cet édito montre bien que les revues n’oublient pas le côté politiques et le glissent subrepticement dans celles-ci par petites touches.

>Ci-dessus, l'édito du CitéMag de Mars 2021.
Le maire peut bien-sûr s’exprimer sur les réseaux sociaux mais là-aussi, attention à ne pas mélanger parole privée et parole publique. Car, c’est une plateforme où l'on a souvent l’habitude de publier des contenus sans trop réfléchir selon nos humeurs du jour ou pour réagir sur l’instant à un événement. Pour toutes personnalité politique il leur faudra un temps de réflexion pour savoir si ce qu’ils vont publier sur leurs réseaux sociaux sera judicieux et bénéfique pour eux ou les desservira.
Les revues de collectivités territoriales prennent de plus en plus en considération cet aspect politique. La communication prend soin de créer une sorte de mélange très homogène entre propos politique, marketing territorial et promotion touristique. Les trois thèmes sont étroitement liés puisque la politique de la ville fera qu’une campagne marketing sera menée pour attirer le plus de monde possible qui pourra ensuite apprécier pleinement les décisions prises pour la ville et la conseillera à des proches et ainsi de suite. La communication d’une collectivité est en réalité très stricte puisque de nombreuses règles sont imposées et même des lois comme l’article 52-1 du Code électoral qui interdit les « campagnes de promotion publicitaire des réalisations et de la gestion d’une collectivité » six mois avant une élection pour ne pas influencer les habitants de la commune. Bien-sûr la collectivité peut quand même mettre en avant les projets qu’elle a réalisés mais toujours avec parcimonie et en respectant quatre principes fondamentaux : la régularité (donc être constant dans ses publications et productions), l’identité de la forme (réaliser une charte graphique qui s’appliquera pour tout), l'antériorité et la neutralité des actions de communication (c’est-à-dire ne pas prendre parti publiquement).
Nous avions parlé des éditos précédemment [13](/Ww6YjlSuTIyuXBxy3tqK3Q), place maintenant aux tribunes libres. Tout d’abord il est important de préciser ce qu’est une tribune libre. C’est une rubrique qui, en général, clôt la revue de collectivité territoriale, et qui donne la parole à des habitants ou aux groupes d'élus d'opposition. Si par exemple le maire élu fait partie d’un parti d’extrême droite, la tribune laissera la parole à des partis de gauche ou plus centraux. Ce n’est bien évidemment pas une rubrique faite pour discréditer le maire, c’est un discours cordial qui met en avant une autre façon de voir les choses. Cela nous montre que, même si la revue est un instrument politique elle ne laisse pas entendre qu’une seule et unique opinion. C’est le principe de la démocratie, tous les avis sont entendus et même si le maire qui est directeur de publication ne les approuve pas forcément au niveau politique il les respecte et leur laisse le droit d’expression. Par ailleurs, la loi de 2002 relative à la démocratie de proximité le stipule clairement en obligeant les municipalités à « accorder un droit d’expression aux élus n’appartenant pas à la majorité municipale dans les communes de plus de 3500 habitants ». Ce droit ne s’applique pas seulement aux revues de collectivité territoriale mais à tout « bulletin d’information générale sur les réalisations et la gestion du conseil municipal ». Si les municipalités ne respectent pas ce droit elles sont susceptibles d’être poursuivies par le tribunal administratif.
La communication est aussi le moyen de vulgariser la politique, l’économie et tous les sujets qui peuvent se montrer difficiles à comprendre pour des personnes lambda. C’est une certaine forme de pédagogie pour faire part des choix politiques et que toute la population ait accès à l’information de façon claire et compréhensible.