# Introduction à l'éco-conception numérique
:::info
++État de la fiche++ : en attente de relecture
:::
L’écoconception vise à créer des services numériques à faible empreinte environnementale et qui répondent efficacement aux besoins exprimés par les usagers, quitte à les réinterroger.
<br/>
## Pourquoi ?
### Préparer l'avenir :earth_africa:
Il est nécessaire de faire rentrer l'écosystème numérique (infrastructures + services) dans les objectifs énoncés par les accords de Paris, c’est-à-dire de réfléchir à ce qu’est le numérique dans, et pour, un monde stabilisé à +2°C.
### Mesurer et réduire les impacts :straight_ruler:
Il est important de mesurer les impacts environnementaux et leur réduction pour guider la définition des améliorations prioritaires et aussi pour pouvoir chiffrer la réduction des impacts permise par l’écoconception.
### Répondre à des besoins réels :ballot_box_with_check:
Les services numériques peuvent être développés s’ils répondent à un besoin clairement exprimé par des usagers, et ce, afin de s’assurer de la pertinence des services et de ne pas allouer des ressources matérielles et humaines inutilement. L’écoconception sert à définir comment il faut numériser et aussi, si la numérisation d’un service n’est pas souhaitée ou n’est pas pertinente dans le contexte donné.
<br/>
## Résumé de la méthodologie

## Les points de départ de l'éco-conception numérique
### A. Réduire l’empreinte environnementale du service, qu’il soit numérique ou non
L'accord de Paris vise à réduire par 5 les émissions de gaz à effet de serre en France en 30 ans (de 11tCO2e / pers en 2018 à 2tCO2e / pers en 2050). Cela implique que l'ensemble du mode de vie de la population française va être transformé et donc la façon de réaliser un grand nombre de services. Le secteur numérique n'échappe pas à cet effort, les services numériques, comme tout le reste des activités, doivent aussi être repensés dans une logique de sobriété et d'efficacité.
### B. Répondre avec pertinence aux besoins exprimés par les usagers, quitte à les réinterroger
De nombreuses autres pratiques mettent déjà l'emphase sur ce point (design / méthodes agiles / etc.). L'éco-conception numérique poursuit cet effort et rajoute une variation : l'expression de certains "besoins" peut aller à l'encontre de principes de sobriété ou de soutenabilité. Il est donc important que l'identification des besoins s'accompagnent d'une analyse préliminaire des besoins matériels et l'empreinte environnementale d'un usage demandé, surtout s'il est massif.
### C. La numérisation n’est pas forcément la meilleure option pour répondre aux deux premiers points.
L'éco-conception numérique permet d'avoir une position agnostique vis-à-vis de la numérisation. Cette position implique de ne pas supposer que la numérisation rend par défaut les choses meilleures. Elle le peut mais elle peut aussi rendre les choses pires. Cette posture demande de comprendre ce qu'on souhaite numériser et pourquoi, afin de pouvoir estimer ce qu'on perd et ce qu'on gagne dans le processus. Cela permet de formuler un arbitrage qui va prioritairement dans le sens des usagers et des politiques de soutenabilité.
## Les sept piliers de l'éco-conception numérique
### 1. Favoriser la durée de vie des équipements
La fabrication des équipements est le plus gros facteur d’impact environnemental du service numérique, il est alors essentiel que le service ne favorise pas la renouvellement des équipements mais bien l’allongement de leur durée de vie.
:::warning
++Qu'est-ce qui défavorise la durée de vie des équipements ?++
* Applications et services numériques nécessitant une certaine puissance de calcul (quelle valeur) provoquant des ralentissements
* Applications et services incluant trop de scripts (JS, trackers, charge GPU, etc.) et nécessitant trop de bande passante
* Applications et services sans rétro-comptabilité proposant une expérience dégradée
* L'utilisation des langages trop récents et sans portage vers d'anciens systèmes d'opération
* Toute logique qui pousse à une obsolescence matérielle par mise à jour de la couche logicielle
* Les garanties matérielles trop courtes
* Les incitations à la consommation / renouvellement
:::
### 2. Favoriser la réduction de la consommation globale de ressources non-renouvelables et la réduction des déchets électroniques
Le volume et l’intensité des ressources consommées par l’usage du service, et l’usure des équipements qui en résulte, doivent baisser drastiquement sur les facteurs suivants : consommation d’énergie primaire (cela inclut l’électricité), des matières premières (métaux, etc.) et d’eau.
:::warning
++Qu'est-ce qui cause l'augmentation de la consommation de ressources ?++
* Applications et services numériques nécessitant une plus grande consommation d'équipements connectés
* Applications et services numériques nécessitant / provoquant un large transfert de données pour fonctionner
* Toute logique d'augmentation du temps en ligne et d'augmentation de la capture de données
* L'utilisation de matériel peu efficace ou/et avec une courte durée de vie
* L'augmentation du nombre d'utilisateurs
* L'intensité énergétique et matérielle par utilisateur
:::
### 3. Favoriser la durée de vie du service en tant que tel
Concevoir un service numérique prend du temps alors il est important de s’assurer que le service répond à des besoins **pertinents** et durables.
Un service doit être pensé dès le départ pour faciliter la **maintenance** par des nouvelles équipes ou des personnes extérieures au projet
:::warning
++Qu'est-ce qui défavorise la durée de vie d'un service ?++
* Le manque de pertinence du service (mauvaise compréhension des besoins)
* Le manque d'utilisabilité du service (UX, accessibilité, etc.)
* Le manque de maintenance des solutions techniques choisies (langage avec une faible communauté, dépendances des librairies, pas de mise à jour de sécurité)
* Des facteurs externes (changement d'équipe, de direction, de programme, fin du service ...)
:::
### 4. Optimiser pour les conditions d’usage les plus difficiles
Il faut faire l’hypothèse que l’usager du service dispose d’un faible accès au réseau (couverture mobile, faible réseau) et d’un appareil vieux ou d’entrée de gamme (peu de puissance de calcul, peu de mémoire).
:::warning
++Quelles sont les conditions les plus difficiles ?++
* Peu de bande passante disponible
* Peu de puissance de calcul et de mémoire disponible
* L'usager paye pour ses données
* L'usager a une connexion intermittente
* L'usager a des besoins d'accessibilité (vision, ouïe)
:::
### 5. Être une clé d’entrée pour intégrer les autres bonnes pratiques du web
Il ne faut pas d’écoconception numérique sans inclure dès le départ l’accessibilité, la sécurité, la gouvernance des logiciels et des données, l’économie de l’attention, etc. L’écoconception numérique fait partie d’un cercle vertueux.
:::warning
++Quelles sont les autres bonnes pratiques ?++
* Accessibilité Web (RGAA, a11y)
* Performance web
* Sécurité des données
* Respect de la vie privée de l'utilisateur, gouvernance des données (RGPD)
* Open data, logiciel libre
* Performance
* Respect de l'attention de l'usager
* Software craftsmanship
* Cycle de vie de l'information et de la donnée
:::
### 6. Fédérer les communautés de pratiques
Il est préférable d’utiliser des outils durables, entretenus par des communautés actives et pérennes (maintenance, marché du travail).
Il est nécessaire de documenter le processus et les choix de conception afin d’augmenter la capacité de maintenance sur les services déployés.
L’écoconception numérique est un champ relativement jeune, il est donc important de documenter le travail fait et de l’ouvrir à la communauté pour améliorer les méthodes et faciliter la collaboration.
:::warning
++Comment participer aux communautés de pratiques ?++
* Utiliser les outils déjà présents et les enrichir
* Documenter la mise en place des services éco-conçus
* Remonter les bonnes pratiques et autres informations pour améliorer les connaissances sur le sujet
* Utiliser des licences permettant le partage des données, logiciels, etc.
:::
### 7. Sensibiliser à la sobriété
Il est important de communiquer sur les mesures environnementales des services déployés et sur les réductions permises. L’utilisation d’équivalences peut être un axe de communication. La démarche d’écoconception doit être rendue perceptible soit par un langage visuel spécifique, soit par des éléments de communication dédiés.
En interne, la démarche de communication doit permettre de s'adresser à la base des employés d'une organisation mais aussi dans la direction de celle-ci.
Il est conseillé d'intégrer la démarche de sobriété et d'éco-conception numérique dans une stratégie pré-existante afin d'être aligné dans une politique interne déjà identifiée et défendue. La sobriété et l'éco-conception ne peuvent pas être moteur d'une stratégie de transition écologique mais elle peut accompagner et supporter le mouvement. L'exemplarité vient donc de la stratégie globale de l'organisation et non pas de sa capacité à éco-concevoir des services numériques de façon isolée.
:::warning
++Comment sensibiliser efficacement ?++
* Choisir des indicateurs cohérents avec le travail de la communauté
* Intégrer des indicateurs de la démarche sur les services éco-conçus
* Utiliser les services de mesure reconnus par la communauté (ecoindex)
* Utiliser des équivalences grand public de manière consistante
:::
:::info
++Comment comprendre ces piliers ?++ :classical_building:
Ces piliers ont besoin les uns des autres pour que l’édifice soit solide, ce ne sont pas des choix à la carte. Par exemple, “Optimiser pour les conditions d’usage les plus difficiles” implique d’optimiser pour des vieux appareils, augmentant donc leur durée de vie, comme demandé dans “Favoriser la durée de vie des équipements”. Le fait d’optimiser pour des vieux appareils, ou d’entrée de gamme, permet aussi d’augmenter l’accessibilité du service en permettant à tous les usagers d’y accéder quelque soit la qualité de leur équipement, et donc leur niveau socio-économique. **Les piliers sont liés les uns aux autres dans le but d’offrir le meilleur service possible avec le moins de ressources possibles**.
:::
<br/>
## Comment appliquer ça dans le contexte d’un projet ?
L’écoconception numérique requiert de réduire l’empreinte environnementale d’un service mais il est aussi nécessaire de déterminer ponctuellement quand il est nécessaire “d’investir” dans une fonction ou un usage clé. Il s’agit alors de savoir arbitrer des choix d’usages et des choix techniques simultanément. **Dans le contexte d’un projet, la pratique consiste souvent à organiser les arbitrages entre les parties prenantes.**
L’arbitrage ne peut pas se faire seulement sur les principes généraux il est alors important de déterminer dès le début du projet :
* ++Le contexte d’application++ définit les enjeux à l’échelle macroscopique : infrastructure matérielle et énergétique, définition des flux (trafic, origine, etc.), enjeux d’usage et besoins identifiés, enjeux politiques et législatifs.
* ++Le(s) scénario(s) d’usage clés++ définit les enjeux à l’échelle microscopique : spécificité de l’usager et de son quotidien, perception de l’usager, utilisation quotidienne du service.
:::info
++Conjuguer contexte d'application et scénario d'usage pour écoconcevoir++ :mag_right:
Par exemple, si mon usager est souvent en mobilité en milieu rural (scénario d’usage), on peut supposer que celui-ci aura une couverture mobile variable et de mauvaise qualité (contexte d’application). Il est préférable de penser le service en favorisant le stockage des données sur le terminal de l’usager plutôt que sur un serveur distant, tout en cherchant à minimiser le poids des données. (arbitrage technique)
:::
Pour guider le processus de conception et aider aux arbitrages, trois outils opérationnels sont nécessaires pour le suivi :
* Le guide méthodologique *(ici présenté)*
* [La mise en place d'indicateurs de soutenabilité](https://hackmd.io/xmltgsFERCa7x1VGqZD4og)
* [Les outils de mesure et de suivi](https://hackmd.io/CvhyaRRdQOqxntoVHP6oGQ)